TORA-SAN 1969-1970

男はつらいよ + 続男はつらいよ + 男はつらいよ フーテンの寅 + 新・男はつらいよ + 男はつらいよ 望郷篇 – Japon – 1969, 1970
Support : Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Yoji Yamada, Azuma Morisaki, Shunichi Kobayashi
Acteurs : Kiyoshi Atsumi, Chieko Baisho, Sachiko Mitsumoto, Chishu Ryu, Takashi Shimura, Chocho Miyako, Orie Sato, Tsutomu Yamazaki, Michiyo Aratama…
Musique : Naozumi Yamamoto
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 91, 93, 89, 92 et 88 minutes
Éditeur : Roboto Films
Date de sortie : 16 juin 2026
LE PITCH
Après vingt ans d’absence, le colporteur Torajirō Kuruma revient auprès de sa famille à Shibamata. Lors d’une rencontre en vue du mariage arrangé de sa demi-sœur Sakura, son comportement grossier et son ivresse font échouer les négociations. À la suite d’une dispute avec son oncle, il quitte de nouveau Tokyo. Un mois plus tard, sa famille apprend par une lettre de Fuyuko, rencontrée à Nara, que Tora-san est devenu guide touristique…
Le visage du Japon
Roboto Films nous invite à découvrir la saga Tora San. Plus qu’une saga, un continent longtemps oublié par l’occident, pourtant composé 50 longs métrages (deux fois plus que les Zatoichi !) immédiatement devenus une institution au Japon. Un véritable rendez-vous familial qui perdure aujourd’hui encore et qui après un important cycle « Un an avec Tora-san » à la Maison de la Culture du Japon en 2022 nous parvient enfin dans un coffret Bluray regroupant les cinq premiers épisodes historiques de cette balade intemporelle.
Même si les évènements se sont multipliés depuis quelques temps et qu’une reconnaissance globale du monument qu’est la série des Tora-san a été collégialement entamée, il est difficile d’appréhender totalement l’importance que peuvent avoir encore ces films aujourd’hui au Japon. De véritables rendez-vous, multi-diffusés à la télévision et en salles, que les générations se transmettent avec tendresse et adulent comme un doudou cinématographique. Tendresse, le maitre mot d’ailleurs de ces charmantes aventures d’un marchand ambulant, camelot le chapeau presque toujours vissés sur la tête, débrouillard à la gouaille imparable mais qui peine constamment à trouver sa place dans ce Japon en pleine mutation. L’ère moderne est arrivée à grande pas, la transformation vers le pays ultra industrialisé tel que nous le connaissons aujourd’hui est amorcée, mais un personnage comme Torajiro fait presque office d’anomalie, de figure de résistance. Mettant toujours les pieds dans le plat, maladroit, émotionnellement fragile mais toujours prompte à énoncer quelques phrases toute faites sur les valeurs du bon vieux temps (avec les idées vieillottes qui vont avec), il n’est pas présenté, comme ce serait le cas dans une comédie franchouille bien de chez nous, comme un détenteur d’une vérité perdu, mais bien comme un brave type constamment paumé.
Le gars du pays
Déjà adoré par des milliers de téléspectateurs grâce à une série à succès diffusée sur la chaine Fuji, le petit bonhomme provincial intensément sympathique, irrémédiablement touchant par ses défauts, dépasse son décès final pour renaitre dans un premier long métrage en 1969, C’est dur d’être un homme, toujours incarné par le même Kiyoshi Atsumi, mais qui gomme dès lors plus que jamais la frontière entre sa personnalité, son passif, et l’essence de son personnage. Cette bouille presque de figurine souriante (on pense parfois à Takeshi Kitano période manzai) et cet entrain constant pour la vie et la traversée du Japon sont bel et bien ceux de l’acteur, que le réalisateur Yoji Yamada invite même à certaines improvisations pour faire exister le personnage tout en déstabilisant ses partenaires de jeu. L’univers de Tora-san ne tient en effet pas qu’à cette mécanique d’éléphant dans un magasin de porcelaine (chaque film est accompagné de ses impairs et de ses coups de théâtres) mais aussi de cette recréation d’un esprit familial (l’oncle et la tête, la petite sœur qui va rapidement devenir mère…) et de la petite vie de quartier déjà bien malmenée à l’époque. Si le cinéaste, qui signera 48 des longs métrages sur les 50, est manifestement animé par une certaine nostalgie du Japon d’antan, du moins de sa vie citadine et campagnarde communautaire et traditionnelle (dans le bon sens du terme), ses tableaux au scope élégant ne sentent jamais la naphtaline, jouant plus volontiers sur une idée de transmission et de célébration du fameux « vivre ensemble ».
Comme un membre de la famille
Malgré les petits drames, souvent amoureux, les incompréhensions et surtout le chaos régulier dans lequel Tora-san embarque tout ce petit monde, ces comédies font naitre un univers solaire, positif, qui témoigne plutôt que ne critique les changements du monde nippon. Et là aussi, les évolutions se font très graduellement, les différents « C’est dur d’être un homme » reposant comme le veux la méthode nippone sur un canevas répétitif voyant notre chère Tora-san revenir après quelques aventures loin de Tokyo, provoquant un nouveau esclandre local en voulant imprimer sa marque et aider ceux qu’il aime (le mariage arrangé de sa sœur, un voyage à Hawaï pour ceux qui l’on élevé…), repartir se cacher dans une nouvelle région du Japon (en mode visite touristique) et s’emballer pour une énième relation sentimentale qui ne peut que tourner à la catastrophe. Un vrai cœur d’artichaut et un bon copain un peu sanguin que l’on va découvrir tentant de retrouver la trace de sa mère geisha dans le second film, devenir très temporairement millionnaire et même s’essayer à une vie de travailleur ordinaire dans le cinquième C’est dur d’être un homme : La Nostalgie, que le cinéaste initial, reprenant la main après les réalisations de Azuma Morisaki (trop porté sur la blague) et Shunichi Kobayashi (beaucoup plus dans le ton), imaginait au départ comme le dernier.
Un point final très temporaire bien entendu mais où la formule trouve définitivement son rythme de croisière, le mélange parfait entre humour et mélodrame sociétal. Sauvé de la banqueroute par ces succès publics considérables, la Shochiku n’avait aucunement l’intention de dire adieu à cette nouvelle icône du cinéma populaire japonais. Cette dernière ne tirera finalement sa révérence qu’avec le décès de son acteurs principal en 1996, qui sera tout de même suivi de deux films hommages Retour à Okinawa en 1997 et Tora-san pour toujours en 2019 ! Est-ce que l’éditeur Roboto Films arrivera jusque là ? C’est tout ce qu’on lui souhaite.
Image
Quelle belle surprise que ces superbes copies HD ! Un admirable travail de restauration a été à l’œuvre, permettant de nettoyer intégralement les cadres, de stabiliser l’image, mais sans jamais dénaturer la photographie, chaude et charnelle, de l’époque. Le grain est bien présent, admirablement marié au relief des décors, studios ou extérieurs, soulignant une source pellicule délicate, organique et aux argentiques élégants. Rien ou presque à reprocher aux masters de ces cinq films, même les scènes de nuits aux bords légèrement bleutés parfois et les transitions en fondus forcément moins pointus préservent jusqu’au bout le charme filmique originel.
Son
Jamais doublés (en même temps, quelle idée !) les films sont forcément proposés uniquement dans leur version originale japonaise. Le mono a été impeccablement rafraichi, avec un mix DTS HD Master Audio 2.0 clair, net et sans aucune saturation ou faiblesse perceptible. Idéal.
Interactivité
Après Zatoichi, Gamera ou Le Vaurien, Roboto Films propose un nouveau coffret à l’une des grands classiques du cinéma populaire nippon : Tora-san. Une édition avec fourreau à nouveau accompagné d’un important livret, ici rédigé par Claude Leblanc spécialiste du personnage, qui retrace la naissance et la première grande période cinématographique de ce dernier : des origines télévisuelles au succès surprise de sa première incarnation cinéma en passant par les quatre premières suites et surtout l’engouement spectaculaire que ces aventures connurent auprès du public et des exploitants de cinéma. Le rédacteur scrute aussi justement les spécificités culturelles, les codes et la vision très particulière du Japon moderne qui ont permis à la saga de perdurer durant trois décennies.
Et à l’occasion du fameux Tora-San Summit de 2025, grande réunion de fans qui a lieu chaque année là-bas, l’éditeur nous convie dans une série de petits documentaires à en découvrir les coulisses puis à retourner dans la rue devenue célèbre pour avoir abriter la famille Kuruma, à visiter le musée Tora-san et celui consacré au réalisateur Yoji Yamada et enfin à profiter d’une interview chaleureuse de ce dernier. Le monsieur revient avec plaisir sur la naissance du personnage, sa vision populaire et simple du cinéma et ses petites déceptions face aux épisodes 3 et 4.
Liste des bonus
Livret (48 pages), Sur les traces de Torajiro au Tora-san Summit 2025, Visite de Shibamata, Visite du musée Tora-san, Visite du musée Yoji Yamada, Interview exclusive de Yoji Yamada par Claude Leblanc, Bandes-annonces.









