LADY YAKUZA : L’INTÉGRALE

緋牡丹博徒 – Japon – 1968 / 1972
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateurs : Kozaku Yamashita, Norifumi Suzuki, Tai Kato, Shigehiro Ozawa, Buichi Saito
Acteurs : Junko Fuji, Ken Takakura, Tomisaburo Wakayama, Koji Tsuruta, Bunta Sugawara, Kanjuro Arashi, Kyosuke Machida Eiko Yamagishi, Hiroki Matsukata, Chiezo Kataoka…
Musique : Takeo Watanabe, Ichira Saito, Chuji Kinoshita, Taichiro Kosugi
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 98, 95, 98, 95, 110, 100, 93 et 95 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 4 novembre 2025
LE PITCH
Alors que Ryuko, fille du chef du clan Yano, prépare ses noces, son père est trahi et assassiné. Renonçant à son destin de femme, Ryuko prend la décision de marcher sur les traces de son père en assumant sa succession comme chef de clan. Tatouée de fleurs rouges comme le sang, elle part sur les routes du Japon pour s’aguerrir, s’initier aux pratiques yakuza et venger son père. Devenue une célèbre joueuse itinérante surnommée Oryu la Pivoine rouge, elle fait la connaissance de Katagiri, un yakuza solitaire marqué par un terrible secret…
La reine criminelle
Saga phare du cinéma d’exploitation japonais de la fin des années 60 et symbole du savoir-faire de la glorieuse Toei, les huit films consacrés à l’héroïne Ryuko Yano, dite Oryu « La Pivoine rouge » célèbrent une vision chevaleresque et héroïque du monde yakuza. Entre guerres de pouvoirs, grands mélodrames, western et duels aux sabres courts, le feuilleton marqua les esprits et préserve aujourd’hui un charme indéniable.
Quelques années avant que Kinji Fukusaku ne vienne tout fracasser avec ses Combats sans code d’honneur et leur vision réaliste, brutale et sans concession de l’univers criminel des yakuzas, ce dernier était exploré avec nettement plus de romantisme par les studios japonais. Le Ninkyo Eiga, versant moderniste des anciens films de samouraïs, transformait, sous l’impulsion de financement obscures et douteux dans les arrière-cours des studios de cinéma (et en particulier la Toei), les contours misérables et peu reluisants de la criminalité en bande organisée en nouveau royaume habité par des rônins aux cœurs d’or, des clans fiers et protecteurs et surtout habité par un code d’honneur à toute épreuve. Un genre essentiellement masculin naturellement mais où apparait en 1968 cette fameuse Oryu, figure tragique marquée par l’assassinat de son père et l’annulation de son mariage, décidant de prendre à son tour les rênes de son clan quitte à rejeter sa « féminité ». En vrai, celle-ci restera éternellement intacte, l’actrice Junko Fuji (devenue immédiatement une star) affichant une grâce et une élégance constante, mais c’est surtout à son existence de femme traditionnelle qu’elle doit dit au revoir et ses multiples rencontres avec des hommes bien attentionnés (fougueux ou paternalistes) qui finiront tous tués sur le chemin, et avec des substituts d’enfants qui la renverront systématique à un rôle de mère interdit, seront toujours là pour lui rappeler.
Un destin tout tracé
Passé un scénario qui repose essentiellement sur la découverte du commanditaire du meurtre du père et de la vengeance qui en découle dans le premier La Pivoine Rouge, le reste de la série enverra notre héroïne à travers les routes du Japon, apprentie chef yakuza en quête d’enseignements et de futures alliances, qui telle Zatoichi le masseur aveugle, en profitera pour aider les faibles, servir souvent de diplomates au cœurs de rixes entre clans ennemis et mettre fin aux exactions de familles ayant oublié les lignes à ne pas franchir. Comme beaucoup de sagas de ces époques-là, les films répondent alors à un canevas presque immuable avec une lente montée en pression des enjeux et des drames humains jusqu’à une explosion finale dans une bataille de plus en plus sanglante où méchants et alliés tombent comme des mouches. Un ballet toujours prévisible où l’ordre est systématiquement rétabli mais dont Oryu repart inévitablement solitaire. Profitant de la collaboration des meilleurs artisans de la Toei, mais aussi de guest remarquables comme Ken Takakura (Black Rain, Golgo 13…), Koji Tsuruta (le James Stewart japonais), Bunta Sugawara (futur star des Combats sans code d’honneur) ou Tomisaburô « Baby Cart » Wakayama (dont le personnage bouffon aura même les honneurs de deux films spin-off), les métrages assurent tout du long un excellent niveau de qualité autant dans la mise en scène que dans l’interprétation, et même l’écriture où les répétitions et apparitions de même acteurs dans des rôles différentes d’un film à l’autre deviennent aussi codifiées que les multiples cérémonies mafieuses ou les duels nébuleux aux cartes traditionnelles.
Les plus belles de ses fleurs
Il faut tout de même observer que dans cette longue balade, trois films ressortent largement du lot. Confiés au cinéaste Tai Katô, assistant réalisateur de Daisuke Ito et d’Akira Kurosawa sur Rashomon, Le jeu des fleurs, Le Retour d’Oryu et Prépare-toi mourir (soit les épisodes 3, 6 et 7) exacerbent largement les aspects mélodramatiques du récit en rapprochant cruellement l’héroïne d’une cellule familiale qui pourrait être sienne, joue sur sa tendresse avec les enfants (petite fille aveugle dans le 3, petit garçon casse-cou dans le 7) mais aussi scrutent un environnement social beaucoup plus fouillé. Prépare-toi à mourir évoque ainsi directement la confrontation d’un monde ouvrier et agraire aux dégâts d’une usine polluante dirigée d’une main de fer par des vilains yakuza alliés aux militaires et à des politiques véreux, tandis que Le Retour d’Oryu se focalise sur le destin de la jeune protégée, orpheline, s’efforçant de trouver sa place au sein d’une compagnie théâtrale gangrénée par les intérêts mafieux (allusions directes aux coulisses de la Toei ?). Outre une profondeur plus marquée, ces trois films profitent aussi d’une réalisation nettement plus maniériste, presque baroque parfois et volontairement théâtrale aux lisières du fantastique dans son utilisation des décors de studios et des peintures sur toiles qui célèbrent les émotions et la violence qui menace constamment d’éclater à l’écran.
Symbole à la fois d’un cinéma grand spectacle à l’ancienne et d’un Japon résistant face à la modernisation du pays provoquée par l’influence occidentale (et particulièrement américaine), les Lady Yakuza marquent aussi une date importante dans un grand pas vers les figures d’héroïnes féminines fortes et combatives. Avec encore beaucoup de romantisme et de calme apparent, la sublime Pivoine rouge annonce les sukeban furieuses à venir, mais aussi ces grandes icônes vengeresses incarnées par Meiko Kaji dans Lady Snowblood et La Femme scorpion. Un jalon incontournable du cinéma d’exploitation japonais.
Image
Carlotta dame le pion de tous ses petits collègues européens ou américains, en proposant en premier ce superbe coffret comprenant l’intégralité de la saga des Lady Yakuza. Huit films qui ont tous été restaurés au Japon avec un nettoyage plutôt réussi des cadres, une stabilisation évidente des photogrammes et une rehausse des teintes, plus vives, pop et maitrisant mieux les sombres que dans l’ancienne sortie DVD de HK Vidéo. L’apport de la HD est évident, même s’il reste une certaine marge de progression ici, les films n’étant pas tout à fait égaux quand au résultat final, avec une gestion du grain et des effets vaporeux parfois un peu tremblotante ou neigeuse chez les uns et les autres. Mais l’effort fourni sur le piqué général et le respect des sources est très appréciable.
Son
Pas de doublage existant à priori, tous les films sont proposés dans leur mono d’origine transposé dans des DTS HD Master Audio plus fermes. Quelques petites saturations ou cafouillages se laissent entendre mais ils reflètent surtout la captation de l’époque. Les dialogues sont clairs et bien posés, les musiques bien portées et les ambiances assez discrètes.
Interactivité
Carlotta propose la saga sous la forme d’un élégant coffret avec fourreau cartonné, livret bien chargé et essentiellement composé de photos d’exploitation et un digipack contenant les 4 Bluray. Sur ces derniers on retrouve pour chaque opus une courte mais précise présentation de Stéphane du Mesnildot qui souligne les particularités de chaque film et évoque le style et la filmographie des réalisateurs ou des acteurs guest. Il revient sur le quatrième disque pour une réflexion plus générale sur le Ninkyo Eiga, sur la forme et les évolutions de cette saga et la personnalité de Junko Fuji. Il y insiste sur l’aspect fantasmé de cet univers des yakuzas chevaleresque et l’implication justement de ces organisations criminelles dans les coulisses de la Toei. Il se montre nettement plus convaincant et complet que son homologue anglais, Tony Rayns qui apporte dès le premier disque lui aussi son regard de spécialiste sur la série, mais avec un ton plus apathique.
Liste des bonus
Un livret/portfolio (80 pages), Préfaces de Stéphane du Mesnildot (8×3’), Tony Rayns à propos de « Lady Yakuza » (20’), « Ninkyo Eiga » par Stéphane du Mesnildot (30’).








