LA MAISON AU FOND DU PARC

La Casa sperduta nel parco – Italie – 1980
Support : Bluray
Genre : Thriller, Horreur
Réalisateur : Ruggero Deodato
Acteurs : David Hess, Annie Belle, Christian Borromeo, Giovanni Lombardo Radice, Marie Claude Joseph, Gabriele Di Giulio…
Musique : Riz Ortolani
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 92 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 11 avril 2025
LE PITCH
Alex, voyou et violeur, tient sous sa coupe Ricky, un peu simplet. Tous deux travaillent dans un garage aux affaires douteuses. Alors qu’ils s’apprêtent à sortir en boîte, ils dépannent la voiture d’un couple de jeunes bourgeois qui, pour les remercier, les invite à une soirée dans leur villa. Si Ricky s’y amuse, Alex réalise vite que l’assemblée cherche à les humilier. Énervé, il sort son rasoir et prend la soirée en main…
Le diner de cons
Il est clair que pour la postérité, Ruggero Deodato restera éternellement le réalisateur du meilleur film cannibale de l’histoire du cinéma : Cannibal Hollocaust. Un métrage choquant, pertinent et inoubliable, qui plonge parfois dans l’oubli le reste de sa filmographie comme son premier essai dans le genre, Le dernier monde cannibale. Autre victime de cet état de fait, son film suivant, La Maison au fond du parc. Tourné en grande partie avec les restes budgétaires de Cannibal Hollocaust, mais aussi la même équipe technique et même les restes de pellicule, ce thriller post-La dernière maison sur la gauche, qui ne se prive pas au passage de s’offrir aussi la gueule de David Hess, aurait effectivement pu en rester au stade du film d’exploitation vite emballé. Ce n’est que trop mal connaître le talent de l’artisan Deodato toujours aussi pointilleux quelques soit le budget ou l’attrait initial de l’histoire.
Loin de n’être qu’une copie transalpine du survival de Craven, cet étonnant métrage s’amuse même à pousser l’horreur bien plus loin. Là où La Dernière maison sur la gauche se construit en deux parties opposant le calvaire des jeunes victimes à la vengeance sauvage des parents, La Maison au Fond du parc qui se délecte de prime abord d’une description par le menu d’un sordide fait-divers, n’est finalement que l’atroce histoire d’une revanche froide et calculée où il est bien difficile d’établir une hiérarchie malsaine entre les différents protagonistes. Ricky et surtout Alex, présentés comme des délinquants sexuels plus ou moins atteints (David Hess incarne forcément un être assez bestial et meurtrier) commettent certes des agressions et des meurtres mais ils ne s’abaissent pas, eux, à devenir les victimes consentantes de viols sordides pour arriver à leur fin. Un affrontement psychologique et physique presque sociologique (bourgeoisie contre plèbe) où Deodato s’amuse clairement à perturber la vision moraliste des spectateurs, passant d’un point de vue à l’autre, plaçant le pathos d’un camp à l’autre. Pas de morale toute simple et bien emballée donc, beaucoup de violence, peut-être trop de sexe, La Maison au fond du parc est à la limite de l’œuvre anarchiste et ce même jusqu’à la séquence finale, très « vigilante », ou l’acharnement sur le meurtrier froid et sadique frôle une vision totalitaire de la justice (le fameux œil pour œil) pour mieux le confronter à son absurdité.
« Tournez au fond à gauche »
Peut-être plus encore que la teneur de son propos, La Maison au fond du parc impressionne encore aujourd’hui par la superbe patine d’un film au budget aussi ridicule. Tourné en une quinzaine de jours dans un seul et unique décor, le treizième film de Deodato cache facilement sa pauvreté grâce à une réalisation précise et discrète, mais aussi à la faculté du metteur en scènes de diriger à la perfection une dizaine d’acteurs presque débutants, offrant des performances tout simplement bluffantes. Plus que tout, la plus grande qualité de ce métrage est sans nul doute le travail esthétique du directeur de la photographie, Sergio D’Offizi. Habitué du réalisateur, il lui offre ici son meilleur travail, rivalisant sans cesse d’ingéniosité pour souligner la géométrie des décors ou transformer une scène des plus banales (un dialogue particulièrement sexuel dans la cuisine par exemple) en une élégante illustration des désirs d’alcôve et de la manipulation en marche en utilisant l’éclairage du frigo resté ouvert. David Hess, carnassier, massif, inquiétant mais aussi finalement assez pathétique dans sa folie ravageuse, bouffe encore une fois littéralement l’écran. La véritable inquiétante étrangeté, la sensation de malaise qui habite tout le film vient de ce jeu constant du contraste, que ce soit entre la demeure cossue et richement décorée et les horreurs qui s’y jouent, les nombreuses scènes de sexes qui alternent le consentie et le non-consentie, ou dans l’apparition d’une bande originale presque nauséeuse et perturbante signée par le talentueux Riz Ortolani.
Un film d’exploitation italien forcément opportuniste en amorce, s’efforçant de retrouver, par son titre, son acteur et sa violence crue, la charge et le succès du fameux La Dernière maison sur la gauche, mais qui réussit aussi à s’en détacher, livrant une lutte des classes sans retour où seule la barbarie est communément partagée.
Image
Le Chat qui fume reprend ici certainement la récente restauration signée Vinegar Syndrome effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs 35 mm originaux. L’assurance d’une restitution de très haute qualité et fidélité, apportant une propreté et une netteté inédite, soulignée par un piqué rigoureux qui creuse les détails et la profondeur comme jamais. Les teintes restent toujours légèrement ternes, essentiellement tournées vers une lumière très froide et ses blancs aveuglants, et le film ne se départit pas totalement de restes de petites scories du temps (légers spots blancs ou noirs, légères dégradations sur les bords pour les ombres…) certainement dues à l’économie de production. Avec son grain vibrant et naturel, La Maison au fond du parc préserve ses atours bien bis.
Son
Version italienne et française sont disposées ici dans leur mono d’origine, transposés dans des DTS HD Master Audio 2.0 tout à fait clairs, nets et équilibrés. Pas de soucis majeurs à souligner, l’ensemble est toujours confortable. On préfèrera naturellement la version italienne, plus percutante, surtout que le doublage français a curieusement édulcoré quelques dialogues. Petit manque tout de même, comme pour l’ancienne sortie DVD de Neo Publishing : l’absence de la version anglaise mais qui correspond ici à la version originale de ce film tourné en prise directe. Un cas assez rare pour le cinéma italien de l’époque.
Interactivité
Présenté dans un boitier scanavo classique mais avec fourreau cartonné, l’édition est accompagnée d’un seul supplément. Il s’agit cependant d’un long documentaire inédit revenant sur l’expérience du film en compagnie du réalisateur, de l’acteur Giovanni Lombardo Radice, du chef opérateur Sergio d’Offizi et du décorateur Antonello Geleng. On y revient sur l’origine du film, né dans les économies de la production de Cannibal Holocaust, le tournage en deux semaines uniquement la nuit, le choix et la personnalité du casting, et en particulier David Hess, les nombreuses scènes de nudité, la sortie passée sous les radars de la censure et plus généralement un film que Deodato trouve nettement plus violent que son film de cannibales. Ce dernier comme toujours rivalise d’anecdotes et de petites sorties de route roublardes, alors que les autres intervenants abordent le sujet avec beaucoup plus de lucidité, évoquant autant les qualités que les petits défauts essentiellement dus au petit budget. Très complet et bien mené.
Liste des bonus
« Dans la maison » : Interviews de Ruggero Deodato, Sergio d’Offizi, Antonello Geleng et Giovanni Lombardo Radice (88’), Bande-annonce.






