LE CORBEAU

The Raven – Etats-Unis – 1935
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Louis Friedlander
Acteurs : Boris Karloff, Bela Lugosi, Irene Ware, Samuel S. Hinds…
Musique : Clifford Vaughan
Durée : 61 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Éléphant Films
Date de sortie : 18 août 2020
LE PITCH
Après avoir été victime d’un accident de voiture, une danseuse qui semblait condamnée est finalement sauvée par un chirurgien de génie. Amoureux d’elle mais sans réciprocité, celui ci fomente alors un piège diabolique pour la récupérer.
Edgar, Boris, Bela et les autres
Écrivain et poète, précurseur du genre policier mais aussi auteur de science-fiction et de fantastique, Edgar Allan Poe fournit, au temps de la Universal et de la Hammer, une mine inépuisable d’histoires à faire frémir. Tel ce Corbeau premier du nom, qui donne l’occasion au plus fameux duo du cinéma d’épouvante de se retrouver réunis devant la caméra d’un des nombreux stakhanovistes de l’époque, et qu’Éléphant Films nous propose de (re)découvrir aujourd’hui dans une bien belle version restaurée. Allumez l’écran, éteignez la lumière, tremblez !
Le film s’ouvre sur l’ombre majestueuse d’un corbeau. En fait de l’animal, il s’agit d’une reproduction empaillée, qui trône fièrement sur le bureau du Docteur Vollin (Lugosi, plus grimaçant que jamais), chirurgien érudit féru de poésie et d’Edgar Allan Poe en particulier, qu’il cite à l’excès. Si le poème de l’auteur de Boston est clairement cité (même directement dans le texte) le film n’en conserve que peu d’éléments. Soit l’animal et l’amour impossible d’un homme qui se meurt de le retrouver. Sur cette base plutôt ténue vont venir se greffer plusieurs éléments qui n’ont absolument rien à voir avec le matériau d’origine. Soit une danseuse dont va s’éprendre le chirurgien fou d’amour, son père juge (dont le métier n’aura absolument aucune sorte d’importance pour la suite des évènements) et un criminel en cavale (Karloff qui récupère rapidement, et une fois de plus, une apparence monstrueuse). Comme on pouvait s’y attendre dans ce genre de productions, l’amour va vite laisser la place à la vengeance et transformer l’amoureux transi en savant fou machiavélique qui va transformer sa demeure gothique en piège mortel. L’occasion, d’ailleurs, de rendre hommage à une autre des œuvres de l’auteur de Boston, Le Puits et le Pendule.
Horreur ! Malheur !
Si les puristes de Poe ont dû s’étrangler devant cette récupération peu scrupuleuse de l’œuvre de l’auteur, il faut néanmoins reconnaître au film de nombreuses qualités. A commencer par le rythme soutenu imposé par la caméra de Louis Friedlander, alias Lew Landers, véritable homme de mains d’Universal, capable d’aligner près de dix films par an dans les années 40. Une réalisation solide qui doit pourtant agir avec un scénario maintes fois remanié, qui part dans tous les sens et ne sait jamais vraiment où il se rend. Ainsi l’amour du chirurgien pour la belle danseuse se transforme-t-il bien vite en pure folie meurtrière, rire sardonique à la clé, obligeant la belle Irene Ware à endosser avec panache (et un sacré organe) les habits d’une des premières scream queen du grand écran. Une facilité qui permet de livrer une seconde partie rythmée par les pièges retors d’un Lugosi écumant de perversité et qui livre un chant du cygne en forme de duel à mains nues avec Karloff, grande star du métrage, même si moins présent que son partenaire à l’écran. Et tout ça avant un ultime plan comique qui finit de donner au film une identité et un goût décidément bien particuliers.
Avec ses 61 minutes tout mouillé, nul doute que même les plus réfractaires à cette époque, où acting et cabotinage convolaient en justes noces dans ce type de productions, arriveront à y trouver leur compte. Quant aux cinéphiles, amoureux d’horreur surannée dans un savoureux noir et blanc, avides de (re)découvertes voire d’inédits, ils savent ce qu’il leur reste à faire.
Image
Après une introduction à l’image plutôt très abîmée, le miracle se produit. Les contrastes sont beaux, les noirs profonds, les blancs éclatants et peu voire pas de flous pour gâcher la fête. Si on rajoute à ça la somme de détails présents lors des nombreux gros plans du film comme jamais celui ci n’a dû en profiter, on se trouve bien, sur une bobine de plus de 80 ans, face à un excellent travail de restauration.
Son
Même si menacée à de nombreux moments par un score très présent, l’ultime piste VO conserve des dialogues extrêmement compréhensibles et très peu de défauts rencontrés par l’oreille. Une véritable cure de jouvence !
Interactivité
Comme pour ses autres sorties dédiées au mythique duo Karloff/Lugosi, Eléphant Films laisse ici de côté le documentaire en plusieurs parties présent chez Shout Factory et revenant sur leurs nombreuses collaborations. A la place, le collectionneur français a droit cette fois à l’intervention d’Eddy Moine (fils de schmoll, et cinéphile comme papa) qui revient sur la genèse du projet, sa production et les relations entre les deux stars (apparemment moins compliquées qu’on ne le pense), entre autres choses. Un entretien au contenu intéressant car soigneusement préparé mais au rendu un peu trop mécanique. A ça s’ajoute une galerie photos et c’est tout.
Liste des bonus
Le film par Eddy Moine (12’24), galerie photos.






