L’HOMME QUI RÉTRÉCIT

France, Belgique – 2025
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Jan Kounen
Acteurs : Jean Dujardin, Marie-Josée Croze, Daphné Richard, Serge Swysen Salim Talbi, Stéphanie Van Vyve…
Musique : Alexandre Desplat
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français pour sourds et malentendant
Durée : 99 minutes
Éditeur : Universal Pictures Home Entertainment
Date de sortie : 4 mars 2026
LE PITCH
Paul est un homme ordinaire, qui partage sa vie entre son entreprise de construction navale, sa femme Elise, et leur fille Mia. Lors d’une sortie en mer, Paul se retrouve confronté à un étrange phénomène météorologique… Dès lors, Paul rétrécit inexorablement, sans que la science ne puisse lui expliquer pourquoi ni lui être d’aucun secours.
Une question de taille
Qui aurait pu prédire que ce serait le cinéma franco-belge qui se livrerait à une nouvelle adaptation / remake de The Shrinking Man. Personne sans doute. Mais avec aux commandes le Jeand Dujardin et le réalisateur Jan Kounen de 99 francs, les inquiétudes pouvaient se transformer rapidement en une vraie curiosité. Un pari osé mais qui aboutit à une proposition assez remarquable.
C’est à un véritable classique du cinéma fantastique et de la série B auquel s’attaque ici Jan Kounen. Un petit bijou d’inventivité réalisé de main de maitre par Jack Arnold (L’étrange créature du lac noir, Tarantula, Le Météore de la nuit…) et adapté en personne par l’auteur du roman Richard Matheson (Je suis une légende). Réputé et adulé car au-delà du divertissement spectaculaire pour son époque, le film préservait toute la remise en question sociale du texte initial, mise à mal du mâle américain, fort et imperturbable, confronté alors à sa diminution aussi symbolique que réelle jusqu’à un final métaphysique mémorable. Le réalisateur de Dobermann et Blueberry est face à un Everest qu’il s’efforce cependant de gravir avec une déférence évidente pour son modèle (certaines scènes et images sont citées directement) mais aussi d’aborder avec un angle nettement plus personnel. D’ailleurs le métrage joue moins sur l’idée d’une figure masculine forte remise en question par un coup du destin, que sur un voyage éminemment intime d’un homme qui se sent peu à peu disparaitre. On peut y voir une évocation des conséquences d’une maladie incurable, d’une dépression envahissante, d’une remise en question profonde et mélancolique de son existence, en tout cas ce nouveau L’Homme qui rétrécit est constamment habité par une confrontation à l’ultime disparition, la mort.
L’aventure intérieure
Il est dommage qu’après quelques projections tests, inquiété par des retours de spectateurs se sentant laissés à distance du film, Kounen ait choisit d’ajouter une voix off du personnage venant régulièrement étaler ses états d’âme, livrer quelques réflexions pseudo-philosophiques sur l’absurdité de la vie et la beauté de l’univers, alourdissant terriblement le propos en se donnant des airs pompeux et terriblement maladroits. Proposé en option sur l’édition Bluray, la première version du film, habitée de silences, de regards absents et surtout étrangement tristes de Paul (faut-il préciser que Dujardin est comme souvent assez exceptionnel ?) accompagnent nettement mieux cette odyssée de l’intime où le fantastique, jamais véritablement expliqué ou crédibilisé, entraine le spectateur vers une fable adulte et abstraite aux airs de survival.
D’ailleurs l’autre défaut du film est justement de ne pas laisser suffisamment de temps au spectateur pour se familiariser avec ce rapetissement progressif et ce délitement de la cellule familial où Paul semble être (physiquement et psychologiquement) de plus en plus à distance. Quelques ellipses trop rapides, quelques scènes de couples qui manquent, des recherches médicales vite abandonnées, on sent presque le film pressé d’arriver à la partie la plus spectaculaire du concept. Ce L’homme qui rétrécit parait donc déséquilibré dans sa structure, mais on serait presque tenté de dire que c’est pour la bonne cause tant les deux derniers tiers font preuve d’une belle maitrise des divers jeux d’échelles (en changement d’une scène à l’autre), d’une mise en scène donnant habilement l’impression que le décors grandit autour du personnage plutôt que l’inverse, d’une utilisation solide des diverses images de synthèses et de confrontations mémorables avec, entre autre, une araignée domestique de plus en plus menaçantes. Des images frappantes et évocatrices qui font honneur au passage aux talents des équipes techniques franco-belges.
Le film d’aventure est tout à fait réussi, tendu, stupéfiant même parfois, mais toujours teinté de ce spleen étonnant, poétique et touchant, porté avec un certain lyrisme il faut bien le dire par les compositions d’un Alexandre Desplat des plus inspirés. A redécouvrir définitivement dans sa version initiale gommant la plupart des défauts qui avaient pu lui être reprochés.
Image
Forcément le film profite d’une superbe copie 4K d’origine, assurant une netteté et une précision de tous les instants. Les couleurs sont admirablement gérées, riches et puissantes, les lumières habilement dessinées, et les effets de profondeur, centraux dans de nombreuses scènes, repoussent le Bluray dans ses retranchements. La compression n’est jamais mise en défaut. On se prend à regretter l’absence de sortie UHD, mais malheureusement le manque d’engouement en salles en aura décidé autrement.
Son
Comme ressenti en salles, le DTS HD Master Audio 5.1 est un ingrédient dominant dans la construction du film et dans l’immersion du spectateur. Le jeu incroyable des bruitages, les effets de distance et d’écho, les sensations d’enveloppement sont constamment là et soulignent la dynamique de la mise en scène. Tout est clair, limpide et fluide… Comme pour la 4K, le Dolby Atmos aurait pu faire très mal.
Interactivité
Petite édition en apparence, le Bluray de L’Homme qui rétrécit propose tout de même deux bonus de poids. Le plus classique est un véritable making of, presque à l’ancienne serions-nous tentés de dire, qui laisse agréablement la parole au cinéaste et à l’acteur, mais aussi à certains responsables des effets spéciaux ou autres, pour évoquer l’expérience forcément très particulière du tournage, les divers défis techniques, l’atmosphère générale et même les thématiques évoquées. Porté par la personnalité chaleureuse de Kounen et Dujardin, le document est très agréable, toujours intéressant et plein d’informations plutôt franches.
Le second apport de la galette, introduit par une présentation du réalisateur, c’est ce fameux Director’s Cut qui ne contient aucune scène en plus ou en moins, mais une piste sonore totalement débarrassée de la voix off. Le film redevient plus équilibré, plus contemplatif et épuré, tel que Kounen le voulait au départ et tel qu’il aurait toujours dû être.
Liste des bonus
Le Director’s cut du film, Présentation du film par Jan Kounen (2’), Making of (39′).







