JUDGE DREDD : MEGA-CITY TWO

Judge Dredd : Mega-City Two #1-5 – Etats-Unis – 2014
Genre : Science-Fiction, Action
Scénariste : Douglas Wolk
Illustrateur : Ulyses Farinas
Nombre de pages : 136
Éditeur : Reflexions
Date de sortie : 4 juillet 2020
LE PITCH
Participant à un programme d’échange, Dredd est envoyé à Mega-City Two, une immense cité de la côte ouest californienne, centrée autour de ce qui fut jadis Los Angeles. Mais il va bien vite découvrir que les choses sont bien différentes ici.
Crème solaire indice 150
Après de trop longues années de vaches maigres, Judge Dredd prend enfin sa, petite, revanche dans les étals français. D’un coté Delirium retraduit les épisodes historiques, de l’autre Vestron se charge des crossovers, tandis que Réflexion se charge des essais US. Dernier traduit chez ce dernier, Mega City Two se prend des airs de vacances estivales. Mais attention aux coups de soleil.
Sans doute le personnage le plus culte de la bande dessiné anglaise, Judge Dredd et sa vision au vitriol d’une Amérique post-apocalyptique ultra-violente et absurde fascine depuis toujours les cousins US qui proposèrent, à de multiples occasions quelques franchissement de frontière pour quelques rencontres mémorables avec d’autres licences (Batman, Aliens, Predator…) et même pour deux séries inédites concoctées par DC Comics. Des publications considérées hors continuités face à la sacro-sainte chronologie explorée dans les pages de la revue 2000 AD. Une opération de transfuge qu’a relancé depuis 2012 IDW avec une série mensuelle de 30 numéros et de multiples miniséries maisons comme le très moyen Année Un déjà publié par Réflexion en France. Au milieu de ces dernières, on trouve Mega-City Two, sans doute le projet qui sur le papier ressemble le plus à une proposition qu’aurait pu faire les auteurs anglais. En l’occurrence un échange d’affectation pour l’expéditif Dredd, envoyé en mission temporaire de sa côte est chaotique à la mégapole de la côte ouest tout aussi bordélique et dangereuse, mais beaucoup plus colorée et friquée. Engoncé dans son armure de protection, le casque vissé sur la tête et le regard froid, le juge fait un peu tâche au pays de la crème solaire, du rêve hollywoodien, des drogues hypes et des célébrités.
Flashball
Exit les couleurs sombres et lourdes, les matières rugueuses et crasseuses, les designs ultra-réalistes et musclés, l’illustrateur Ulyses Farinas (Glory, TMNT, Transformers) pratique un trait tout en rondeur, un mélange constant de tonalités et de styles, une surcharge sidérante de détails inutiles et incongrus le tout baigné par une colorisation vive, presque pop, qui donnent à ces pages un aspect acidulé. Du Geoff Darrow qui se prendrait d’amour pour le style cartoony. Bien entendu le titre indique là qu’il est incapable de se prendre au sérieux, et l’enquête de Dredd dans ce dédale de gueules azimutées est surtout l’occasion de parodier le versant le plus ensoleillé de la côte américaine, transformant Disneyland en festival anarchique, les plateaux de tournage en rendez-vous de toxicos et les plages aux eaux acides en banquet pour crevette géante. Journaliste spécialisé dans les comics, Douglas Wolk signe là ce qui est à l’heure actuelle son unique scénario de BD. Il y tente manifestement de se rapprocher très docilement de la satyre noire et brutale propre à l’univers de Judge Dredd, transformant la justice en arrière-cours de programmes télévisés où les entretiens pour obtenir la nationalité américaine en casting pour téléréalité ou porno pédophiles. L’idée est certainement là, la manière malheureusement pas toujours car le lecteur a bien trop souvent du mal à suivre la suite logique des évènements, les enjeux de certaines scènes, comme si Wolk s’était justement fait happer lui-même par le chaos ambiant. Un souci de lisibilité et de rythme qui gâche les bons mots, les petites trouvailles et la charge généralisée sur la cité des anges.
Crime de lèse-majesté, embarqué dans sa parodie hystérique, Mega-City Two rend même Dredd parfois un peu ridicule dans le tableau, affublé d’un costume de biker ringard pour une opération d’infiltration, et ça, ça devrait être puni par la loi.



