LES MUTINÉS DU TÉMÉRAIRE

H.M.S Defiant – Royaume-Uni – 1962
Support : Bluray
Genre : Aventure
Réalisateur : Lewis Gilbert
Acteurs : Alec Guinness, Dirk Bogarde, Maurice Denham, Nigel Stock, Richard Carpenter, Peter Gill, David Robinson, Robin Stewart…
Musique : Clifton Parker
Durée : 101 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 02 juin 2020
LE PITCH
En 1797, durant les guerres napoléoniennes, le vaisseau de guerre Le Téméraire est envoyé rejoindre la flotte britannique en Méditerranée. A son bord, le cruel lieutenant Scott Padget s’acharne sur l’équipage au moindre prétexte. Tandis que la révolte gronde, le navire s’apprête à affronter la flotte française.
Les révoltés de la couronne
On se souvient volontiers de l’anglais Lewis Gilbert en habile faiseur responsable de trois James Bond (On ne vit que deux fois, L’espion qui m’aimait, Moonraker). Voire en auteur d’une étrange comédie à la fois misogyne, misanthrope et dépressive, Alfie le Dragueur (Prix spécial du Jury au Festival de Cannes 1966). Mais peu se rappellent qu’il fut le réalisateur d’un des fleurons du film d’aventures maritime, le réjouissant Les Mutinés du Téméraire.
Et pour cause, en 1962, l’année de sa sortie, le créneau du film de mutinerie en mer était déjà bien investi. Car en plus du film de Gilbert, il y avait sur les écrans Les Révoltés du Bounty du vétéran Lewis Milestone, et le plus confidentiel Billy Budd de Peter Ustinov. Et comme il n’y a pas de place pour tout le monde dans la mémoire du public, ce fut le second qui resta dans l’histoire. Amusante ironie, car le film de Milestone, production somptuaire, fit à sa sortie un flop retentissant. Mais sa patine élégante et la présence du brulant Marlon Brando, font qu’on s’en souvient comme d’une des grandes réussites du genre, pur produit d’une forme classique hollywoodienne alors à son crépuscule. Trois films sur le même sujet donc, pour une concordance loin d’être fortuite. Parce qu’en ce début des années 60, la révolte de la jeunesse, qui connaîtra son acmé en 1968, gronde dans le monde occidental. Et si Lewis Gilbert n’est pas un des fers de lance du politisé free cinema anglais (pour le dire vite, un équivalent de la nouvelle vague française), il va, avec ses Mutinés du Téméraire, se montrer à l’écoute des soubresauts de l’époque.
You say you want a revolution
1797. Crawford (majestueux Alec Guiness), capitaine à la moralité irréprochable du H.M.S Defiant est en route pour affronter les Français du général Napoléon Bonaparte. Il embarque avec un nouvel adjoint, l’énigmatique et arriviste lieutenant Scott-Padget (glaçant Dirk Bogarde). Tandis qu’ils se disputent le pouvoir sur le ponton, l’équipage à bout de force dont fait partie le jeune fils de Crawford, fomente une mutinerie. Un canevas on ne peut plus simple mais que les scénaristes Nigel Kneale et Edmund H.North magnifient par une écriture fine et complexe, qui fait brillamment se croiser les lignes narratives et les intrigues secondaires. Ainsi, le capitaine sera pris dans de passionnantes problématiques de moralité : comment peut-il aider son fils tyrannisé par Scott-Padget sans compromettre le principe d’égalité entre les membres de l’équipage ? Puis, quand la révolte se concrétisera : est-il possible de traiter avec les mutins, traîtres à la couronne, en continuant à servir son pays ?
La mise en scène elle-même se construit sur la notion de dualité, en faisant se confronter les extérieurs ouverts du pont aux intérieurs exigus des cales pour mieux raconter l’affrontement de deux corps sociaux. Et ce que dit Lewis Gilbert à travers le conflit de génération illustré par l’antagonisme entre Guiness et Bogarde, c’est aussi l’opposition de deux cinémas. Son film est en effet à la fois un brillant héritier du classicisme (par le genre même du film, son utilisation des couleurs chaudes, son décorum grandiose) mais aussi le reflet des nouveaux cinémas du début des années 60, c’est-à-dire plus réaliste dans la construction dramatique et moins emphatique dans son exécution (les décors sont peu nombreux, l’utilisation de la musique est mesurée). Le meilleur des deux mondes, en somme.
Mais qu’on se rassure, le réalisateur n’en oublie pas les passages obligés du genre et propose de magnifiques scènes d’abordage dans un film qui, s’il manque quelque peu de style et de personnalité (que n’aurait-on pas donné pour voir un Richard Fleischer à la barre ?) est un petit classique qui mérite une réhabilitation immédiate !
Image
Le début du film, se déroulant de nuit, est assez inquiétant. Sombre, il donne l’impression d’un négatif très abimé, et d’une restauration petit bras. Heureusement, la suite est beaucoup plus maîtrisée. Les couleurs de la pellicule Eastman Color sont parfaitement retranscrites. Et si la définition fléchit parfois, c’est tout de même du très bon travail qui rend hommage au superbe travail du directeur de la photographie Christopher Challis.
Son
Une piste dynamique et riche, qui retranscrit à merveille l’ambiance du bateau. Une VF comme toujours en retrait, mais vivante et claire.
Interactivité
Un seul petit bonus, mais de qualité. Il s’agit d’une interview d’Agnès Blandeau, Maître de Conférences à l’Université de Nantes. Elle propose une contextualisation claire et des éléments d’analyse pertinents. Même si on aurait aimé en avoir plus, c’est un module clair et intelligent.
Liste des bonus
Interview d’Agnès Blandeau, Maître de Conférences à l’Université de Nantes (20′).




