LES AFFRANCHIS

Goodfellas – Etats-Unis – 1990
Support : UHD & Bluray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Martin Scorsese
Acteurs : Robert De Niro, Ray Liotta, Joe Pesci, Lorraine Bracco, Paul Sorvino…
Musique : Divers
Durée : 146 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, Dolby Digital 2.0 français, allemand, espagnol…
Sous-titres : Français, anglais, espagnol…
Éditeur : Warner Home Entertainment
Date de sortie : 16 septembre 2020
LE PITCH
Jimmy, Tommy et Henry ont pas mal de points communs : ils portent de beaux costumes, gagnent beaucoup d’argent, aiment les femmes séduisantes… Ce sont des ‘affranchis’ : ils ont le privilège d’appartenir à l’une des plus célèbres familles new-yorkaises: la Mafia ! Mais ne vous fiez pas à leurs apparentes bonnes manières : il suffit d’une étincelle, parfois, pour déclencher le carnage…
« I always wanted to be a gangster”
Fait une nouvelle fois mis en évidence lors de la diffusion du crépusculaire The Irishman : depuis 1990 tout le cinéma de Martin Scorsese est évalué à l’aune de ses Affranchis. Mais aussi la moindre production s’intéressant de près ou de loin à ces fameux gangsters d’origines ritales aux surnoms improbables. Un film étalon soit, mais un sacré morceau de pellicule surtout.
Issu de ces fameux quartiers de la petite Italie, Martin Scorsese a largement connu, voir côtoyé, ces mondes-là, en imprimant directement la réalité dans sa mémoire. Il en avait déjà fait le sujet de son « premier » film Mean Street avec le camarade Robert De Niro, et ne s’attendait pas à y retourner un jour avant de découvrir le roman Wiseguy de Nicholas Pileggi. Une reconstitution romancée de la trajectoire autodestructrice du véritable Henry Hill, jeune espoir du petit monde des mafieux, devenu un homme de main de confiance avant de s’effondrer dans la drogue et les trahisons. Une trajectoire en chute libre qui séduit le cinéaste autant par sa véracité que par le contraste qu’elle provoque avec la peinture aristocratique et noble de la famille Corleone de la saga du Parrain. Dans Les Affranchis, comme dans Mean Streat, même si les personnages ont pris du galon, les malfrats rêvent certes de gloire, de standing, d’une admiration collective, mais aussi et avant tout d’argent. Ces fameux billets verts que l’on expose par poignées, que l’on distribue à tout va façon seigneur mais qui finissent par bouffer de l’intérieur, ruiner des vies, un monde, une amitié. Et Scorsese est véritablement un maître pour jouer constamment sur les deux tableaux : accompagner la gloire apparente de cette galerie de personnages hauts en couleurs, bigger than life, sourires enjôleurs et cheveux lissés, tout en explorant pas à pas la médiocrité certaine de leur milieu (derrière les costards et les robes de soirée les vieux joggings et les épouses trop maquillées) et la violence qui ne cesse de menacer.
Sympathy for the Devils
D’ailleurs les grands coups, et en particulier le célèbre (et véridique) braquage de la Lufthansa, resteront essentiellement hors champs, pour mieux faire des journées ordinaires de mafieux ordinaires – les plâtrées de pattes à l’ail, les sorties avec les épouses ou les maitresses, les parties de poker enfumés – les vrais moments de bravoure. Si Ray Liotta trouve ici le rôle de sa vie, idéal en jeune loup fougueux mais rongé et fiévreux, et Robert De Niro écrase de son autorité froide, faussement bienveillante, chaque scène où il apparaît, c’est bel et bien le fabuleux Joe Pesci qui donne le « la » des Affranchis. Petit, nerveux, bavard invétéré, blagueur et serviable, il est surtout une cocotte-minute constamment prête à exploser pour un mot en trop, un regard appuyé ou un soupçon qui traine. Les basculements du film se font d’ailleurs par son entremise, lui qui assassine froidement un jeune apprenti qui a osé lui répondre, révélant au spectateur toute la noirceur des personnages, lui qui fait monter la tension par bêtise crasse avec le reste du gang, lui qui finira abattu dans le dos et balancé aux ordures annonçant l’effondrement complet du réseau. Une fresque aux accents de tragédie qui en plus de deux heures impose un rythme qui ne faiblit jamais, bien au contraire. Nourri par une utilisation acide, cruelle et donc jubilatoire de la voix off (révélant le plus souvent la férocité sous les sourires), un montage staccato alternant les plans très serrés, presque brutaux, et les longs plans séquences aussi virtuoses que révélateurs, Les Affranchis se donne des airs d’opéra grandiose qui serait constamment ramené à la réalité par une bande son uniquement composé de standards du rock.
Une énième preuve de l’humour noir du metteur en scène, mais aussi de la chaleur qu’il appose toujours sur ses anti-héros pathétiques, dangereux, parfois flamboyant et toujours dotée de cette étincelle qui fascine tant le metteur en scène : de ceux qui n’auront jamais achevé leur affrontement avec leur part d’ombre.
Image
Superbement restauré à partir d’un scan du négatif en 4K dès 2015 pour la sortie du Bluray 25ème anniversaire, Les Affranchis aurait dû connaître une transition vers le support UHD sans grande difficulté. La définition est encore mieux dessinée, les contrastes plus évidents, les lumières plus fluides, chaudes et naturelles… De quoi assurer un spectacle de plus haute qualité encore. Malheureusement ce Bluray 4K, le premier titre d’origine pellicule ressorti par Warner sur le support, souffre régulièrement d’une assez mauvaise gestion des noirs, pas assez creusés, qui abîme certaines séquences en faisant chuter par ricochet le piqué. Les plus pointilleux risquent de tiquer un peu.
Son
Si la piste doublée française affiche toujours le même Dolby Digital 2.0 qui commence à faire un peu vieux, la version originale est passée depuis l’ère du DVD à une dynamique beaucoup mieux marquée en 5.1. Glissée ici sur un DTS HD Master Audio, la piste réjouit encore plus par sa maîtrise constante de la source, imposant les tubes pop et rock choisi par Scorsese avec une restitution clairement frontale et percutante, fluidifiant les dialogues par une dynamique des plus naturelles et saupoudrant le tout d’ambiances parfaitement dessinées sur les enceintes latérales et arrières.
Interactivité
Rejoignant fièrement la collection Titans of Cult en passe de devenir l’une des collections préférées des collecteurs Home Video, Les Affranchis se voit serti dans un coffret plastique rigide et transparent contenant un pin’s super collector, rare et introuvable ailleurs et une fiche de cuisine pour réussir les spaghettis comme Paul Cicero (pensez à se munir de lames de rasoir) et… bin c’est tout. Reste cependant un très beau steelbook, particulièrement élégant, contenant outre la galette UHD sans supplément, les deux disques Bluray de l’édition 25ème anniversaire. On retrouve ainsi les deux commentaires audios sur le premier disque (non sous-titré) avec d’un coté l’équipe du film et de l’autre le véritable ex-truand Henry Hill. Le second disque, particulièrement chargé reprend toutes les featurettes du collector DVD (doc rétrospectif, son influence sur le genre, les story-boards de Scorsese…) auxquels s’ajoutent quatre bon vieux cartoon Warner avec des mafieux dedans (et Bug Bunny), ainsi qu’un nouveau documentaire passionnant datant de 2015. Celui-ci capture parfaitement les grandes réussites du film grâce aux nouvelles interventions du réalisateur, de De Niro ou Ray Liotta, mais aussi du scénariste Nicholas Pileggi, des collègues du Loup de Wall Street (dont DiCaprio) ou de la série Boardwalk Empire et surtout Thelma Schoonmaker, sa monteuse qui est sans doute la personne qui comprend le mieux Scorsese. Un menu complet qui s’achève par un grand documentaire de 90 minutes retraçant généreusement la représentation du gangster américain dans le cinéma hollywoodien, des premiers films muets à nos jours à grand renforts d’extraits et d’interventions de cinéphiles et spécialistes.
Liste des bonus
Commentaires audio de Martin Scorsese, Robert De Niro, Ray Liotta, Joe Pesci, Lorraine Braco, Nicholas Pileggi, Michael Ballhaus et Thelma Schoonmaker (VO), Commentaires de Henry Hill, Ed McDonald (VO), « Les Gangsters de Scorsese » : making of rétrospectif (29’), « En formation » : making of (29’), « Affranchis » : l’héritage du film (13’), « Les Gangsters du quotidien » (8’), « Maquettes de Martin Scoresese » : annotations et croquis de Martin Scorsese (4’), « Ennemis publics : l’âge d’or des films de gangsters » : documentaire (105’), Cartoons : « I Like Mountain Music » (7’), « She Was an Acrobat’s Daughter » (8’), « Racketeer Rabbit » (8’), « Bugs and Thugs » (7’), Bande-annonce.






