FLASH GORDON

Royaume-Uni, Pays-Bas, États-Unis – 1980
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Science-fiction, Aventure
Réalisateur : Mike Hodges
Acteurs : Sam J. Jones, Melody Anderson, Max Von Sydow, Ornella Mutti, Brian Blessed, Timothy Dalton, Peter Wyngarde, Topol…
Musique : Queen, Howard Blake
Durée : 111 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français et Allemand DTS HD Master Audio 2.0 & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Studiocanal
Date de sortie : 19 août 2020
LE PITCH
Pour son propre amusement, l’empereur Ming de la planète Mongo déclenche une série de catastrophes sur Terre. Un scientifique, le Dr. Hans Zarkov, enrôle de force le footballeur Flash Gordon et la journaliste Dale Arden pour prendre place à bord d’une fusée à destination de la forteresse de Ming…
Star Crash
Un thème musical du groupe Queen, des dialogues croquignolets, des costumes et des décors scintillants et exubérants, des effets spéciaux allant de la poésie artisanale au kitsch douteux, … telles sont les mamelles du culte qui entoure le Flash Gordon de Mike Hodges depuis maintenant 40 ans.
Né en 1934 de l’imagination du dessinateur et scénariste Alex Raymond, le personnage de Flash Gordon, héros très américain protégeant notre bonne vieille Terre des manigances de l’impitoyable empereur Ming, jouit encore aujourd’hui d’une certaine popularité. Concurrent officiel du Buck Rogers créé en 1928 par Philip Francis Nowlan, Flash Gordon est l’un des nombreux descendants du John Carter d’Edgar Rice Burroughs et se déploie très vite depuis son médium d’origine, le comic-strip. Dès 1936, le héros de papier devient le héros d’un serial produit par Universal. Buster Crabbe interprète Gordon sans jamais s’éloigner des canons du genre. Beau gosse, sportif et universitaire, Flash Gordon enflamme l’imaginaire de milliers de spectateurs dont un certain George Lucas. Double ironie, Buster Crabbe finira par interpréter Buck Rogers et ne se privera pas de critiquer aussi durement que possible l’interprétation proposée par Sam J. Jones en 1980.
George Lucas, revenons-y. Parmi les sources d’inspiration de Star Wars, le scénariste et réalisateur cite volontiers la création d’Alex Raymond et le serial qui en fut tiré. Difficile, au-delà des affirmations des uns et des autres, de savoir si Lucas a effectivement cherché à en obtenir les droits pour le grand écran avant de créer sa propre mythologie mais l’hommage est flagrant et assumé. Quoi qu’il en soit, le succès planétaire de Star Wars aiguise les appétits. Premier italien à dégainer sa copie pas très conforme, Luigi Cozzi. Sorti en décembre 1978, Starcrash est l’une des premières copies de Star Wars à voir le jour. Autrement plus ambitieux et sans doute vexé d’avoir été coiffé au poteau par un compatriote, le nabab Dino De Laurentiis lance donc SON projet de space opera et s’associe à Universal pour une adaptation fastueuse et spectaculaire de Flash Gordon.
Le héros qui venait d’ailleurs
L’ironie, encore elle, préside à la destinée de Flash Gordon sur grand écran. Comme pour King Kong (1976) et Orca (1977), Dino De Laurentiis choisit d’accorder sa confiance à un cinéaste anglais, Nicolas Roeg en l’occurrence. Tout juste sorti de L’homme qui venait d’ailleurs avec David Bowie, le cinéaste accepte avec enthousiasme, embauche l’américain Michael Allin pour écrire le scénario et envisage une saga galactique autrement plus complexe que les affrontements manichéens d’antan. Roeg imagine une allégorie biblique, métaphysique et poétique où Ming envisage de repeupler la Terre (un plan toujours d’actualité dans la version de Mike Hodges mais seulement au détour d’une réplique) avec de nouveaux Adam et Eve et où le tyran récupère une larme de la terrienne Dale Arden qu’il transforme en soleil incandescent avant de le palcer autour du cou de la belle en pendentif. Le premier traitement de Michael Allin évoque à la fois le Zardoz de John Boorman mais aussi … le Dune abandonné d’Alejandro Jodorowski. En coupant court aux rêveries de Nicolas Roeg, Dino De Laurentiss place le réalisateur de Ne vous retournez pas dans la même position que son compère franco-chilien qui dut renoncer à son adaptation du roman de Frank Herbert. Laquelle adaptation sera récupérée par De Laurentiis et « confiée » à un David Lynch sous haute surveillance en 1984. Savoureuse coïncidence.
Pris par le temps et désireux de garder le contrôle sur SON Flash Gordon, De Laurentiis reporte son attention sur Mike Hodges, réalisateur du très apprécié Get Carter avec Michael Caine. Réticent et loin d’être passionné par la science-fiction et le genre fantastique, Hodges accepte sous la pression de sa situation financière, sa démission de La Malédiction II au bout de trois semaines de tournage menaçant de faire sombrer sa carrière. Esprit cartésien et fortement politisé, Mike Hodges change de méthode de travail et transforme le tournage de Flash Gordon en gigantesques vacances créatives. Tout en savourant sa collaboration avec le production designer italien Danilo Donati, collaborateur précieux de Pasolini et Fellini, le réalisateur lâche la bride à son formidable casting, libre de cabotiner à volonté. Long, compliqué, coûteux, le tournage de Flash Gordon se déroule pourtant dans une bonne humeur contagieuse. Succès critique (eh oui!) et financier saluent la sortie du long-métrage en décembre 1980. Une légende est née ?
Antipasti et sauce à la menthe
Sous la double tutelle de Dino De Laurentiis et Mike Hodges, Flash Gordon, icône purement yankee, se réinvente. Sur un fil, le scénario de Lorenzo Semple Jr (pilier de la série Batman des 60’s) navigue entre naïveté rétro et parodie outrancière. Reflet des errements en coulisses, le résultat est tout autant la créature d’un producteur italien extravagant croyant dur comme fer à la grandeur de son héros que d’un cinéaste s’en moquant ouvertement, critiquant volontiers la vision très binaire d’un monde à l’américaine. Entre les lignes, la théorie selon laquelle Hodges ne se serait comporté qu’en simple exécutant ne tient pas longtemps la route.
Au nez et à la barbe de ses créanciers, le cinéaste britannique ne perd pas une occasion d’amplifier la sexualité déjà très présente et au cœur de la bande-dessinée d’Alex Raymond. La nymphomanie de la princesse Aura est mise en avant par la prestation atomique d’une Ornella Mutti aguicheuse, le fouet et autres instruments aux sado-masochisme prononcé (« Non ! Pas les vers perforants ! ») semble avoir les faveurs de la police secrète de Mongo et Ming lui-même semble bien plus obsédé par l’enrichissement de son harem et la soumission que par les manipulations politiques. La touche sexy à l’italienne se pare d’une perversité très anglaise.
La dualité/complémentarité entre Dino De Laurentiis et Mike Hodges s’exprime jusque dans les décors et la tonalité de certaines scènes. Ainsi, le palais de Ming se partage entre de grands espaces dorés et rougeoyants et des espaces froids et métalliques. Aux moments de comédies et d’action se déroulant à la cour de l’empereur succèdent le lavage de cerveau traumatisant de Zarkov et les rites initiatiques sadiques et boueux d’Arboria. Même la musique de Queen entre ici en collision avec les compositions très classiques et désuètes d’Howard Blake, compositeur oublié le temps de quelques scènes.
Trépidant, drôle, foutraque, Flash Gordon est assurément la démonstration la plus flamboyante qu’il nous ait été donné de voir d’un space opera à l’européenne, parfait mélange de folie transalpine et d’ironie so british. Go, Flash, go !
Image
Déjà très propres, les précédentes éditions souffraient pourtant d’une colorimétrie timide et d’une compression très imparfaite car trop numérique. Cette restauration en 4K vient nous débarrasser de ces scories avec des couleurs pleinement ravivées (les scènes sur Arboria retrouvent leur dominante verte et des contrastes plus naturels), une définition stupéfiante et un grain respecté. Les rouges ont toutefois tendance à baver sur certains plans composites mais, au vu d’incrustations souvent bâclées, il fallait sans doute s’y attendre.
Son
La stéréo de la version française plie mais ne se brise pas face à la puissance acoustique de la piste originale boostée en 5.1. La force de frappe des mélodies de Queen et la bizarrerie des effets sonores (l’anneau de Ming, notamment) y gagnent certes en ampleur mais le plaisir reste le même. À vous de voir si votre sensibilité s’oriente vers un charme à l’ancienne ou une spatialisation moderne mais parfaitement équilibrée.
Interactivité
Dommage que la France n’ait pas retenu le luxe de l’édition sortie un peu plus tôt en Grande-Bretagne avec ses goodies par milliers, son packaging coloré, le cd de la musique de Queen et un blu-ray de bonus supplémentaire, préférant un steelbook assez banal. Le menu, toutefois, reste conséquent. Deux commentaires audios ouvrent le bal. Soutenu et riche de quantités d’anecdotes, le commentaire de Mike Hodges l’emporte haut la main sur celui de l’acteur Brian Blessed, trop épisodique et sans réel intérêt. Conçu pour cette édition, un documentaire passionnant d’une trentaine de minutes revient en détail sur le Flash Gordon avorté de Nicolas Roeg, Autre pépite, le making of promotionnel d’époque permet d’admirer la logistique d’un tournage aux décors pharaoniques. Un deuxième disque de suppléments se partage entre le nouveau et l’ancien. Les possesseurs du DVD retrouveront l’interview du réalisateur de plus d’une demi-heure mais ils pourront aussi découvrir une série de featurettes nostalgiques tournées entre 2015 et 2020 et abordant les retrouvailles de l’équipe du film lors d’une convention de fans, des témoignages de Sam J. Jones, Brian Blessed et Melody Anderson, quelques infos sur la musique grappillées auprès d’un Brian May toujours enthousiaste ainsi que des sujets sur le merchandising et la création de l’affiche originale par l’italien Renato Casaro. Dernière curiosité, un double épisode du dessin animé de 1978, coincé entre un humour et la Scooby-Doo et le strict respect des personnages de la bande-dessinée. Bien qu’annoncés par l’éditeur, les entretiens avec Alex Ross et le scénariste Lorenzo Semple Jr. sont introuvables.
Liste des bonus
Lost in Space : le Flash Gordon de Nicolas Roeg (28’) / Dans les coulisses de Flash Gordon (15’) / Interview de Mike Hodges (32’) / La série (1979) : Episode 24 – The Survival Game / Gremlin’s Finest Hour (25’) / Sam Jones, les débuts (4’) / Le merchandising de Flash Gordon (4’) / Bob Lindenmayer sur les scènes coupées et fins originales (2’) / Les 35 ans : les retrouvailles (6’) / Interview de Renato Casaro (5’) / Les anecdotes de Brian Blessed (10’) / Les rêves de Melody Anderson (4’) / La musique du film (7’) / Bande-annonce originale / Galerie photos / Storyboards / Commentaire audio de Mike Hodges / Commentaire audio de Brian Blessed.






