UN FLIC VOIT ROUGE & MARK LA GÂCHETTE

Mark il poliziotto, Mark il poliziotto spara per primo – Italie – 1975
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier
Réalisateur : Stelvio Massi
Acteurs : Franco Gasparri, Lee J. Cobb, Sara Sperati, Giorgio Albertazzi, Giampiero Albertini, Lucio Como, Ely Galleani, Spyros Fokas …
Musique : Stelvio Cipriani, Adriano Fabi
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français LPCM 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 91 et 100 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 6 mai 2025
LE PITCH
Le commissaire Mark Terzi, de la brigade des stupéfiants de Milan, doit enquêter sur les activités de l’homme d’affaires Benzi, soupçonné d’être à la tête d’un trafic de drogue international. Aidé par un second, le flic aux méthodes expéditives et peu conventionnelles part se confronter à celui qui se dit intouchable.
Le commissaire Mark Terzi est envoyé à Gênes pour enquêter sur une série de meurtres sordides revendiqués par un certain « Sphynx ». Il va y retrouver l’homme d’affaires Benzi, qui pourrait avoir un lien avec ces crimes.
Flic, juste un flic
En ce mitan des 70’s les grands écrans italiens étaient largement occupés par une horde de représentants de la loi aux méthodes douteuses, assénant la justice avec brutalité et arborant des jeans trop serrés, blousons en cuirs et pilosités hirsutes. Plus charmeur, plus imberbe, mais néanmoins tout aussi compétant pour emmerder les dealers de tous bois, Mark Terzi s’offrit deux productions bien sympas, et surtout la belle gueule de Franco Gasparri.
Grand chef opérateur et directeur photo de l’âge d’or du western italien (Lanky, Pour une poignée de dollars, Texas…) passé petit maitre du polar transalpin, Stelvio Massi a longtemps préservé ce soin tout particulier apporté aux cadres, à la gestion des espaces (extérieurs presque campagnard ou urbains) mais aussi à une volonté de délivrer des spectacles bien rodés, efficaces à défaut, il faut bien le dire, d’être vraiment marquants. De Brigade volante avec Thomas Milian jusqu’à Un Flic rebelle avec Maurizio Merli (la suite est moins glorieuse), il habite parfaitement avec ses productions couillus le paysage de ce fameux poliziottesco, reflets de l’Italie des années de plombs, de la montée accablante de la criminalité et de la généralisation de la corruption politique. Les deux opus de Mark il poliziotto (soit Marc le policier…. Pour être sûr de pas se tromper de salle) s’inscrivent parfaitement dans le tableau avec leur héros toujours en marge, envoyant balader son commandant, harcelant les truands et n’hésitant pas à utiliser des méthodes extrêmes pour arriver à ses fins. Le tout avec la chemise à moitié ouverte, les lunettes noires bien visées sur le nez et une nonchalance qui fait inévitablement tomber les dames. Rien de bien neuf au soleil, si ce n’est que Mark ne porte pas cette fameuse moustache virile, et surtout qu’il semble se rapprocher plus volontiers des jeunes générations, moins droitard et salopard que le tout-venant.
Il vaut mieux l’avoir en photo
Il faut dire que son interprète, Franco Gasparri était une véritable star en Italie, adulé par les nombreux lecteurs des romans-photos qui faisaient flores alors, et argument commercial indéniable pour attirer de nouvelles spectatrices sur le chemin du polar urbain. Un regard ténébreux à la Alain Delon, mais aussi une certaine bienveillance, souligné dans le premier film par le soutien maladroit qu’il tente d’apporter à une junkie croisée sur une scène de crime. Pas un grand acteur, mais effectivement un certain charisme à l’image qui tranche avec le défilé de gueules patibulaires et fatiguées qui habitent autant les bureaux du commissariat que les rangs des truands du cru dont un Lee J. Cobb, véritable mafieux dans le premier reconverti en politicard mafieux dans le second. Ne reste plus qu’au talentueux scénariste Dardano Saccheti (Le Chat à neuf queue, Inferno, Frayeurs…) de nous confectionner deux petits scénarios génériques, et un peu laborieux, pour habiller le tout, et le succès est assuré.
Tournés à seulement quelques mois d’écarts, Un Flic voit rouge nous rejoue donc le coup de l’enquête seul contre tous dans une Rome occupée par les réseaux de drogue quand Mark la gâchette va plus ouvertement chalouper sur les plates-bandes de L’inspecteur Harry avec une traque au tueur fou (mais ici instrumentalisé par des criminels plus classiques) se trimbalant sur les toits de Gênes. Les petits ventres-mous et les dialogues milles fois entendus sont aisément compensés par le savoir-faire de Stelvio Massi capturant efficacement le pouls de la société italienne d’alors et les décors urbains crasseux, décadents et déjà post-industriels, et surtout délivrant poursuites, castagnes et échanges de coups de feu à un rythme tout à fait convaincant. Avec son ouverture bien musclée et ses cascades motorisées bien généreuses, Mark la gâchette gagne d’ailleurs aux points sur ce terrain-là.
A noter qu’il existe un troisième opus intitulé Mark colpsice ancora (renommé Agent très spécial 44 chez nous) renouant plus ou moins avec la même équipe devant et derrière la caméra, mais il s’agit d’un autre anti-héros, interprété toujours par Franco Gasparri pour un polar qui ne partage aucun lien avec les deux premiers si ce n’est quelques retouches affiches et quelques triches dans la post-synchronisation ajoutées par les producteurs de la « trilogie ».
Image
Artus Films nous a dégotté ici deux curieuses copies. Curieuses parce que si elles ont manifestement été restaurées, avec possiblement un retour aux sources d’origine, elles semblent avoir été pas mal malmenées par les années. Elles sont encore régulièrement agressés par quelques plans neigeux et très granuleux et d’autres passages aux couleurs oscillantes, agressées par des restes de taches vertes et autres décolorations. Pourtant, dans les grandes largeurs, les cadres sont finalement très propres, les contrastes tiennent assez bien la route et certains plans assurent une définition pointue et précise… avant de laisser place à une image plus flou et nettoyée à grand coups de filtres. Des prestations inégales et variables d’une bobine à l’autre.
Son
Versions italiennes et versions françaises sont disposées dans leurs monos d’origines, délivrées en formules 2.0 non compressées. Plutôt pas mal pour les pistes italiennes toujours sobres et relativement équilibrées qui assurent un certain naturel un peu brut dans les ambiances et les échanges. Les doublages français, avec la voix principale qui change d’un film à l’autre, sont comme souvent un peu plus plates, mais ne manquent pas non plus de caractère.
Interactivité
Artus propose donc deux nouveaux titres dans sa collection Polar (rital) avec le diptyque Un Flic voit rouge et Mark la gâchette, tout deux habillés dans leur élégants digipack avec fourreau cartonné, réunissant disques Bluray et DVD.
Sur ces derniers on retrouve de nouvelles présentations signées Curd Ridel qui pour le premier métrage se concentre essentiellement sur la carrière un peu oubliée de Franco Gasparri et son statut de star du roman-photo, avant de passer sur le temps restant et sur le second opus aux trajectoires du réalisateur et des autres membres du casting, à grand renforts de filmographies commentées et de détails biographiques.
Artus nous a aussi dégottés quelques interviews inédites avec pour Un Flic voit rouge quelques souvenirs partagés en compagnie d’un Daniele Sangiorgi, assistant réalisateur, qui dresse le portrait pas toujours tendre de ses collègues et se remémore quelques anecdotes du tournage et son amitié avec Stelvio Massi. Le fils de ce dernier, Danilo Massi, ayant essayé à peu près tous les postes sous la direction de son père, revient pour sa part en deux fois, sur ses propres souvenirs, de ses rencontres avec les acteurs et actrices, de l’atmosphère des tournages et la mise en place des séquences les plus spectaculaires, jusqu’à la relation tendue de son père avec la pauvre Ely Galleani, imposée par les producteurs.
Liste des bonus
Un Flic voir rouge : « Deux doigts sur la gâchette » : Curd Ridel à propos de la saga « Mark il Poliziotto », première partie (22’), « Un souvenir en rouge » : Entretien avec Danilo Massi (23’), « Gâchette, action et mémoires » : Entretien avec Daniele Sangiorgi (14’), Diaporama d’affiches et photos (2’).
Mark la gâchette : « Deux doigts sur la gâchette » : Curd Ridel à propos de la saga « Mark il Poliziotto », deuxième partie (25’), « Gênes ville ouverte » : Entretien avec Danilo Massi (19’), Diaporama d’affiches et photos (1’).







