LA LEÇON DE PIANO

The Piano – Australie, France – 1993
Support : UHD 4K & Bluray & Livre
Genre : Drame
Réalisateur : Jane Campion
Acteurs : Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, Anna Paquin, Kerry Walker, Geneviève Lemon…
Musique : Michael Nyman
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 121 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 2 décembre 2025
LE PITCH
Ada, une jeune femme muette, a deux passions : sa fillette et son piano. Elle s’apprête à partager la vie d’un inconnu. À son arrivée, son mari refuse son bien le plus précieux, un piano, qui échoue chez un voisin. Ne pouvant se résigner à cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier : regagner le piano, touche par touche, en se soumettant à ses désirs…
Comme une partition
Gagnant ex-aequo en 1993 de la fameuse Palme d’or, avec le sublime Adieu ma concubine, La Leçon de Piano est le premier film réalisé par une femme à obtenir la fameuse récompense, et il resta bien longtemps le seul. Il est aussi le deuxième plus gros succès commercial pour une Palme en France, juste derrière Pulp Fiction. Une Œuvre remarquable pour cela, mais aussi pour son exploration sensitive d’une passion amoureuse et suffocante.
Rare femme cinéaste à avoir réussi à se faire une place au sein de l’industrie australienne et à avoir pu s’en extraite pour connaitre un vrai écho à l’international, Jane Campion (Holy Smoke, Bright Star, Top of the Lake…) n’a cependant jamais mis de coté son regard et sa personnalité. Et c’est bien cet étrange réalisme, cru parfois mais toujours extrêmement subjectif, autant que ses personnages féminins puissants et ancrés, qui ont donné naissance à ses plus grands films. Œuvre naturellement centrale dans sa filmographie, La Leçon de piano s’accroche effectivement au personnage d’Ada (Holly Hunter), muette depuis quelques années suite à un grand traumatisme (que l’on découvrira tel que raconté par sa fille), toujours flanqué de son enfant Flora (Anna Paquin des années avant X-Men et True Blood), aussi volubile et agitée qu’elle est silencieuse et discrète. Envoyée en Nouvelle Zélande pour être marié à un riche propriétaire (Sam Neil) qu’elle n’a jamais vue, elle va finalement se découvrir une torride passion pour l’homme de main, George Baines (Harvey Keitel), au cours de longue et étrange leçon de piano. Une histoire d’infidélité, d’un choix terrible entre deux hommes que tout oppose (l’un est un puritain étriqué et renfermé, l’autre perçoit la beauté dans la nature et la musique), mais aussi d’une renaissance pour cette femme totalement obnubilée par son piano.
La musique à fleur de peau
Celui-ci est incarné comme une véritable extension de son corps (il en deviendrait érotique), de ses pensées, de sa personnalité… mais aussi d’un deuil qui semble impossible à dépasser. Par ses douces, simples mais aussi intenses mélodies au piano, le compositeur Michael Nyman (Meurtre dans un jardin anglais, Vorace, Gattaca…) fait presque naitre un autre personnage, sonore, point d’accroche constant d’un récit qui se construit par l’image, mais aussi par le son. Et le mixage sonore jouant sur la présence et l’absence d’une nature omniprésente est tout aussi marquant. C’est ainsi à la fois par l’objet piano et par le son qui en sort que Ada et George vont se découvrir, se rapprocher, s’aimer et s’élancer dans une étreinte torride et libératrice. On peut classer La Leçon de piano dans les œuvres féministe par sa faculté à embrasser et comprendre son personnage, à lui donner une grâce (sa façon de signer tient plus que jamais de la danse) et une personnalité affirmée et libre, mais le film n’est pas là non plus pour venir discuter de la place de la femme dans la société victorienne de l’époque, ou faire un écho avec de quelconques considération actuelles. Il passe aussi à coté, sans doute tout aussi volontairement, de la question de la place du peuple Maori, pourtant très présent à l’écran mais essentiellement rattaché à l’aspect sauvage et corporel de l’amant interdit. La Leçon de piano reste donc entièrement dévouée à son triangle amoureux et au voyage de sa protagoniste, l’inscrivant à merveille dans un paysages constamment tumultueux (l’ouverture en bord de mer, sublime), agité, inquiétant et sauvage.
La puissance et la justesse des acteurs de tête, la beauté de la mise en scène et cette constante symétrie entre les sentiments, les décors, les costumes et les cadrages définitivement romantiques, en font un film charnel et lyrique traversée de fulgurances de toute beauté. Mais on peut aussi se demander, si ce dernier ne passe pas parfois à coté de quelque chose de plus fort, allez disons-le, de plus politique.
Image
Profitant à son tour de la superbe restauration effectuée en Australie sous le regard de la réalisatrice, Carlotta Films propose ainsi une copie nettement plus solide et ferme que ce que l’on avait connu jusqu’ici. Effectué à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm, le travail permet d’offrir des cadres extrêmement propres et pointus, de jouer avec plus de conviction sur les profondeurs et les matières et ainsi d’accompagner au mieux une photographie relativement sombre et parfois même étouffante. La grande différence entre la copie 4K et la copie Bluray se fait véritablement au niveau du traitement des couleurs grâce à un Dolby Vision qui intensifie les contrastes, raffermit les teintes et aboutit ainsi à des tableaux bien plus contrastés et équilibrés.
Son
Les deux pistes sonores sont disposées en DTS HD Master Audio 5.1. Le doublage français perd beaucoup en uniformisant les accents et les langages, mais reste bien posé. La version originale est nettement plus convaincante, vivante et naturelle, et s’installe plus généreusement sur une spatialisation qui joue à merveille sur les ambiances naturelles (bruits de la nature, déluge, vent…) donnant constamment une importance massive au paysage.
Interactivité
Rejoignant la collection Ultra Collector de Carlotta Films, La Leçon de piano profite ainsi d’un traitement royal avec comme toujours un très bel objet (fourreau épais, disques glissés dans le livre) et d’un ouvrage inédit. Pas de compilation de textes d’archives ici mais bien un travail d’analyse extrêmement complet et précis rédigé par Mélanie Boissonneau. Tout en revenant comme il se doit sur la gestation du film, son tournage, son casting, son esthétique et sa réception critique et public, elle explore avec minutie les figures significatives de l’objet (du piano aux divers costumes, l’importance du décor naturel, les divers gros plans sur certains objets…) pour mieux relever le regard de la réalisatrice sur une époque, des personnages et une passion. Passionnant et agrémenté de nombreuses photos du film et des coulisses.
Le programme est aussi loin d’être inintéressant du coté de la vidéo avec sur le Bluray un retour du petit making of d’époque, compilation de courtes interviews de la réalisatrice, de la productrice et des acteurs, qui présentent le sujet et les personnages et appuie déjà sur l’importance des costumes pour en révéler la complexité.
En provenance des collègues de Criterion, la discussion entre Jane Campion, qui insiste sur l’inspiration de Les hauts de Hurlevent, et Amy Taubin prendrait parfois presque des airs de psychanalyse filmique, tandis que le directeur photo Stuart Dryburg aborde plus concrètement l’identité visuelle du film et sa collaboration technique avec la cinéaste. Le programme s’achève avec beaucoup de poésie via le court métrage Le Journal de l’eau, tourné en 2006 et qui aborde l’été d’une terrible sécheresse en Nouvelle Zélande, par le regard d’une jeune fille, occupée à jouer et à imaginer avec sa sœur, mais aussi à capter les rêves d’eau des uns et des autres.
Liste des bonus
Le livre inédit « Il y a un silence : La leçon de piano de Jane Campion » par Mélanie Boissonneau avec plus de 40 photos d’archives (200 pages), « Jane Campion et Amy Taubin » : Conversation entre la cinéaste et la critique de cinéma (2022, The Criterion Collection, 27’), Stuart Dryburgh à propos du tournage du film (2022, The Criterion Collection, 10’), Coulisses du tournage (16’), Court métrage : « Le Journal de l’eau » de Jane Campion (« The Water Diary », 2006, 18’), Bandes-annonces.







