LE TERRORISTE

Il terrorista– Italie, France – 1963
Support : Bluray & DVD
Genre : Guerre
Réalisateur : Gianfranco De Bosio
Acteurs : Gian Maria Volontè, Philippe Leroy, Giulio Bosetti, Raffaella Carrà, José Quaglio, Cesarino Miceli Picardi…
Musique : Pierro Piccioni
Durée : 95 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Italien et Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 4 juin 2025
LE PITCH
Venise, hiver 1943. La Résistance italienne prépare une attaque contre le siège de la Kommandantur. Un homme, surnommé l’Ingénieur, joue un rôle central dans ce plan.
Bas les masques
Ah, Venise, ses gondoles, ses amoureux qui s’embrassent sur les ponts, son architecture romantique, son carnaval, ses masques… Mais au-delà de cette ambiance idyllique, Venise fut aussi le lieu d’événements tragiques. Le terroriste est un des rares films à s’y attarder.
Homme de théâtre, le metteur en scène Gianfranco De Bosio a également un lourd passif vécu durant la seconde guerre mondiale. Avant sa carrière artistique, le réalisateur fut aussi un résistant. Son passé si dangereux et angoissant ne peut pas rester dans un coin de la tête. S’obligeant à fouiller dans ses souvenirs, il en extrait une histoire qui deviendra celle de ce terroriste. Dans le film, les événements narrés n’ont pas forcément été vécus par l’intéressé, mais ceux-ci lui sont relatés par ses compagnons d’armes. Son futur scénario, empreint de détails autobiographiques se veut réaliste pour ne pas trahir la mémoire. Rien que par ses faits, Le terroriste est un film rare, aussi historique sur les relations d’une nation face au fascisme qui l’enveloppait que personnel par le vécu du réalisateur. Devant l’impossibilité de la narrer au théâtre De Bosio s’empare de la caméra pour nous la compter. Néanmoins, le film dérange le pays, l’Italie s’efforce d’oublier cette période. S’il y a effectivement eu un mouvement de résistance national, beaucoup se sont laissé endormir par la vision et les promesses de ce fascisme envahissant. Échec à sa sortie, les Italiens rejettent le film en bloc. La représentation de cette tranche d’histoire sous l’occupation allemande est un point noir qu’ils veulent oublier.
Travail de mémoire
Labyrinthique, déserté d’une bonne partie de ses habitants, Venise est le décor idéal pour personnifier les méandres intérieurs de ces protagonistes. Même s’il se focalise principalement sur son personnage principal et sur son raisonnement idéologique, le réalisateur arrive à développer les différents points de vue politiques grâce à une longue scène autour d’une table où les langues se délient. Par ces scènes, on ressent davantage l’homme de théâtre au détriment du cinéaste. Il ne fait pas de sentimentalité. En dramaturge, il laisse ses comédiens palabrer dans de longs tunnels de dialogues. Ceux-ci sont révélateurs. Devant des raisons plus ou moins louables, les hommes se cachent derrière les masques comme ceux fleurissant dans la ville vénitienne au moment du carnaval. La cité des Doges a souffert de l’occupation, comme tout le pays, elle en porte encore des stigmates, comme le ghetto juif à l’est de la cité. Réfléchi, le terroriste se pose en dénonciateur d’une période néfaste pour le genre humain. Un texte s’impose et sonne comme un constat au générique du film « Endormi, anesthésié par la paix et l’abondance ». Ce qui est valable pour l’Italie l’est également pour le reste du monde.
Le film, redécouvert au début de la décennie a bénéficié de toute l’attention de son auteur pour sortir de l’oubli. Ironie du sort, il décède l’année de sa rénovation. L’homme est peut-être parti mais la mémoire reste.
Image
Le film bénéficie d’une restauration 4K réalisée en 2022, année du décès du réalisateur. Celle-ci conserve la présence de son grain dans le plus grand respect de l’époque, débarrassée de toute impureté résiduelle. Rehaussée par de bons contrastes, la définition arrive à maintenir une belle fluidité tout au long du visionnage.
Son
Que ce soit en italien ou en français, les pistes sont assez équivalentes. Dans les deux langues, Le terroriste est postsynchronisé. Peu d’ambiances présentes, mais des pistes de dialogues particulièrement claires. A noter une séquence coupée à l’époque qui passe en VO sur la piste française.
Interactivité
Voilà une édition particulièrement bien remplie avec des modules aussi différents que complémentaires. Le réalisateur nous ayant quitté, son fils prend la relève. Avocat de métier, il ne se focalise pas sur le film mais sur le parcours global de son paternel. Son rapport avec la résistance durant la guerre, son parcours dans le théâtre et bien entendu son rapport au cinéma. Un retour intime et sincère. La suite du menu est un sympathique comparatif des lieux de tournage avec le Venise d’aujourd’hui, image à l’appui. Enfin, un entretien avec la conservatrice italienne Daniel Currò complète l’interactivité. Elle revient quant à elle sur le parcours du film. En guise de complément, un livret s’ajoute à cette l’édition, avec diverses interviews, commentaire de Jean-Baptiste Thoret ainsi qu’un focus sur la restauration du film. Parfait pour arpenter les coulisses de ce film peu connu.
Liste des bonus
Livret de 32 pages, Entretien avec Me Stefano de Bosio, avocat et fils du réalisateur (43’), « Le Terroriste et Venise », retour sur les différents lieux du film (23’), Entretien avec Daniel Currò, ancienne conservatrice de la Cinémathèque Italienne (27’).






