À LA DÉRIVE

Lost At Sea – Canada – 2003 / 2013
Genre : Fantastique, Drame
Dessinateur : Bryan Lee O’Malley
Scénariste : Bryan Lee O’Malley
Nombre de pages : 192 pages
Éditeur : Hi Comics
Date de sortie : 7 janvier 2026
LE PITCH
Raleigh, 18 ans, est persuadée qu’on a volé son âme… et que celle-ci est cachée dans un chat ! En tout cas, c’est ce qu’elle raconte. Enfin, c’est ce qu’elle raconterait si elle s’ouvrait un peu aux autres. Mais alors comment se retrouve-t-elle embarquée dans un road trip vers le Canada avec trois copains de lycée qu’elle connaît à peine ?
Raleigh vs herself
Totalement inédite en France, la première création de l’artiste canadien Bryan Lee O’Malley, auteur de Scott Pilgrim, est enfin publié chez nous grâce à Hi Comics. Une belle édition qui reprend les petits bonus et les planches légèrement colorisées de la réédition anniversaire américaine de 2013.
Certainement que Scott Pilgrim, admirablement adapté au cinéma par Edgar Wright sous le titre Scott Pilgrim vs. The World, restera à jamais l’œuvre centrale de Bryan Lee O’Malley. Son petit chef d’œuvre vif et inventif capturant comme personne les affres amoureux de son atypique héros musicos et un poil geek et qui pour la plupart marqua la découverte de son ton décalé, de son sentimentalisme pop, de son humour déjanté, de son univers musical intense et de son style manga simple mais percutant. Cependant, à peine un an plus tôt le jeune artiste publiait sa vraie première mini-série : Lost At Sea. Une proposition sans doute moins maitrisée, plus brouillonne, ou d’ailleurs ses dessins presque naïfs n’ont pas encore l’immédiateté et l’évidence qu’ils prendront rapidement par la suite. L’auteur a encore un coup de crayon hésitant, mais il aborde déjà avec beaucoup de justesse le spleen lancinant des jeunes adultes, marqué par cet attachement de la jeunesse à la liberté mais déjà appelée par un âge adulte inquiétant. Raleigh a justement 18 ans, jeune fille solitaire, toujours à coté, lunaire et rêveuse qui se retrouve embarquée malgré elle dans un périple aux cotés de trois camarades de lycée qu’elle ne connait qu’à peine.
Retour à la maison
Les yeux perdus par la fenêtre alors que les autres prennent plaisir à l’aventure, elle se raconte au lecteur au grès de ses inspirations, souvent dans le désordre, et fait état de cette sensation d’avoir perdu son âme (son intérêt pour l’existence il faut entendre) il y a bien longtemps. Des liens compliqués avec des parents divorcés, une vieille amitié qui s’acheva par un déménagement, une romance unique et intense mais déjà terminée ou tout comme… que lui reste-t-il sinon l’introspection ? A ces questions O’Malley répond déjà par la découverte de l’autre, le dialogue ouvert avec les proches et l’amitié profonde. L’étrangeté de l’héroïne ne fait finalement que provoquer la curiosité des trois camarades à bord de la voiture, quitte même à accepter ses petits délires à l’orée du fantastique (la chasse au chat qui serait la personnification de son âme perdue) ou à voir en elle un modèle de coolitude en marge. A la dérive n’invente rien mais propose un voyage en très bonne compagnie, petite bande d’extravertis décidément bien attachants fêtant la fin de l’année scolaire, la fin des années lycée, en se perdant sur les routes américaines et dans les rêveries de cette nouvelle amie.
Moins fun mais peut-être plus poétique que Scott Pilgrim, A la dérive est proposé ici dans une version légèrement remaniée par l’auteur, dix ans après sa première publication. Outre quelques petites parenthèses inédites en fin d’album, le volume propose des planches dont le noir et blanc a été remanié avec des aplats de rose monochrome donnant une ambiance plus feutrée et intime à l’histoire.



