EL LUTE : MARCHE OU CRÈVE + EL LUTE 2 : DEMAIN, JE SERAI LIBRE

El Lute (camina o revienta) + El Lute II: mañana seré libre – Espagne – 1987, 1988
Support : Bluray & DVD
Genre : Action, Thriller
Réalisateur : Vicente Aranda
Acteurs : Imanol Arias, Victoria Abril, Antonio Valero, Carlos Tristancho, Diana Penalver, Margarita Calahorra…
Musique : José Nieto
Image : 1.85 16/9
Son : Espagnol LPCM 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 122 et 125 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 16 juin 2026
LE PITCH
Dans les années 60, au sein de sa famille nomade et des mercheros, le jeune Eleuterio apprend la délinquance. Du vol de poulets jusqu’à l’attaque d’une bijouterie, il va finir en prison pour vite s’y évader et devenir la cible de la Guardia Civil. Après une cavale longue et pénible, Eleuterio est rattrapé par la Guardia Civil. Condamné à mort, sa peine est commuée en détention à perpétuité. Il va alors entreprendre la rédaction de ses mémoires.
L’ennemi public espagnol n°1
L’Espagne a eu son Mesrine et il s’appelait Eleuterio Sanchez Rodriguez dit El Lute. Un petit magouilleur, un voleur, un braqueur de banques et un spécialiste de l’évasion qui fit beaucoup d’ombres au règne de l’ordre voulu par le dictateur Franco. De petit truand à héros d’une nation au bout du rouleau, il n’y a qu’un pas célébré en deux longs métrages par le cinéaste Vincente Aranda (Fata Morgana, Je veux être femme, A coups de crosse…).
Un peu à la manière des deux longs métrages consacrés au fameux Mesrine que signera en 2008 Jean-François Richet, Vincente Aranda apposait lui aussi son regard sur la trajectoire d’un criminel devenu icone par le biais de deux époques, deux récits, qui se répondent l’un l’autre. Là aussi adapté des propres mémoires du véritable El Lute qui finira gracié en 1981 et reste aujourd’hui encore très populaire dans l’imaginaire anticonformiste du pays, ces métrages auraient pu cela dit se transformer en véritable éloge de cet homme en marge, reconnu coupables de nombreux larcins et attaques armées, et finalement responsable de plusieurs victimes collatérales dans sa recherche de profit pour lui, ses proches et sa communauté. Le premier opus en particulier, Marche ou crève, apporte un regard très précis et documenté sur les conditions de vie plus que limitées des ferrailleurs, populations proches des roms et des gitans, persécutés par les forces de l’ordre du régime, réduits à l’existence nomade et précaire, au vol et aux magouilles diverses. Aranda qui après sa première période tournée vers le fantastique aura surtout cultivé une approche ultra réaliste, souvent proche du documentaire pour crédibiliser ses drames ou ses polars (avec souvent un fait divers à l’origine) redonne véritablement une identité à ces « gens-là », souvent caricaturés, ou réduits à quelques imageries folkloriques. El Lute, jeune père de famille et profondément épris de sa Chelo (Victoria Abril très loin de ses comédies franchouilles) n’a donc pas ça dans le sang, mais finit effectivement par accepter ce destin dans l’espoir de s’en sortir. Pourchassé par les services d’ordres, arrêté de manière arbitraire puis légitime mais passé à tabac et torturé avec un sadisme parfaitement fasciste, il devient malgré lui un résistant qui dépasse les sévices vécus par son corps pour toujours retrouver la force de clamer son droit à la liberté.
D’un homme à l’autre
Un drame frappant et douloureux, filmé avec beaucoup de sobriété (trop peut-être) mais aussi une humanité profonde qui s’achève par la célèbre photo de son arrestation, blessé, épuisé, encadré par deux gardes civils. Une image qui fera le tour du pays et le transformera définitivement en symbole d’une certaine résistance. Tourné dans la foulée suite au succès du premier film, Demain je serais libre délaisse finalement le mouvement de la fuite éperdue pour la stagnation de l’homme caché. Quatre ans après les évènements décrits et un séjour en prison qui lui aura permis d’apprendre à lire et à réfléchir sur sa condition, El Lute s’évade à nouveau, décide de se planquer avec toute sa famille (affichant désormais une barbe et des cheveux blonds) et se comporte comme un véritable chef de gang, voir mafieux. La fougue de la jeunesse est passée, c’est désormais le temps des certitudes et de l’autorité, quitte à menacer ses proches lorsqu’ils sortent du rang ou à manquer de trahir ses racines gitanes en gâchant son nouveau mariage avec une petite jeune en l’emportant avant la fin de la fête. Si le quotidien du personnage est nettement plus confortable (et ce malgré un long séjour dans les égouts), la flamboyance d’autrefois n’est déjà plus et même lui est plus d’une fois étonné de voir le contraste existant entre son image véhiculée dans l’esprit populaire et sa propre réalité. Après l’avoir façonné, Aranda égratigne le tableau et brosse un portrait nettement plus ambigu du grand El Lute transformé en héros non pas par ses propres agissements mais par l’importance que lui donne l’état franciste et les tentatives d’instrumentalisation de sa criminalité.
Un diptyque qui permet de redécouvrir la trajectoire très particulière de ce fameux El Lute, précurseur des fameux truands quinquis qui feront la une des médias deux décennies plus tard, et qui surtout tel certains Bonnies & Clyde durant la grande dépression, fascinait les foules par sa capacité à constamment contester une autorité qui s’érigeait comme seule vérité. Les deux films d’Arenda s’efforcent de garder un certain équilibre entre le feuilleton criminel plus ou moins glorieux, et un angle nettement plus proche des faits.
Image
Inédits en France, les deux opus de El Lute nous parviennent dans des copies HD de plutôt bonnes qualités. Les masters semblent issus de sources vidéo plus anciennes, sans nouveau scan des négatifs, mais ils réussissent à plusieurs occasions à offrir des plans hyper détaillés, creusés et impeccablement définis. Le rendu peut être cependant assez inégal avec des passages où les outils réducteurs de bruits et autres lissages gomment un peu trop les textures, faisant disparaitre le grain et amoindrissant le piqué. L’ensemble est cependant plutôt harmonieux avec des teintes sobres mais bien contrastées et des noirs assez solides.
Son
Les pistes originales mono sont présentées dans des mixages LPCM 2.0 frontaux et fermes. Les dialogues sont clairs et centrés, et seules quelques séquences font appellent à des éléments d’ambiances, sans bousculer l’équilibre général. Sobre mais sans soucis sonores gênants.
Interactivité
Comme pour La Créature et Le Prêtre d’Eloy dela Iglesia c’est le critique des Cahier du cinéma Marcos Uzal qui vient présenter les deux métrages séparément. Dans un premier temps il revient sur la carrière Vicente Aranda, sur la trajectoire du véritable Eleuterio mais aussi son importance dans l’imagerie populaire. Il aborde ainsi les deux métrages, soulignant leur quête de véracité dans leur représentation des diverses communautés roms, et leur léger changement de ton et d’approche du personnage central entre les « deux époques ».
Liste des bonus
« Ils préfèrent les morts aux vivants » : Présentation par Marcos Uzal (2026, 31’), Diaporama d’affiches et photos (1’), « Demain il sera libre » : Présentation par Marcos Uzal (22’), Diaporama d’affiches et photos (1’).






