LOS GOLFOS

Espagne – 1959
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Carlos Saura
Acteurs : Manuel Zarzo, Luis Marín, Óscar Cruz, María Mayer, Juanjo Losada, Ramón Rubio, Rafael Vargas, Antonio Jiménez Escribano, Arturo Ors…
Musique : José Pagán, Antonio Ramírez Ángel
Durée : 83 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Espagnol DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Editeur : Tamasa Distribution
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Dans les « barrios », quartiers populaires de la grande ville, une bande de jeunes voyous traîne une vie oisive et misérable. Au début, les vols n’avaient pour but que se procurer de la nourriture, mais bientôt les ambitions naissent : une guitare, une fille, le café… Et puis, comme Juan veut devenir toréador, la bande décide de lui procurer l’argent nécessaire à son premier combat.
Marche funèbre
Acte fondateur du Nouveau Cinéma espagnol et cible de la censure franquiste, Los golfos, le premier chef d’œuvre de Carlos Saura, est enfin présenté dans une version intégrale et remastérisée en 4K. Un coup de poing dans l’estomac toujours aussi efficace…
Décédé en 2023, la veille de recevoir un Goya d’honneur en hommage à son immense carrière, Carlos Saura fut l’une des figures les plus célébrées du cinéma espagnol. Mais entre ses allégories souvent réalisées avec celle qui fut sa muse, et son épouse, Géraldine Chaplin (Cria cuervos, Anna et les loups…) ou ses odes au flamenco comme Carmen avec Laura del Sol, on oublie souvent sa première œuvre Los Golfos, où le cinéaste prenait cette fois une approche réaliste et quasi-documentaire.
Le film s’ouvre comme une blessure ouverte avec l’agression brutale d’une vendeuse ambulante, aveugle, pour une poignée de pesetas. Une scène qui instantanément donne le ton d’un film quasi-documentaire où le jeune cinéaste, seulement 27 ans, capte le réel de la périphérie madrilène, « les « barrios », capturant la poussière des terrains vagues et la sueur de ces « voyous ». On songe évidemment au néo-réalisme italien mais Saura apporte apporte une sécheresse brute à ses personnages et à une pellicule qui, mine de rien, peut être vue comme précurseure du cinéma Quinqui à bien des égards.
Loin de glorifier ses « héros », le film suit leur inéluctable course en avant dans la criminalité, à coups de matraques bien senties, jusqu’au final glaçant et consternant. Finalement, Saura filme une longue Marche funèbre interprété avec maestria pas ses protagonistes (on retiendra notamment Manuel Zarzo qui apparaîtra dans des productions italiennes)…et un certain Pico el del Lunar. Guitariste majeur de flamenco, il inonde l’écran de ses notes acérées en interprétant la Petenera, sorte de « chant » funèbre, qui porterait même malheur à ceux qui le jouent ! Une ritournelle qui poursuit in extenso les errements de nos voyous qui semblent déjà condamnés par leur condition.
Nuevo cinema
En filmant et en documentant cette Espagne de 1959, avec ses banlieues-bidonvilles, sa misère et une jeunesse décomplexée, et surtout désespérée, le long-métrage ne pouvait que s’attirer les foudres de la censure bien pudibonde du régime de Franco. Le film ne sortira qu’en 1962 en Espagne, de manière confidentielle, et expurgé de 11 minutes. Mais un miracle eut lieu entre-temps puisque Los golfos fut sélectionné en Compétition officielle au Festival de Cannes, notamment grâce au producteur du film, Pere Portabella. Personnage fondamental de ce nouveau cinéma espagnol, il produit en 1959 trois films espagnols emblématiques : Los golfos donc, La petite voiture de Marco Ferreri et Viridiana de Luis Bunuel.
Adoubé par Luis Bunuel lui-même lors de la projection, encensé par la critique internationale, Carlos Saura acquit alors une légitimité qui lui permit de continuer sa carrière en Espagne et délaissa cette première approche réaliste pour une vision plus symbolique et subtile de la société espagnole, manière aussi d’éloigner les censeurs.
Monument historique du cinéma espagnol et premier film d’un grand réalisateur, Los golfos est également une implacable tragédie où l’espoir incarné par la corrida ne sera qu’une illusion s’achevant dans un final sombre et désespérant. Une œuvre marquante qui grâce aux « nouvelles » séquences » prend une teinte douce-amère, en montrant une jeunesse pleine d’espoirs, déçus.
Image
Tamasa nous propose une version 4K, intégrale, restaurée à partir du négatif original par la Filmoteca Espana. Une belle copie stable, qui conserve son grain tout en dévoilant une belle profondeur de champ.
Son
Le film est proposé en version originale sous-titrée. Une version claire mettant en vedette la guitare de Pico el del Lunar.
Interactivité
Tamasa Films confirme encore tout le bien que nous pensons d’eux avec cette belle édition agrémentée de bonus vidéo. On y retrouve une intervention enrichissante de Marcos Uzal qui revient sur la genèse du film, l’importance de Pere Portabella ou la censure qui porta aussi sur le scenario.
L’autre bonus concernant les séquences inédites s’avère également instructif, et permet de mieux appréhender le « charcutage » du film…
Enfin, cerise sur le gâteau, deux courts-métrages de Saura sont présents, La Llamada (non sonorisée) et le très intéressant La tarde del domingo, qui annonce Los golfos par son caractère réaliste.
Liste des bonus
« Los Golfos » vu par Marcos UzaL (29′) ; « La Llamada », court-métrage de Carlos Saura (7′) ; « La Tarde del domingo », court-métrage de Carlos Saura (VOST, 32′) ; Autour des séquences inédites et de la restauration (13′).






