FREEWAY

Etats-Unis – 1996
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Matthew Bright
Acteurs : Kiefer Sutherland, Reese Witherspoon, Brokeem Woodbine, Michael T. Weiss, Amanda Plummer, Brittany Murphy, Brooke Shields…
Musique : Danny Elfman
Image : 1 .85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 104 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 24 avril 2026
LE PITCH
Avec une mère qui se prostitue pour payer son crack et un beau-père qui la pelote, Vanessa est loin d’avoir une vie de princesse. Après l’arrestation de ses parents et pour ne pas retourner dans une famille d’accueil, elle décide, tel le « Petit Chaperon Rouge », de partir rejoindre sa grand-mère qui vit dans une caravane à quelques centaines de kilomètres. En chemin, elle rencontre Bob Wolverton, psychologue pour enfants le jour… mais surtout Grand Méchant Loup la nuit !
“Them’s some big ugly fuckin’ teeth you got, Bob.”
Petit film indépendant qui fit sensation à Sundance puis à peut près partout dans le monde à la fin des années 90, Freeway se présente comme une relecture ultra moderne du fameux conte du Petit Chaperon rouge. Mais la petite fille paumée est loin d’être angélique, et le loup est un serial killer pédophile particulièrement pervers.
Camarade de jeunesse de Richard et Danny Elfman et co-scénariste de leurs délirants Forbidden Zone et Shrunken Heads, Matthew Bright commence doucement sa carrière de scénariste plus mainstream avec Wildfire et Guncrazy lorsqu’il se lance dans l’écriture de Freeway. Une variation donc autour du fameux conte, mais qui le plonge dans les mauvais quartiers californiens, moins gorgés de soleil que d’une moiteur étouffante, peuplés de gosses tous paumés, illettrés et toujours un bon pied dans la criminalité ou la prostitution. L’image est volontairement cradingue, les couleurs chaudes cohabitant avec le grisâtre de l’existence et du bitume fatigué, et le portrait initial de la jeune Vanessa Lutz plonge volontairement dans le sordide : sa mère et son beau-père sont accrocs au crack et pendant qu’elle se prostitue pour payer la prochaine dose, l’autre viole sa belle-fille régulièrement. Joyeux ! Mais en héritier de John Waters (Hairspray), Bright ne veut surtout pas se noyer dans le misérabilisme et opte pour une forme de détachement absurde, un décalage porté par un humour noir et acide totalement à rebrousse-poil. Spécialiste de la résilience et des explosions de colères ultra brutale, Vanessa n’est pas un petit chaperon comme les autres et quand son chemin croise celui du psychologue Bob Wolverton, l’issue n’est pas forcément celle attendue.
Le panier bien garni
Cette longue séquence sur l’autoroute, en pleine nuit, est clairement le point de bascule du film où de victimes de la vie (il faut la voir passer de la colère à l’abandon dans les premières séquences), la demoiselle reprend définitivement son destin en main et percute dès lors la supériorité affichée de cet intellectuel échappé de la bonne société. Un loup comme beaucoup d’autres, certes serial killer à ses heures mais surtout reflet d’un déterminisme social écrasant, d’une construction du monde avilissante et d’un rapport de force (homme vs femme, adulte vs adolescente, éduqué vs non éduqué…) qui ne laisse normalement aucune échappatoire. Freeway devient moins un récit de mise en garde que l’authentique revanche d’une gamine sur la vie et des horreurs accumulés sur son chemin, pervers divers, violence omniprésente et détour par un centre de rééducation compris.
Totalement habité par une musique absolument rock et grinçante signée par un Danny Elfman première période (pas d’orchestre, mais des riffs, des voix et des violons stridents) le film multiplie les seconds rôles hallucinés (Brokeem Woodbine le petit amis échappé d’un Boyz in the Hood, Brittany Murphy en jeune lesbienne psychotique, Brooke Shields en petite bourgeoise cintrée…), n’hésite jamais à bondir sur l’ultra violence en particulier dans ce director’s cut retrouvé et offre deux premiers rôles inoubliables. Kieffer Sutherland est absolument fascinant en prédateur séducteur dont le visage défiguré finira par afficher sa monstruosité à tous. Mais c’est bien entendu surtout Reese Whiterspoon qui illumine le film de bout en bout. Alors tout juste découverte dans Un été en Louisiane, elle impose à l’écran un mélange de candeur et de détermination, de fragilité et de dangerosité, d’humour et de désespoir, qui donne corps à un petit chapon-rouge unique et inoubliable.
Un rôle emblématique pour un trip aussi drôle que cruel, culte pour beaucoup et qui vieillit particulièrement bien. Son propos bien entendu n’a absolument rien perdu de sa pertinence et de son irrévérence.
Image
Metropolitan propose ici la restauration produite en 2022 par Vinegar Syndrome effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs 35 mm. Un sacré bond en avant pour un film que l’on n’avait même pas connu chez nous en Bluray ! Bien entendu le travail est admirable avec un nettoyage complet des images, une définition totalement redécouverte et surtout un effort important pour préserver les textures très marquées du film. Le grain est particulièrement présent, volontairement fluctuant, organique et râpeux, mais le piqué lui donne une fermeté inédite. Les noirs sont imposants, mais on redécouvre aussi des touches de couleurs (le rouge bien entendu mais pas que) que l’on n’avait fait que deviner jusque-là. Très réussi.
Son
Versions originale et française sont proposées dans un DTS HD Master Audio 5.1 parfaitement adéquate qui tout en offrant des prestations claires et équilibrées, assure une clarté nouvelle, plus dynamique, et des ambiances urbaines plutôt naturelles où les riffs stridents et les voix de la BO signée Danny Elfman s’incarnent parfaitement. A noter que la version doublée laisse place à quelques courts échanges en vost puisque le montage uncut proposé sur l’UHD est inédit.
Interactivité
Le premier apport de cette édition est bien entendu la version totalement inédite et uncut du film, ajoutant quelques inserts plus crus et brutaux et des petites variations de dialogues là aussi nettement plus démonstratifs. A peine une minute de différences, mais certaines images (dont le destin de la pauvre mamie) poussent effectivement le film plus loin. Si sur l’UHD on peut visionner un petit montage reprenant les coupes et dialogues alternatifs de la version cinéma, ce montage est toujours disponible en option uniquement sur le Bluray.
Pour la section bonus proprement dite, elle est particulièrement chargée car si l’édition ne propose pas de nouveau documentaire rétrospectif, il opte pour une longue succession d’interviews inédites ou plus anciennes qui donnent la parole au réalisateur, aux producteurs, au monteur mais aussi une bonne part du casting… sauf malheureusement Reese Whiterspoon et Kiefer Sutherland. Ces deux-là ne sont visibles que dans le petit making of d’époque. Un peu dommage surtout que le propos s’étend souvent assez généreusement sur le statut de film indépendant, la naissance du script, la découverte de l’actrice principale et l’apport du soutien de Sutherland. Le réalisateur Matthew Bright est clairement le plus loquace et le plus riche en anecdotes et réflexions. On apprécie aussi les souvenirs de Danny Elfman qui évoque son amitié avec le réalisateur (ils étaient au lycée ensemble) et une bande son écrite le temps d’un weekend mais pleine d’expérimentations. On grappille de droite à gauche, du disque UHD au Bluray où les différents segments sont répartis.
Liste des bonus
Commentaire audio (vo), Interviews de Matthew Bright (30’), Samuel Hadida (8’), Brad Wyman (18’), Maysie Hoy (17’), Wolfgang Bodison (11’), Robert Peters (12’), Leanna Creel et Monica Lacy (24’), Entretien avec Matthew Bright (14’), Amanda Plummer (3’), Danny Elfman (4’), Oliver Stone (8’), Séquences altérées (6’), Making of (5‘), Montage cinéma (102’), Bande Annonce.







