STEEL FLOWER & SECOND LIFE

스틸 플라워 / 선희와 슬기 – Corée du sud– 2015 / 2016
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateurs : Park Seok-Yeong, Park Jeong-Joo
Acteurs : Jeong Ha-Dam, Kim Tae-Hee, Jeong Da-Eun, Park Soo-Yeon…
Musique : Kim Dong-Gi, Chung Yea-Kyung
Durée : 83 et 70 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Coréen DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Badlands
Date de sortie : 30 juillet 2025
LE PITCH
Steel Flower : Ha-Dam, une adolescente démunie, débarque à Busan. Errant avec sa valise cassée, elle n’a qu’une volonté : se sortir de la misère. Mais sans adresse ni téléphone portable, la quête d’un job, même modeste, devient un véritable chemin de croix. Face à une société individualiste, Ha-Dam va devoir se battre pour retrouver sa dignité.
Second Life : Délaissée par ses parents fortunés et ignorée par ses camarades de classe, Sun-Hee, une lycéenne mal dans sa peau, ment pour attirer l’attention de son entourage. Un engrenage tragique la poussera à fuguer avec l’espoir de mener une nouvelle vie plus sereine. Mais peut-on vraiment s’affranchir de son passé ?
Génération perdue
La Corée du Sud est devenue un fantasme générationnel, un monde rêvé où les stars de K-pop et les dramas offrent une vision biaisée de la vérité. Pourtant la jeunesse locale ne vit pas cette même authenticité. Loin des stéréotypes ; les indépendants Steel Flower et Second Life viennent rétablir certaines vérités mal perçues dans leur pays.
Le jeune éditeur Badlands nous permet aujourd’hui de plonger dans une face moins jouissive et plus sombre de la société coréenne. Un pays en mal d’identité. Ce mal date ; il continue à persister sous des formes et des jougs différents. La Corée a souffert de l’envahisseur japonais avant de subir la guerre de Corée. Traumatismes qui divisent une nation au point de splitter en deux états aux visions diamétralement opposées. Se relever est compliqué, l’état oppresseur plonge ses citoyens dans le travail imposant un quota minimum de 52h par semaine pour rebâtir économiquement le pays. La vie devient survie et les repères ancestraux avec la famille en son centre un souvenir. Cet avenir, la jeunesse influencée par l’Occident n’en veut pas, elle s’individualise en rejetant le futur qu’on lui propose. Leur monde ressemble bien trop à ceux des adultes où les heures de cours sont nombreuses, celles du sommeil anémique et les loisirs trop peu nombreuses. Pas étonnant que les fugues se multiplient (3% des jeunes) et que le taux de suicide s’envole. Tout un pan de la société que le pays n’étale pas. Heureusement que le cinéma s’en charge.
Lost in Busan
Cautionné par Francis Ford Coppola et encensé par Bong Joon-ho, Steel Flowers se détache par son approche radicale de cette jeunesse abandonnée. On y suit une jeune fille dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle est à la rue. Elle vivote en cherchant des petits boulots à droite et à gauche dans des quartiers de Busan où les touristes sont absents. Son désœuvrement n’est pas une absence de dignité, elle ne mendie pas, ne vole pas, n’offre pas son corps contre des privilèges ; cette jeune fille se bat au quotidien. Son seul plaisir est un rêve, celui de faire des claquettes. Métaphore sur le monde, un exutoire mais surtout un moyen de faire du bruit dans ce monde qui ne l’entend pas, de faire raisonner son existence dans ce milieu de misère.
Filmé dans un état d’urgence, le film se construit avec une équipe réduite sur une poignée de jours. Le parti pris de la caméra à l’épaule semble voler les moments de vie, l’histoire ne semble avoir ni début ni fin. Park Seok-Yeong ne cherche pas l’explication, il offre un constat au spectateur. L’image se suffit et a plus d’impact que ses discours (les premiers dialogues interviennent au bout d’un quart d’heure). L’actrice Jeong Ha-Dam fait corps avec son personnage, il a fallu de la résilience à son metteur en scène pour concocter avec elle. Tétanisée au casting comme au tournage, elle offre une performance plus vraie que nature en essayant d’habiter l’âme de Ha-dam, son personnage.
Chacun sa place
Second Life offre une deuxième lecture à cette jeunesse avec une réalisatrice à son bord. Bien que moins radical, il forme le parfait pendant à Steel Flowers en se comportant comme sa préquelle. Premier film de Park Jeong-Joo, elle évoque le malaise débutant dans la sphère familiale pour s’étendre à celle du scolaire. Il y est encore question de jeune fille cherchant à s’intégrer à tout prix. Le problème identitaire est un parallèle à l’histoire coréenne en mal de repères. Bien que fille de famille visiblement aisée, les parents bien que présents physiquement, ne sont qu’ombres dans sa vie. Leur absence est filmée par leur voix que l’on entend hors champ, puis par un dialogue unilatéral car maman est au téléphone pour le travail. L’intégration est au centre du long-métrage, l’école n’est pas le lieu rêvé lorsque l’on ne fait pas partie d’un groupe. Mal dans sa peau, la fuite en avant sera son refuge, la fugue son oxygène. L’herbe sera sans doute plus belle ailleurs, le droit d’exister plus présent. Dans sa seconde partie, la réalisatrice veut faire prendre conscience à ses démunis qu’ils ne sont pas uniquement des ombres. L’héroïne découvre un appareil photo, un vrai, pas de ceux des smartphones qui transforment l’individu en zombi. Le fait de l’utiliser lui montre la vie sous un autre jour ; elle existe, son image peut s’imprimer sur pellicule, c’est ce que fait le cinéma, rendre le réel irréel et inversement.
Sortis en catimini dans leur pays et encore plus confidentiellement chez nous, ces films sont une fenêtre ouverte sur la Corée que le pays voudrait voir fermée. Un moyen pour tous ces désespérés de faire entendre leurs cris silencieux au reste du monde. A regarder pour qu’ils se fassent entendre.
Image
Deux films, deux ambiances. Mais des masters qui tiennent bien la route. Steel Flower garde son esthétique de film tourné dans l’urgence, caméra à l’épaule. L’image garde son grain typé documentaire. Elle est fluide et ne s’attarde pas sur les détails. Elle sait être lumineuse lorsqu’il le faut avec de belles ambiances de couleurs. Second Life, quant à lui, nous emmène dans une atmosphère plus léchée. La lumière est plus froide pour isoler davantage son personnage. Le piqué, lui est assez pointu avec des détails affinés sur les visages et les habits. Deux éditions bien recommandables.
Son
Les choix sont identiques sur les deux éditions soit du 5.1 ou du 2.0. Les ambiances sonores donnent une très grande place au bruit urbain. La ville possède son propre dialogue avec sa foule et sa circulation. Les pistes nous font bien ressentir leurs côtés oppressants (Steel Flower) sans pour autant nous inonder de bruits avec ses moments d’accalmie (Second Life).
Interactivité
Sur les deux films la parole est laissée au grand spécialiste du cinéma coréen Bastien Meiresonne, auteur du livre Hallyuwood, le cinéma coréen (Ouvrage obligatoire pour tout passionné du cinéma asiatique ou non). Il ne se contente pas de parler des films, mais sa connaissance encyclopédique, nous décortique l’état politique et social subis par la Corée des décennies durant. Propos qu’il met habilement en parallèle dans son analyse de Steel Flower et de Second Life. Les éditions se composent également de livrets écrits par l’auteur qui reprennent bon nombre de ses propos.
A noter que Badlands propose des jaquettes réversibles des films à changer selon votre humeur du jour.
Liste des bonus
Steel Flowers : Présentation par Bastian Meiresonne Le social à fleur de peau (43’), Bandes-annonces (1’), livret 28 pages.
Second Life : Présentation par Bastian Meiresonne La Corée au feminin (22’), Bandes-annonces (1’), livret 14 pages.







