LES ÉGOUTS DU PARADIS

France – 1979
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : José Giovanni
Acteurs : Francis Huster, Jean-François Balmer, Lila Kedrova, Bérangère Bonvoisin, Gabriel Briand, Clément Harari, André Pousse…
Musique : Jean-Pierre Doering
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 112 minutes
Editeur : Coin de mire Cinéma
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
17 juillet 1976. Nice. Après trois mois de préparation, Albert Spaggiari réussit avec panache le casse du siècle en empruntant les égouts. Il vide les coffres et repart avec un butin estimé à 50 millions de francs…
Le Casse du siècle (dernier)
Trente ans avant le Sans arme, ni haine ni violence de et avec Jean-Paul Rouve, le cinéma français s’emparait dès 1979 du phénoménal casse de La Société Générale de Nice pour en livrer une première illustration sur grand écran. Et qui mieux que José Giovanni pour en faire ressentir l’effort et le panache ?
Tout le cinéma de José Giovanni est bien entendu marqué par ce lourd passé de truand et de prisonnier dont il avait déjà largement exploré les frontières au travers de ses premiers romans et scénarios, et donc par une certaine tendresse pour les hors-la-loi qui ne cessent d’habiter ses polars autant que ses films d’aventure. Cela tombe bien, Les Égouts du paradis, justement adapté du roman autobiographique du véritable Spaggiari, se situe quelque-part entre les deux, surtout que le scénario s’efforce de quasiment d’en évacuer les éléments qui ne concernent pas uniquement le casse proprement dit. Le passé de Spaggiari, les petites trajectoires parallèles et l’après de certains personnages sont réduits à la portion la plus congrue : juste ce qu’il faut pour présenter les personnages, en particulier le cerveau du projet, son vieil ami 68 (Jean-François Balmer) et leur contact du côté de la mafia dît Le Chauve (André Pousse). Le film est ainsi moins la célébration d’un plan aussi malin que spectaculaire, que la mise en scène d’un effort physique éreintante, d’un travail à la chaine de forçat, plongés dans la boue, le béton en poussière, les hordes de rats et les déchets peu ragoutants des Niçois. Tourné justement sur les lieux même visités par Spaggiari et sa bande, Les Égout du paradis fait constamment ressentir le travail impressionnant et ingrat des truands en plaçant les acteurs dans des conditions quasiment identiques : ça sent l’effort, la sueur, la fatigue, la tension et les déjections.
Salut les amis, bonjour le trésor
« Y a rien qui sent plus la merde que la merde » nous dit l’un d’eux. Si Giovanni scrute un réalisme constamment, les dialogues de Michel Audiard insufflent au film une certaine forme de poésie plus littéraire, de détachements presque comique parfois, mais toujours assez juste et un poil vachard. Un film d’hommes comme dirait l’autre, intense et palpitant dès lors que la caméra s’enfonce dans les souterrains et capture cette création d’un tunnel à haut risque qui rappelle forcément celui du Trou, grand roman de Giovanni mis en image par Jean Becker, où le trésor espéré, certes là une authentique fortune, est encore et toujours surtout une question de liberté retrouvée. Mais à force de se concentrer sur l’acte et donc sur l’aspect de haut-vol du braquage « sans arme, ni haine ni violence » (slogan écrit par Spagiarri sur les murs du coffre vidé), Giovanni qui a toujours beaucoup de sympahtie pour ce type de anti-héros, passe aussi un peu trop facilement à côté des sujets plus ambigus, oubliant les racines de barbouzes, évoquant trop brièvement le passé d’anciens d’Indochine et d’Algérie, gommant les amitiés avec des groupuscules d’extrême droite et les partisans d’un coup d’état militaire. Le Spagiarri de Giovanni se donne des airs de Fanfan La tulipe, de rebelle face à une France rance et étouffante, d’électron libre flamboyant et insaisissable, incarné avec toute la mesure qu’on lui connait par un Francis Huster jouant les Bebel un cigare à la bouche, plus Cyrano qu’actors studio.
Un film d’aventure tout à fait réussi et efficace, doté d’une mise en scène rigoureuse et d’un réalisme saisissant parfois, qui pèche forcément un peu en ne faisant que célébrer les charmes et la fougue d’un voleur jouant plus pour l’esbroufe que le butin. Charmant et attachant… mais le vrai Spaggiari avait une vraie part de noirceur et de violence qui reste absente ici.
Image
Comme presque toujours chez Coin de mire la copie HD est extrêmement solide profitant d’une restauration complète à partir d’un nouveau scan 4K des négatifs originaux grâce à a participation de TF1 Vidéo et du CNC. Les cadres sont d’une impeccable propreté, ne laissant plus passer la moindre trace ou imperfection, révélant une profondeur longtemps atténuée, un piqué acéré et des argentiques particulièrement élégants. Les teintes, plutôt sobres mais néanmoins finement contrastées retrouvent de leur intensité et les noirs de leur profondeur. Solide et agrémenté d’un petit grain naturel et discret bienvenu.
Son
Restauré à partir de la bande magnétique d’origine, le mono français est disposé dans un DTS HD Master Audio 2.0 tout à fait clair et équilibré. Aucune perdition ou petite faiblesse à noter.
Interactivité
Nouvelle séance à l’ancienne avec cette édition Bluray en boitier classique avec fourreau qui propose comme il se doit en avant programme des actualités de 1979 tendant plutôt vers les reportages culturels avec une compétition de motocross en salle, une exposition des objets absurdes de Carelman et un reportage sur les joies du salon de l’agriculture. Suivent une bande annonce d’Une Robe noire pour un tueur et une sélection de réclames bien colorées dont on notera surtout une saine compétition entre les Télécom et La Poste avec Martin Lamotte et des gateaux Papou qui ont heureusement disparus depuis…
A ce joli moment de nostalgie s’ajoute aussi deux sujets télévisés enregistrés durant le tournage de Les Égouts du Paradis avec une interview frontale de José Giovanni et un reportage plus complet où on le retrouve sur le plateau en compagne de Francis Huster. Quelques propos échangés sur le sujet du film, sa recherche de réalisme et les personnages, mais surtout quelques images rares des coulisses. Enfin comme pour tous les titres récents de l’éditeur, Julien Comelli nous livre une nouvelle présentation du métrage, rappelant le casse initial et la trajectoire du véritable Albert Spaggiari, revenant sur le réalisme de la reconstitution et même sur un remake anglais pas tout à fait officiel.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque (19’), « Autopsie d’un casse » : document de Julien Comelli (22’), Interviews sur le tournage de Francis Huster et José Giovanni (5’), Interview de José Giovanni (2’).




