LE MUR DU SON

The Sound Barrier – Royaume-Uni – 1952
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure, Drame
Réalisateur : David Lean
Acteurs : Ralph Richardson, Ann Todd, Nigel Patrick, John Justin, Dinah Sheridan, Denholm Elliott, Joseph Tomelty…
Musique : Malcom Arnold
Durée : 117 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : StudioCanal
Date de sortie : 26 juin 2020
LE PITCH
John Ridgefield, riche propriétaire d’une usine de construction aéronautique, emploi Tony Garthwaite, son beau-fils marié à sa fille Susan et ancien pilote de chasse durant la Seconde Guerre mondiale. Sa mission ? Réussir à perce le mur du son.
Mach 1
Quelques années avant de devenir l’un des maîtres du cinéma à grand spectacle, des fresques épiques et viriles avec Le Pont de la Rivière Kwai ou Lawrence D’Arabie, David Lean entamait sa mutation en territoire anglais avec l’ambitieux et déjà spectaculaire Le Mur du son.
Si aujourd’hui le nom de David Lean est intimement lié à des héros aux destins imposants et des classiques aussi impressionnants que Le Pont de la Rivière Kwai, Lawrence D’Arabie, La Plus Grande Histoire jamais contée et Le Docteur Zhivago, il était en ce début des années 50 encore très attaché au marché anglais et à une production plus académique (et ce n’est pas péjoratif) faite de grands mélodrames aux inspirations largement littéraires. Ici aussi il est question de grands sentiments, de tensions psychologiques entre les personnages, de romances même parfois, mais avec comme arrière plan la grande Histoire et une quête qui a participé à la modernisation du monde : le franchissement du mur du son. S’inspirant de d’une série d’articles sur le décès du fils du concepteur Geoffrey de Havilland lors d’un vol test, et de l’authentique succès de l’américain Chuck Yeager au sein de la US Air Force (décrit dans le fameux L’Étoffe des héros), le scénario du dramaturge Terence Rattigan mêle avec brio une description intense de l’opposition entre l’industriel John Ridgefield, prêt à sacrifier son propre fils à la cause, et sa fille qui elle voit son mari s’engouffrer dans cette dangereuse voie. L’émotion et la technologie, le sol et les airs, l’intellect et la passion, David Lean d’épanouie pleinement dans ce récit où les barrières finissent toujours par s’estomper et tomber.
Une hauteur après l’autre
Impossible de ne pas admirer la finesse avec laquelle il capture les troubles de ses personnages, que ce soit le jeune Denholm Elliot (futur Marcus Brody des Indiana Jones) voyant sa mort arriver lors de son premier vol en solitaire ou le vaillant Nigel Patrick (Opération Scotland Yard) happé par un simple bruit de moteur. Mais Lean ne capture jamais aussi bien tous les enjeux de son film et l’essence même de ses personnages que lorsqu’il oppose enfin les fabuleux Ralph Richardson (Greystoke) et Ann Todd (Le Procès Paradine), le père et la fille, dans un simple bureau alors que le mur du son s’apprête enfin à être brisé. Lui finit par faire tomber se masque froid et implacable qu’il affichait depuis le premier plan. Elle comprend enfin la portée de cette aventure humaine et l’excitation qu’elle procure. Une notion du dépassement qui rejoint clairement ces grands films à venir et qui trouve lors des séquences aériennes une échelle totalement nouvelle pour le cinéaste. Loin de s’extasier dans une succession de stock-shots comme le faisait ses collègues contemporains, il opte ici pour quelques transparences bien placées, d’authentiques vols filmés loin du sol et surtout un travail exaltant sur le montage et le hors champs. Le souffle d’un vol qui balaye un champ de blé, un bruit au loin, un appareil si rapide que la caméra n’en aperçoit que la queue, un point dans le lointain… Pas étonnant donc, que le grand final attendu soit plus composé de gros plans sur les personnages, leurs émotions, leurs joies, leurs fragilités, que des pirouettes de l’avion lui-même.
Aussi vaste que soit l’échelle de ses films, le cinéma de David Lean est toujours une affaire d’humanité.
Image
Opéré par les techniciens du British Film Institute, le transfert HD du Mur du son est une superbe restauration à la source. Bien entendu quelques traces subsistent (quelques taches et restes de rayures) mais le résultat est assez impressionnant avec des cadres très propres mais surtout une matière joliment respectée. Le grain de pellicule est là, superbement défini, tout autant que les reflets argentiques et les contrastes. Certains passages surprennent même par leur qualité de définition et la masse de détails révélés permettant de souligner avec plus de puissance encore la qualité des séquences aériennes.
Son
Extrêmement performante et pointilleuse en son temps (elle gagna même un joli Oscar), la piste mono d’origine garde encore aujourd’hui une très belle forme. Les dialogues sont extrêmement clairs, le son n’est jamais perturbé par une quelconque perdition, et encore une fois les nombreux effets sonores mécaniques, les variations de pression et les fluctuations du vent gardent leur énergie première.
Interactivité
Dans son introduction au film le journaliste et directeur de collection Jean-Baptiste Thoret ne cache pas son enthousiasme pour Le Mur du son, soulignant aussi bien ses prouesses techniques que sa place très particulière dans la carrière de David Lean, mélange de drame et d’aventure épique qui va faire sa renommée par la suite. Il n’est pas le seul à venir clamer son amour pour le film puisque Bertrand Tavernier signe ici une réflexion qui dure plus d’une heure avec forcément aussi bien un regard scrutateur posé sur le film, qu’une traversée de la filmographie de Lean, une poignée d’anecdotes ainsi qu’une réflexion sur ces cinéastes anglais longtemps boudés par la critique post-Nouvelle Vague. Mais comme souvent, celui qui parle le mieux du cinéma de David Lean c’est David Lean lui-même. Dans une longue interview d’archive enregistrée pour la télé britannique il décortique avec franchise son approche de la mise en scène, son rapport au public, aux acteurs et aux personnages, avec en prime une analyse passionnante de l’ouverture du Mur du son.
Liste des bonus
Préface de Jean-Baptiste Thoret (7’), « Le Mur du son » revu par Bertrand Tavernier (64’), Entretien avec David Lean par Maureen Pryor (37’), Bandes-annonces.





