FURYO

Merry Christmas, Mr. Lawrence – Japon, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande – 1983
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Nagisa Oshima
Acteurs : David Bowie, Ryuichi Sakamoto, Tom Conti, Takeshi Kitano, Jack Thompson, Johnny Okura…
Musique : Ryuichi Sakamoto
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 123 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 16 janvier 2025
LE PITCH
L’île de Java, 1942. L’envahisseur japonais enferme les soldats anglais dans un camp où règne une discipline de fer. Un nouveau prisonnier y arrive, le major Colliers, que le Colonel Yonoi, commandant du camp, sauve de la mort. Fasciné par Colliers, Yonoi n’en demeure pas moins inflexible, hanté par la notion de l’honneur et capable d’organiser l’exécution d’un garde coréen dans le seul but de plier les officiers alliés à sa volonté.
Tabou
Après L’Empire des sens et L’Empire des passions le cinéaste japonais Nagisa Oshima, autrefois fer de lance d’une nouvelle vague nippone ébouriffante, confirme son exploration sa période « occidentale » avec Furyo. Un faux film de guerre, vrai film de passions étouffées, avec toujours en ligne de mire les travers culturels de son pays natal.
Certainement l’un des grands évènements cinématographiques de l’année 1983, Furyo profitait du nouveau statut obtenu par le réalisateur de Contes cruels de la jeunesse et La Cérémonie depuis la déflagration du sulfureux L’Empire des sens, mais aussi de la présence à l’écran de deux icônes de la musiques pop : David Bowie et Ryuichi Sakamoto. Au-delà de leurs carrières musicales respectives, ils incarnaient tous deux une nouvelle masculinité, débarrassée des oripeaux virils habituels, plus androgynes et modernes, et par ricochet une sexualité moins hétéronormée. Ils sont par cette double incarnation absolument parfaits pour jouer les rôles respectifs de Celliers, soldat britannique intransigeant et indéfectible mais aux airs angéliques, et Yonoi, général tout en rigidité nationaliste, réunis dans un camp de prisonnier japonais dans la jungle de Java. La guerre est à distance, mais la mort toujours omniprésente, leur relation trouble et destructrice, jamais dite, jamais assouvis dans un monde où l’homosexualité est sévèrement punie et rejeté (le seppuku d’ouverture pose le cadre) et fait naitre un film qui ressemble autant à une passion étouffée, en tensions et confrontations constantes, qu’à une exploration culturelle des pierres d’achoppements qui existe entre ces deux nations, entre ces deux civilisations.
Le mythe des conquérants
On ne saura jamais vraiment qu’elle était la nature réelle de cette relation, admiration partagée, fascination maladive ou véritable amour inassouvi que Oshima scrute avec une froideur presque clinique, laissant ses personnages définitivement tourmentés et habités par la douleur. Alors que Bowie et Sakamoto symbolisent les tourments des empires, le soldat Lawrence (Tom Conti) et le maton Hara (Takeshi Kitano, une révélation) tout aussi fascinants, incarnent finalement un dialogue possible, une rencontre au-delà des apparences et venant permettre une lecture plus subtile et politique du film. Un amour interdit et une amitié au-delà des frontières habitent ainsi un drame magnifique qui ne s’épanche jamais dans le classicisme possible, déjouant par exemple l’effet Le Pont de la rivière Kwai du décor (pas d’évasion, pas de révolte, pas d’affrontements…), l’utilisant comme un théâtre aux airs de loupe grossissante lui permettant d’explorer les troubles psychiques de son propre pays. Le Lawrence du titre original explicite lors d’une longue conversation avec Celliers en isolement : « C’était une nation d’anxieux. Ils ne pouvaient rien faire individuellement. Alors, ils sont devenus fous collectivement. ».
La fascination du Japon pour l’honneur, la mort, le sacrifice et des notions profondément ancrées dans des traditions qui écrasent la nature humaine sont au cœur de ce film, tour à tour suave et brutal, émotionnel et intellectuel, et définitivement emporté par les compositions électroniques planantes de Ryuichi Sakamoto. Toujours entre gravité et onirisme, sa bande originale laissent une trace indélébile dans les mémoires, en particulier par son thème principal qui donne corps aux aspérités de l’image et du récit tout en affirmant son intemporalité. Superbe.
Image
Après l’édition de Movinside en 2019, il semblerait que ce soit toujours la même source restaurée qui soit proposée pour cette édition HD… mais avec une compression bien plus fine. Une restauration 2K datant de 2010 est plutôt soignée avec ses cadres débarrassés de toutes leurs imperfections des années et surtout une définition qui, la plupart du temps, retrouve toute son intensité, sa finesse et ses reflets argentiques et minéraux. Comme pour la courte scène et le générique d’ouverture, on remarque cependant encore quelques scènes beaucoup moins solides, légèrement floconneuses ou aux noirs laiteux qui semblent avoir été récupérés sur une source moins noble.
Son
Version originale et française préservent leur stéréo d’origine avec un DTS HD Master Audio qui assure des restitutions claires et stables, sans aucune apparition de défauts gênants, même pour le doublage, certes un peu plus plat dans le mixage. Apparait aussi une nouvelle proposition VO en DTS HD Master Audio 5.1 qui sans véritablement bouleverser les intentions y ajoute quelques respirations, un peu de dimensions et d’atmosphères sur les arrières, sans que cela ne soit envahissant.
Interactivité
Edité sous la forme d’un joli digipack quatre volets aux teintes délicates et auréolé d’une présentation écrite du film par Oshima en personne et d’une introduction au documentaire Tokyo Melody, ce Furyo par Metropolitan fait clairement la différence par ses différents bonus.
A commencer par le making of d’époque intitulé The Oshima Gang qui certes avait une optique plutôt promotionnelle mais reste très complet dans son approche avec une bonne partie de la conférence de presse évènements au Festival de Cannes et de nombreuses interventions supplémentaires des acteurs, du producteur et du romancier qui évoquent les méthodes de travail de Oshima, le travail d’interprétation, les thèmes du film et le tournage à Java même. Un document complété par des rencontres plus récentes avec le producteur Jeremy Thomas qui retrace la naissance du projet, son attrait pour le cinéma d’Oshima et l’implication des « rock star » Bowie et Sakamoto, et celle justement du musicien japonais, très peu convaincu par son jeu d’acteur, bien plus par sa musique.
L’édition contient aussi un Bluray entièrement dédié au documentaire Tokyo Melody réalisé par la française Elizabeth Lennard. Tourné en 1983 il suit Ryuichi Sakamoto dans son ultime émancipation du groupe Yellow Magic Orchestra avec l’enregistrement de l’album Illustrated Musical Encyclopedia. Il y est aussi question durant une courte séquence de l’écriture de la BO de Furyo. Le portrait du Tokyo du début des années 80 aussi, en pleine explosion économique et technologique, au milieu duquel la star musicale fait office de porte-étendard et de reflet de toute une génération. Un peu poseur et limite kitch parfois dans l’habillage (toute une époque quoi), mais excellente surprise pour un bonus, surtout qu’il s’agit là de la très belle restauration 4K. A noter qu’il s’agit du même documentaire édité en novembre dernier par Potemkine Films aux cotés des concerts Async et Opus.
Liste des bonus
Interview de Jeremy Thomas, producteur, et Ryuichi Sakamoto
Making of : The Oshima Gang (30’), Bande-annonce originale restaurée, Bluray de « Tokyo Melody » : Portrait de Ryuichi Sakamoto réalisé par Elizabeth Lennard (1984, HD restauré 4K, 1.33, VOST DTS-HD MA 2.0mono, 62’).







