LES CONTES DU SABRE : THE SWORD & DUEL TO THE DEATH

名劍 , 生死決– Hong-Kong – 1980, 1983
Support : Bluray
Genre : Action, Arts Martiaux
Réalisateur : Patrick Tam, Ching Siu-Tung
Acteurs : Chi-Chi Chen, Adam Cheng, Norman Chu, Jade Hsu, Eddy Ko, Damian Lau, Flora Chong-Leen, Paul Chang Chung…
Musique : Joseph Koo, Lai Siu-Tin
Image : 2.39 16/9
Son : Cantonais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 85 et 86 minutes
Editeur : HK Vidéo
Date de sortie : 14 novembre 2025
LE PITCH
The Sword : Un vieux maître d’armes lègue à l’une de ses concubines une épée maléfique capable d’altérer le destin de quiconque entre en sa possession. L’arme maudite tombe entre les mains d’un jeune chevalier errant désireux d’affirmer sa suprématie dans le monde des arts martiaux…
Duel to the Death : Tous les dix ans, les écoles de Chine et du Japon organisent un duel entre leurs meilleurs champions afin de déterminer lequel des deux pays règne sur le monde des arts martiaux. Dans l’ombre, des ninjas dissidents tentent de saboter la rencontre tandis qu’un clan chinois conspire pour imposer son champion…
Le règne des épées
Ère du renouveau du film de sabre chinois, le début des années 80 est marqué par une réinvention bouillonnante du genre et de ses codes. Si on offre bien souvent à Tsui Hark et en particulier son fameux Zu, la première marche de cet élan, l’opus fut cependant parfaitement encadré par deux œuvres sœurs, The Sword et Duel to the Death que HK Vidéo a depuis l’époque du DVD choisi avec pertinence de proposer en double programme.
Séparés de trois courtes années, les deux métrages abordent ainsi cet univers parallèle où tout est régie par les codes de la chevalerie et la puissance libérée des arts martiaux : le jiang hu. Outre la présence décuplée de combattants surpuissants, virevoltants et dotés de pouvoirs fantastiques, ce lieu hors du temps largement nourri par quelques siècles de littératures aventureuses est surtout totalement régis par les notions de devoir, d’honneur et de gloire guerrière. C’est ce sentiment qui obsède les (anti)héros de The Sword et de Duel to the Death où les protagonistes poursuivent systématiquement une quête vaine et destructrice, sacrifiant leur existence à un credo tout personnel. Dans le premier il s’agit ainsi d’obtenir une fameuse épée mythique, présentée immédiatement comme « maudite », afin de s’accomplir pleinement comme héros. Dans le second il s’agit d’un épéiste chinois et d’un maitre du bushido japonais choisis pour représenter leurs nations respectives dans un duel presque sacrificiel, alors que quelques agents satellite tentent de faire honteusement pencher l’avantage d’un côté ou de l’autre. Adieux les notions bornées du mal et du bien qui aura occupé le wuxiapian des décennies entières, la nouvelle garde aborde ces contrées avec un anti-manichéisme revigorant où affleurent des notions plus modernes de pacifisme, de dialogue entre les peuples, tout autant sans doute qu’un épanouissement personnel possible qui n’aurait plus besoin d’en passer forcément par l’élimination de l’autre. Mais l’heure est au constat et les deux films restent profondément marqués par une certaine forme de fatalisme, décrivant comment cette logique belliqueuse ne peut que s’achever dans la mort et la solitude.
Les cendres de l’héroïsme
Futur réalisateur de Nomad et My Heart is That Eternal Rose et mentor de Wong Kar Wai, Patrick Tam signe avec The Sword son premier long métrage et emprunte immédiatement une imagerie des plus mélancoliques et une stylisation baignée dans son époque. Les musiques presque psychédéliques, l’utilisation pop des couleurs et la lenteur voulue des séquences font naitre une atmosphère délétère dont le romanesque éprouvé (on réfléchit plus souvent aux questions amoureuses et aux sacrifices du destin qu’on ne se bat) est constamment rabattu par les multiples trahisons et une fatalité omniprésente. Les Cendres du temps ne sont déjà pas loin dans les thématiques, mais la réalisation est nettement plus contemplative et parcimonieuse et les passed d’armes, élégantes et majestueuses, élèvent gracieusement le film. Les chorégraphies sont d’ailleurs conçue par le talenteux Ching Siu-Tung qui justement signera avec Duel to the Death sa première réalisation. Éternellement adulé pour la trilogie des Histoires de fantômes chinois, ce dernier y impose définitivement ses mises en scènes survoltées, ses envolées frénétiques et ses combats dignes de super-héros chinois, réussissant même à interdire lors du final barbare et terminal, à Chin Wan et Hashimoto de poser le pied sur le sol durant près d’une minute. Et si le wuxiapian de Patrick Tam évoquait certainement par sa préciosité l’âme du grand King Hu, celui de Ching Siu-Tung se rapproche certainement plus par sa sauvagerie sanglante et sa virilité de l’école Chang Che… mais avec un surplus de folie et de frénésie qui touche au grandiose. Un film de sabre fantastique, dans tous les sens du terme, où l’esthétique des chanbara japonais se retrouve autant dans la finesse des cadres et des poses que dans les démultiplications et les explosions de ninjas bondissants. Un spectacle halluciné.
Un regard calme et un autre nettement plus furieux, pour deux films qui firent date dans l’histoire du film de sabre, apportant inventivité et modernité à un genre incontournable du cinéma chinois. Les talents évidents des deux metteurs en scènes, Patrick Tam et Ching Siu-tung, soulignaient aussi une fois encore la grande vitalité de cette génération de la fameuse Nouvelle Vague HK.
Image
Les deux films sont présentés ici via deux nouvelles copies restaurées 2K, mais le résultat n’est pas vraiment égal. Duel to the Death impose clairement sa suprématie avec des cadres bien propres et solides, quelques petits amas floconneux sur les bords dans les scènes sombres, vite oubliés devant l’énergie déployée par les scènes diurnes. Les couleurs sont superbes, éclatantes, finement contrastés et la définition assure une belle maitrise tout du long. Si les efforts semblent très proches pour The Sword, le film souffre manifestement à la base d’éléments disparates et alterne le très beaux avec des plans vifs et colorés et un piqué plus qu’honorable, et d’autres beaucoup plus fragiles manifestement rattrapés par quelques opérations de lissages ou parfois des espaces floconneux à la limite de la pixélisation. Cela reste tout de même largement au-dessus des anciens DVD et les efforts techniques sont louables.
Son
Pas de jaloux, les deux opus s’écoutent avec des pistes cantonais DTS HD Master Audio 2.0 qui restent très proches de leurs sources monos. Les dialogues sont clairs, les effets sonores bien marqués et les musiques, très réussies dans les deux cas, s’intègrent parfaitement à l’ensemble. Confortable.
Interactivité
HK Vidéo reproduit ni plus ni moins que sont anciens coffret DVD si ce n’est que le packaging a laissé place à un digipack contenant les deux disques. Sur le boitier on retrouve un nouvel article de présentation des métrages et sur les disques les anciennes, mais précises et pertinentes, présentations vidéo et une petite interview de l’actrice Flora Cheung pour Duel to the Death. Une vidéo en SD où celle-ci évoque brièvement ses débuts fulgurants avant de se remémorer le tournage du film en question, les talents de Ching Siu-Tung et le comportement turbulent mais bienveillant de ses partenaires masculins. Pas bien long mais assez sympa.
Liste des bonus
The Sword : Présentation du film, Bande-annonce.
Duel to the Death : Présentation du film, Interview de Flora Cheung, Bande-annonce.






