L’ATTAQUE DES FOURGONS BLINDÉS

Money Movers – Australie – 1978
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Bruce Beresford
Acteurs : Terence Donovan, Tony Bonner, Ed Devereaux, Charles Tingwell, Candy Raymond, Jeanie Drynan, Bryan Brown…
Musique : Divers
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 2.0 et 5.1, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 92 minutes
Editeur : Badlands
Date de sortie : 30 juillet 2025
LE PITCH
Une entreprise de véhicules blindés est la cible de braquages répétés. La direction de l’entreprise applique de nouvelles mesures pour renforcer la sécurité, mais le plus grand danger d’un nouveau braquage vient des rangs mêmes de l’entreprise.
Pour cent sacs t’as plus rien
On l’a longtemps pris pour un simple réalisateur hollywoodien, avec en pic de carrière et de notoriété le mignon Miss Daisy et son chauffeur, et pourtant, les années aidants la période australienne, bien plus intéressante, de Bruce Beresford se dévoile peu à peu. A l’instar de ce Money Movers, polar presque avant-gardiste et film de casse sec comme un coup de trique.
Véritable four lors de sa sortie initiale en Australie et distribué huit an plus tard en France, L’Attaque des fourgons blindés, s’est progressivement laissé redécouvrir, faisant souvent forte impression sur quelques collègues réalisateurs (Michael Mann pour son Thief, Tarantino pour Reservoir Dogs, Bouckrief pour Le Convoyeur…) et gravissant surtout une place qu’il méritait ardemment, rare polar dans un paysage plutôt aride qui cantonnait ce type de récit à une télévision bien proprette. Pourtant, malgré cette réévaluation, Bruce Beresford ne cache pas son désintérêt pour l’objet qu’il trouve « stupide » et qu’il n’aborda que pour s’essayer un peu au cinéma d’action. S’il le pouvait, il aurait même choisi d’atténuer sa violence et en particulier son final, impitoyable et sanglant, festival nihiliste et bis. Ce dernier est pourtant totalement en adéquation à la fois avec sa nature de pure film australien et une logique de dézingage généralisé où tous les personnages semblent plus menteur, voleur et brutaux que les autres. Là où le film de casse habituel replace tranquillement la petite ligne manichéenne entre les voleurs et policiers, là où à la rigueur le truand laisse apparaitre une certaine élégance voire une filiation avec l’image de Robin des bois, ici tous les camps semblent confondus dans un même appât du gain et un individualisme sans pitié.
Nid de crotales
Les flics qui enquêtent sur l’affaire son corrompus, les convoyeurs (souvent d’ancien flics pris la main dans le sac) préparent leurs coups depuis au moins cinq ans et se piétinent les uns les autres, la brave jeune recrue se révèle est un espion pour les assurances, le leader syndicaliste profite de sa position pour jouer son coup et la mafia locale ne détonne pas franchement dans le tableau. Idée risquée que de proposer ainsi un film choral, mais où aucune figure ne trouve vraiment grâce aux yeux de l’histoire, ni à ceux du spectateur. Déjà en germe dans le roman original de Devon Minchin (ancien convoyeur de fond et justement suspecté d’avoir participé à un braquage survenu après sa démission…) cette tonalité très particulière fait pourtant directement échos à la vision souvent acerbe de ses compatriotes que le cinéaste mettait en avant dans ses films de l’époque, comme dans le film antimilitariste Héros ou salopard. Chez lui l’Australie se résume très souvent à une exacerbation du capitalisme, à un microcosme machiste, à la violence tour à tour sourde et explosive, où les êtres s’invectivent, se jaugent à coup de poings, réduisent leur conquête à quelques kg de chair consommable et finissent, inévitablement, par se détruire collégialement. Un défilé de cowboy rustauds et pathétiques, manipulateurs et manipulés. Un film noir, sans fard, que Beresford filme avec la froideur d’un entomologiste et la rudesse d’un film bis des 70’s : image rugueuse et mouvements haletés, montage percuté et violence presque figée.
Un tableau particulièrement cru de l’Australie moderne qui ne fit effectivement pas vraiment plaisir aux compatriotes en cette fin des années 70. Sa lucidité et son efficacité tendue auront cependant eux raison sur ces premières impressions : L’Attaque des fourgons blindés est aujourd’hui considérée comme un classique de l’Ozploitation et pour beaucoup comme un incontournable des films de braquage.
Image
Rarissime en France puisque invisible depuis sa bonne veille VHS de 1986 le film s’offre une seconde vie du coté de Badlands qui a la bonne idée de reprendre la récente restauration 4K signée par les australiens de chez Umbrella. Un travail éprouvé qui passé un générique un peu inquiétant car trop doux et abimé, montre une vraie ferveur dans la restitution roots, vintage, du film. Les contrastes sont bien marqués, les teintes naturelles bien campées, le grain d’origine bien respecté et l’ensemble est plutôt stable avec quelques trébuchements mais toujours discrets. Surtout, même si le piqué aurait pu se montrer plus musclé encore, l’image est parfaitement propre. Une belle copie, idéale pour redécouvrir le film.
Son
Le film est proposé avec un mixage « moderne » en 5.1 censé redonner un peu de dynamisme et d’amplitude à une bande son simple et direct. La tentative est plutôt anecdotique quoi que jamais désagréable ou trop dérangeante. On y préfèrera néanmoins justement la piste 2.0 beaucoup plus fidèle à l’ambiance du film, toujours claire et assez équilibrée avec même quelques étonnantes sensations de dynamisme avant. Le doublage français d’époque est lui aussi présent, accompagné de son petit bourdonnement légèrement atténué, avec rendu plus ramassé et des voix un peu fauchées mais sympathiques.
Interactivité
Nouveau titre de la collection 1kult, L’Attaque des fourgons blindés reprend l’habillage habituel des éditions Badlands avec un fourreau cartonné qui enveloppe élégamment le boitier scanavo et son disque Bluray. Pour celui-ci l’éditeur a bien repris le making of rétrospectif déjà croisé sur les éditions anglo-saxonnes qui donne la parole au réalisateur et une bonne part du casting et qui revient très généreusement sur les nombreux et différents personnages du film et leurs interprètes (souvent à contre-courant de leur carrière télé). Quelques anecdotes sur le tournage ou la genèse du projet, un retour sur la sortie difficile et sur l’aspect presque avant-gardiste de l’objet et un réalisateur surtout qui ne cache à aucun moment son désamour du métrage.
Pour compléter le segment, l’éditeur français a fait appel à Melvin Zed, auteur des ouvrages sur la saga Mad Max aux éditions Rififi et spécialiste du cinéma australien, dont le propos se découpe en deux parties. Une première entièrement dédiée à la carrière australienne de Bruce Beresford souvent vu comme un paria pour ses courts métrages à scandale et ses comédies grasses, mais qui aura aussi élaborée une filmographie trop méconnue scrutant ses chers compatriotes avant de malheureusement s’expatrier aux USA pour signer quelques films à succès beaucoup plus impersonnels. La seconde se consacre au film lui-même avec un retour sur le roman original et son auteur et des redites incontournables avec le making of mais aussi quelques infos inédites et l’intégration de l’opus dans la démarche d’étude sociale de son auteur. Intéressant.
Liste des bonus
« Bruce Beresford, le marginal » par Melvin Zed (29’), « L’Ozploitation à contre-courant » par melvin Zed (33’), » Count Your Toes » : Making of (36’), Bandes-annonces.






