MISTER FROST

France, Royaume-Uni – 1990
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Philippe Setbon
Acteurs : Jeff Goldblum, Alan Bate, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Maxime Leroux, Roland Giraud…
Musique : Steve Levine
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 104 minutes
Éditeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 3 décembre 2025
LE PITCH
Mais qui est Mr Frost ? Arrêté par Felix Detweiler dans son manoir de Brighton, dans le jardin duquel il a enterré 24 victimes dont il a filmé les séances de torture, Mr Frost n’a aucune existence légale et reste une énigme pour les autorités. Trois mois après son arrestation, il se mure dans le silence. Après deux ans à passer d’un établissement à l’autre dans toute l’Europe, il quitte son mutisme, à son arrivée à l’hôpital St Clare, pour annoncer qu’il ne parlera qu’au Dr Sarah Day. Au cours de leurs séances, irrité du fait que la science ait remplacé la foi, il lui révèle être Satan en personne et l’intime à croire en lui.
Un patient récalcitrant
Atypique pour le moins, Mister Frost est une production française inattendue, faisant cohabiter le temps d’un thriller surnaturel la star américaine Jeff Goldblum, le britannique Alan Bate, et quelques visages bien de chez nous (Cassel, Gélin, Giraud…). Jolie affiche pour le second et dernier long-métrage réalisé par le touche-à-tout Philippe Setbon.
Si le monsieur a fait de la BD ou de la photo, il est certainement beaucoup plus connu pour sa carrière assez fructueuse de scénariste. Quelques polars à la française profitant du regain du genre durant les années 80 qui lui permettent de participer à des productions comme Les Fauves, Parole de flic, Lune de miel, Peau d’ange et même le Détective de Jean-Luc Godard. Sans doute que durant ces années là sa plus belle réussite reste Mort un dimanche de pluie, thriller corsé, inventif et toujours très impressionnant qui justement annonce son passage à la réalisation. Ça sera tout d’abord le buddymovie improbable Cross avec Michel Sardou en flic lessivé et Roland Giraud en tueur professionnel, puis trois ans et un épisode de la célèbre série Sueurs froides plus tard, le présent Mister Frost. Un an à peine avant la sortie du Silence des agneaux, le film repose sur la confrontation entre un serial killer charismatique et insaisissable et une femme, ici psychiatre, qui s’efforce de comprendre ses motivations et sa véritable nature. Le rapport de séduction est bien entendu en amorce, mais la ressemblance s’arrête là puisque Mister Frost travaille surtout sa nature de thriller fantastique, lui se proclamant être le diable en personne venant moquer et mettre à mal ce nouveau monde obsédé par la science et la rationalité. Un sujet que Setbon n’imagine pas pouvoir crédibiliser avec une simple production française et qu’il décide donc de tourner en langue anglaise, dégottant la valeur sûre britannique Alan Bates pour interpréter le flic qui suit l’affaire, et en psy déboussolée une Kathy Baker qui s’apprête à marquer les esprits avec sa voisine saute-au-paf de Edward aux mains d’argent la même année.
Gamble your sanity
La plus grosse prise reste bien entendu dans le rôle-titre l’excellent Jeff Goldblum, encore auréolé de son succès dans La Mouche, géant tout en charme magnétique, en étrangeté séductrice et en carrure décontractée, qui semble, il faut bien le dire, parfois porter tout le film à bout de bras. Le casting français lui, en dehors du jeune François Negret (Au revoir les enfants, Noce Blanche…) assez touchant en patient psychiatrique instrumentalisé par « le mal incarné », semble malheureusement trop souvent décalé, comme dans un autre film, sans doute à cause d’un tournage en anglais et d’une post-synchronisation pas toujours convaincante. Cette cohabitation marque cependant à sa façon toute l’ambition et les fragilités du métrage, qui s’efforce d’installer une atmosphère étrange et de plus en plus oppressante, de distiller ses éléments fantastiques pour de ne pas perdre totalement le doute de vue, et de souligner constamment l’opposition entre l’environnement aseptisé, clinique de l’hôpital, et un monde extérieur aux clairs obscures nettement plus baroques. Très belle photographie signée Dominique Brenguier (Bleu comme l’enfer, Family Express…) mais qui ne peut pas toujours cacher l’exiguïté de la production et une mise en scène bien trop sage, bien trop fascinée par les gros plans. Même s’il aimerait parfois ressembler à La Malédiction et autres productions « démoniaques » américaines, Mister Frost a surtout des airs de série B un peu fauchée qui ne sait pas vraiment comment s’emparer de son excellent pitch de départ et qui se refuse un peu tristement à mettre les mains dans des effets plus démonstratifs qui crédibiliseraient d’avantage la menace en question.
L’échec commercial du film, aussi bien en France qu’à l’étranger, mettra un coup d’arrêt aux prétentions cinématographiques de Philippe Setbon qui se tournera alors de manière ironiquement bien plus fructueuse vers la télévision avec des programmes comme les séries Fabio Montale, Frank Riva ou la saga estivale de 2006, Ange de feu.
Image
Difficilement visible depuis des années et sortie en vidéo uniquement par le biais d’une VHS désormais collector (enfin pour ceux qui collectionnent les VHS), Mister Frost profite d’une restauration luxueuse via SND et Le Chat, pour un scan 4K des négatifs et un nettoyage en règle des photogrammes. L’image est superbe, extrêmement propre, plus stable que jamais, et assure une définition profonde et redoutable délivrant de nombreux détails inédits et un relief surprenant. L’opposition entre les scènes lumineuses froides et sombres fonctionne mieux que jamais. En UHD surtout, le visionnage peut même paraitre troublant avec ces images qui semblent avoir été tournées il y a quelques mois à peine. Fermes et limpides, mais le grain est bien présent, discret et délicat.
Son
Cas un peu compliqué que Mister Frost dont les deux versions, anglaise et française, sont marquées par des éléments en post-synchronisation qui dénotent toujours un peu dans le résultat final. En français ont profite ainsi mieux des performances de nos acteurs locaux, tandis qu’en anglais (et ce malgré le tournage dans cette lange) ce sont souvent d’autres acteurs qui remplacent les voix. On préfèrera tout de même cette dernière, en DTS HD Master Audio 2.0, claire bien équilibrée et dotée d’ambiances latérales surprenantes, plutôt que le plus moderne DTS HD Master Audio 5.1 qui semble régulièrement un peu plus artificiel dans sa dynamique.
Interactivité
On appréciera immédiatement le nouveau visuel du film utilisé pour le fourreau qui fait oublier toutes les terribles affiches dont le film avait été affublé jusque-là.
A noter que le disque UHD a un petit souci de fabrication qui empêche de lancer les suppléments qui y étaient présents. Heureusement, ces derniers sont tous aussi disponibles sur le Bluray. On y retrouve la première partie de l’interview de Philippe Stebon, déjà proposée sur l’édition de Mort un dimanche de pluie, dans laquelle il s’attarde largement sur sa carrière de scénariste, mais on enchaine ensuite avec un segment bien plus long où là il évoque ses nombreux souvenirs de tournage et de production de Mister Frost. Son envie de tourner en anglais, les difficultés de la coproduction, l’implication et le professionnalisme de Jeff Goldblum (malgré un agent un peu envahissant) et de nombreuses anecdotes viennent retracer une expérience certes compliquée mais plutôt heureuse.
L’édition est complétée par la première réalisation de Stebon, le court métrage Anton Muze, avec Michel Peyrelon et Pascal Légitimus. Une évocation urbaine du mythe de l’enfant sauvage couplée à la traque du monstre de Frankenstein. Étonnant et assez barré.
Liste des bonus
« Profession scénariste » avec Philippe Setbon (24’), « Mister Devil » avec Philippe Setbon (53’), Court métrage : « Anton Muze (Les Flâne-trottoirs) » de Philippe Setbon (1983, 16’), Bande-annonce (2’).







