LA QUEUE DU SCORPION

La coda dello scorpione – Italie, Espagne – 1971
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Sergio Martino
Acteurs : George Hilton, Anita Strindberg, Alberto de Mendoza, Janine Reynaud, Luis Barboo…
Musique : Bruno Nicolai
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 90 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 11 avril 2025
LE PITCH
Suite au décès de son mari, Kurt, dans l’explosion d’un avion, Lisa Baumer hérite d’un million de dollars qu’elle ne pourra toucher qu’en quittant Londres pour se rendre à Athènes. Sur place, elle est suivie par Peter Lynch, dépêché par la compagnie d’assurances, ainsi que par John Stanley, un policier. Peu après, la riche héritière croise la route d’une ex-maîtresse de son mari, Lara Florakis. Flanquée de Sharif, son homme de main, celle-ci lui réclame la moitié du pactole, sous peine de représailles…
Le giallo était presque parfait
L’âge d’or du Giallo bat déjà son plein et Sergio Martino vient de s’y placer parmi les maitres avec son premier, et brillant, essai : L’étrange vice de Madame Wardh. Succès oblige, il rempile dans la foulée avec une autre réussite, La Queue du scorpion d’apparence moins tortueux mais au venin tout aussi puissant.
Si L’étrange vice de Madame Wardh explorait les rives troubles psychiques et traumatiques du genre, jouant constamment sur une réalité débordée par la folie de sa protagoniste, La Queue du scorpion revient lui plutôt du coté des modèles plus classique et anciens, pré L’Oiseau au plumage de cristal donc, soit les giallos du complot. Tout repose donc ici autour d’une énorme somme d’argent, assurance-vie d’un homme qui aurait péri dans un attentat sur un avion alors que son épouse pratiquait l’adultère. Une femme que l’on imagine habitée par la culpabilité puisque la caméra ne cesse de nous montrer une menace, intérieure et extérieure, qui pèse sur ses épaules, passant de Londres à Athènes avec la même froideur désespérée dans le regard. Concocté par Martino en personne et son camarade Ernesto Gastaldi (Le Corps et le fouet, Le Grand Duel, Mon Nom est personne…), le scénario va rapidement s’avérer très malin, reprenant la « surprise » de Psychose à son compte en assassinant au bout d’une bonne demi-heure sa figure principale pour laisser place à deux enquêteurs amateurs, un chargé des assurances et une journaliste bien curieuse, tour à tour suspectés, poursuivis, attaqués, innocentés, et toujours témoins d’un petit monde obnubilé par le pouvoir de l’argent et la corruption morale.
La mort t’attend à Athènes
Une vraie enquête policière, rondement menée et constamment relancée par des éléments savamment dosés, où les nombreuses suspensions de crédulité, s’apparentent à un petit jeu de connivence avec le spectateur guettant les faux-indices (dont un gros plan fugace bien manipulateur, des silhouettes changeantes…) autant que les vrais, jusqu’à une ultime révélation bien sentie et terriblement efficace. Des louvoiements qui, accompagnés par les musiques tour à tour romantiques, angoissantes et étrangement décadentes de Bruno Nicolai (orchestrateur pour Ennio Morricone, et compositeur solo pas assez loué pour ses talents), emportent régulièrement le film vers les abords d’une atmosphère malaisante et délirante. La Queue du scorpion embrasse généreusement l’ensemble des tropes déjà bien installés du giallo, du tueur masqué à l’érotisme suave en passant par la série de meurtres tour à tour suggestifs ou plein cadre (dont un tesson de bouteille enfoncé spectaculairement dans l’œil), mais le fait avec une élégance rare. Tout ici est parfaitement construit, porté par un rythme tenu, pour ne pas dire implacable, et un travail constant sur le montage (ruptures, zoom, très gros plans, décadrages…) et sur la construction de plans admirablement fignolés et équilibrés.
Sergio Martino démontre constamment son sérieux d’artisan pointu, habitant comme peu d’autres les décors ensoleillés d’une Grèce entre la carte postale et le cauchemar éveillé, faisant contraster les cades sobres et posés à des mouvements de caméra bien nerveux, et des jeux de lumières troubles. De la même façon là où beaucoup de giallo se contenteront de personnages outrés et d’acteurs belles-gueules sans beaucoup de présence, La Queue du scorpion installe un « couple » extrêmement glamour et constamment convaincant avec George Hilton en séducteur décontractée et une superbe Anita Strindberg remplaçant au pied levée Edwig Fenech en congé maternité. Un vrai grand classique du giallo dans ce que le terme à de plus noble.
Image
La voici enfin en France cette sublime restauration signée Arrow Video, attendue de pied ferme par les amoureux du giallo. Effectuée à partir d’un scan 2K des négatifs 35mm la copie a été admirablement nettoyée et stabilisée, affichant, en dehors de deux-trois plans éparses, une image resplendissante, propre, finement détaillée et incroyablement vibrante. La définition vient souligner le moindre élément de l’image (des grains de terres sur les côtes jusqu’aux écritures sur une minuscule boite de paprika) et en souligner la beauté plastique, accompagné par une colorimétrie chaude, solaire, et puissamment contrastée. Les argentiques sont harmonieux, les noirs profonds et le grain de pellicule se marie élégamment à l’ensemble.
Son
L’éditeur reprend ici très logiquement le doublage français d’époque, plutôt sympa mais doté de sonorités qui écrasent quelque-peu les arrière-plans avec qui plus est un niveau sonore étonnement excessif. Comme souvent on y préfèrera la version italienne plus fluide et naturelle, avec surtout une belle remise en valeur des compositions mémorables de Bruno Nicolai.
Interactivité
Venant compléter l’excellent coffret des Giallo signés Martino par le camarade éditeur Artus Films, l’éditions Bluray de La Queue du scorpion par Le Chat qui fume se présente sous la forme d’un boitier scanavo serti dans un élégant fourreau cartonné. A son bord deux interviews passionnantes héritées de la galette anglaise avec d’un coté George Hilton qui évoque son envie de s’extraire du western, son amitié avec Luciano Martino et délivre de nombreux souvenirs de tournage, et de l’autre un Sergio Martino toujours aussi loquace et au débit décoiffant. On y découvre que le film fut inspiré par le style du Z de Costa-Gavras et par un authentique fait-divers, qu’à la découverte des rushs il se rendit compte que le film était trop court et imagina quelques scènes pour en gonfler la durée, mais le cinéaste décrit aussi ses méthodes de tournage, les astuces pour créer ses plans… et les origines de la fameuse bouteille de J&B ! Le disque propose aussi de réentendre le commentaire audio du scénariste Ernesto Gastaldi, interrogé par Federic Caddeo (déjà présent sur le DVD de Neo Publishing), dans lequel l’auteur, entre deux-trois informations vraiment intéressantes sur le film et les thrillers italien en général, s’égare dans ses petits dénigrements habituels (histoires ridicule, acteurs mauvais…) et des considérations personnelles douteuses et inutiles.
A ce programme déjà bien complet, Le Chat a eu la très bonne idée d’ajouter le documentaire produit par la chaine Youtube Cinéma & Politique intitulé Le Giallo : une radiographie de l’Italie d’après-guerre qui au-delà de redéfinir le genre et souligner ses motifs et codes les plus reconnaissables l’aborde par les biais historiques et politiques en l’inscrivant au sein des remous d’un pays toujours hanté par les années fascistes et bousculé par la modernité et les évolutions sociales en cours. Si le ton de la présentatrice est assez particulier (un peu plombant parfois) le propos est vraiment très intéressant.
Liste des bonus
« Les Histoires du scorpion » avec le réalisateur Sergio Martino (47’),« Sous le signe du Scorpion » avec l’acteur George Hilton (21’), « Le Giallo : une radiographie de l’Italie d’après-guerre » (41’),Commentaire audio d’Ernesto Gastaldi et Federico Caddeo, Bande-annonce.







