LIRE LOLITA À TÉHÉRAN

Reading Lolita in Teheran – Italie, Israël – 2024
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Eran Riklis
Acteurs : Golshifteh Farahani, Zar Amir Ebrahimi, Mina Kavani, Reza Diako, Arash Marandi, Catayoune Ahmadi, Sina Parvaneh, Bahar Beihaghi…
Musique : Jonathan Riklis
Durée : 107 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Farsi et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 9 août 2025
LE PITCH
Azar Nafisi, professeure à l’université de Téhéran, réunit secrètement sept de ses étudiantes pour lire des classiques de la littérature occidentale interdits par le régime. Alors que les fondamentalistes sont au pouvoir, ces femmes se retrouvent, retirent leur voile et discutent de leurs espoirs, de leurs amours et de leur place dans une société de plus en plus oppressive. Pour elles, lire Lolita à Téhéran, c’est célébrer le pouvoir libérateur de la littérature.
Des femmes et des livres
Un réalisateur israélien qui s’attaque au sujet de la liberté des femmes dans l’Iran de l’Ayatollah Khomeini !? Forcément osé, ce projet de Eran Riklis, qui avait déjà prouvé sa singularité avec notamment Les citronniers, est une réussite portée par l’excellente Golshifteh Farahani.
Adaptation du roman autobiographique d’Azar Nafisi paru en 2004, Lire Lolita à Téhéran demeure malheureusement toujours aussi d’actualité, notamment après l’arrestation et la mort de Mahsa Amini en 2022 à Téhéran…pour une mèche de cheveux qui dépassait de son voile. L’intérêt du film d’Eran Riklis (Les citronniers, La fiancée syrienne…), et du roman de Nafisi, est de revenir aux sources de la situation politique iranienne actuelle, puisque l’histoire retrace le retour au pays d’une professeure de littérature en 1979, date de la Révolution Islamique portée par l’Ayatollah Khomeini. Pleins d’espoir, après la chute du régime autoritaire du Shah Mohammed Reza Palavi, Azar et son mari Bijan, ingénieur civil, veulent apporter leur concours à la reconstruction du pays. Mais rapidement, le nouveau régime dévoile sa vraie nature, théocratique, et les volontés libérales de la professeure qui fait découvrir à ses jeunes élèves des œuvres « sulfureuses » et en anglais se heurtent à la répression… Ainsi, les femmes sont voilées et entravées, et les livres brûlés et interdits. Démissionnaire, Azar Nafisi décide alors de mener son propre combat en créant une sorte de salon littéraire exclusivement féminin dans son logis où Lolita, Jane Austen, Gatsby le magnifique deviennent des prétextes pour une aspiration à une liberté qui relève de l’utopie.
Ode à la femme iranienne
Au-delà du fond, passionnant, Riklis parvient à réaliser un beau film grâce à la photographie lumineuse d’Hélène Louvart qui a entre autres collaboré avec des cinéastes comme Agnès Varda, Wim Wenders ou encore Léo Carax. Coproduction italo-israélienne, la production remplit de plus le défi de rendre plausible sa vision de Téhéran alors que le film fut principalement tourné à Rome.
Mais si ce film est une réussite, et peut-être un peu plus que cela, c’est bien grâce à ses formidables interprètes. La magnifique Golshifteh Farahani imprime l’écran à chaque apparition, rendant palpable toutes les émotions qu’il faut cacher lorsqu’on est une femme en Iran. N’ayant pas tourné de film en farsi depuis des années, et encore moins sur ce thème ô combien délicat pour une actrice iranienne, elle porte ici le long-métrage tel un étendard. La petite troupe d’actrice, avec notamment Mina Kavani et l’incroyable Zar Amir Ebrahimi (Les nuits de Mashad), imprimera longtemps la rétine du spectateur par leur grâce, leurs failles et leur soif de liberté.
Enfin, dans un contexte mondial ô combien délicat, notamment dans cette région du monde, on ne peut que se féliciter de voir un cinéaste israélien s’attaquer à ce sujet sans parti pris si ce n’est celui de rendre hommage à l’œuvre d’Azar Nafisi et à son combat. Vous l’aurez donc compris, malgré une sortie anonyme dans les salles françaises, Lire Lolita à Téhéran mérite bien plus que cela et même si le scénario, à base de flashbacks, pourrait sembler convenu, la force du récit efface les quelques faiblesses du film.
Image
L’image s’avère être d’une belle clarté, bénéficie d’une bonne définition et les contrastes sont bien gérés. Un Master de qualité.
Son
Étant avant tout un film de paroles et de dialogues, on appréciera la qualité globale du mixage du film. Les deux pistes DTS HD Master Audio 5.1 sont doté de bonnes ambiances, sobres et naturelles, même si on préférera la version originale plus réaliste et immersive.
Interactivité
Metropolitan achève cette belle sortie en nous proposant des bonus très intéressants. Eran Riklis revient sur la genèse du film, qui aura mis une bonne dizaine d’années avant d’accoucher de cette œuvre. Un long entretien passionnant. Enfin, le Making-of et les interviews des actrices permettent d’appréhender les motivations des acteurs et actrices dans un casting international. Il est intéressant de constater que Farahani avait accepté la proposition du cinéaste… car elle pensait que cela ne se ferait jamais !
Liste des bonus
Making-of (20’), Entretien avec le réalisateur (35’), Entretien avec les comédiennes (22’).






