LE PRÊTRE

El sacerdote – Espagne – 1978
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Eloy de la Iglesia
Acteurs : Simon Andreu, Emilio Gutierrez Caba, José Franco, Ramon Reparaz, Ramon Pons…
Musique : Carmelo A. Bernaola
Image : 1.66 16/9
Son : Espagnol LPCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 100 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 16 juin 2026
LE PITCH
Espagne, fin des années 60. Miguel, un séduisant jeune prêtre traditionnel, traverse une période de doutes. Ses désirs sexuels refont surface lorsqu’il se souvient de la contrainte par ses parents d’entrer au séminaire. Irène, une belle paroissienne, malheureuse en mariage, vient régulièrement chercher le soutien de son confesseur, faisant peu à peu fragiliser le vœu de chasteté de ce dernier.
L’homme de foi
Entre La Créature où l’effritement du couple moderne espagnol est personnifié par un chien et Le Député explorant les amoures honteux d’un homme politique « bien sous tous rapport », Eloy de la Iglesia (Cannibal Man, El Pico…) tournait son regard vers la grande église catholique, institution intouchable durant la dictature de Franco.
Le délitement de son régime et le relâchement spectaculaire de la censure, permirent à l’ancien enfant terrible du cinéma de genre local de se confronter plus directement aux questions de mœurs sociétales. Ce revirement de la société, ce glissement de terrain dans les idéologies et l’appel d’une liberté nouvelle pour nombres d’espagnols est justement au cœur du débat qui anime Le Prêtre. Faisant échos au Concile Vatican II (1962-1965) soulignant une importance remise en cause de l’église et une ouverture vers la modernité afin de retrouver de nouveaux fidèles, le film s’articule ainsi souvent autour des débats houleux au sein des prêtres de cette communauté et en particulier entre le Père Luis, qui s’efforce de gommer les vieilles doctrines réactionnaires et le personnage central du film, Padre Miguel, fervent défenseur du traditionalisme religieux et admirateur de Franco. Mais cette réflexion à laquelle il semble de prime abord réfractaire va venir directement le tirailler dans son subconscient et dans sa chair. Lui qui est resté vierge de toute pratique sexuelle se voit hanté par des visions érotiques de plus en plus envahissantes, et des pulsions de plus en plus dérangeantes. Une mannequin en bikini échappée d’une pub, de jeunes mariés qu’il imagine concevoir leur premier enfant, une femme qui vient à confesse et qu’il voit se faire sodomiser en pleine assemblée… Un mal-être profond qui va même l’amener à fantasmer sur la cuisse d’un petit garçon. Quid dès lors de cette chasteté des religieux réfutant toute l’animalité de l’homme ?
L’homme entier
L’intelligence du film est de ne jamais se présenter comme une œuvre à charge ou comme une farce se moquant de l’ébranlement de cet homme fragilisé, mais bien de s’efforcer de l’accompagner dans ses cheminements, ses mises en dangers, ses échecs et même cette passion fugace qu’il aura avec l’une de ses ouailles. Athée convaincu, idéologiquement proche des mouvances communistes et homosexuel ayant forcément subit la répression morale de la dictature et d’une culture aux catholicismes rétrograde profondément ancré, de la Iglesia observe ces hommes de foi avec l’envie de comprendre ce qui les anime. Il a manifestement plus de douceur pour la foi proprement dite que pour l’église (cadre rigide qui reproduit inlassablement la même « cène ») et conclura cependant inévitablement par une fracture presque impossible à résorber entre cette âme trop pure et ce corps trop fautif. Malgré le relatif réalisme du film et son attachement à un drame presque du quotidien, l’acte ultime de Père de Padre Miguel rappelle que Eloy de la Iglesia est et reste un cinéaste de la transgression, fortement influencé sans doute par certaines images issues du cinéma de Pasolini. La scène la plus frappante du film, apparaissant durant une série de flashback sur la jeunesse du protagoniste, montre un groupe de garçons adolescents comparant la taille de leur sexe avant que l’un d’eux ne se livre à un viol zoophile sur une pauvre oie. Venant éclairer le rapport ambivalent que peut avoir le personnage avec la « virilité » normative, elle souligne surtout les déviances et brutalités qui peuvent apparaitre dans une société où la sexualité est absolument taboue et régie par des hommes qui ne la pratiquent pas.
Une œuvre aux réflexions des plus intéressantes, dotée d’un humanisme et d’une profondeur psychologique encore presque inédite dans le cinéma d’Ellroy de la Iglesia. Si la mise en scène par elle-même reste tout de même bien trop sage au vu du propos, c’est sans doute justement pour que le message anti répressif n’ait pas de concurrence dans l’œil du spectateur.
Image
Inédit en France (en dehors de sa projection à La Cinémathèque française) et qui plus est très rare en vidéo (seule l’édition espagnole est connue), Le Prêtre nous parvient dans une copie dont la restauration semble avoir été effectuée à partir d’une source vidéo plus ancienne. Si le nettoyage a été plutôt efficace permettant d’accéder à des cadre très propres et stables, la photographie légèrement vaporeuse d’origine a manifestement compliqué le travail (tout comme le grain très marqué d’origine), et entrainé quelques manipulations pour en gommer les plus grosses aspérités. Le rendu manque alors de matière et le piqué reste toujours trop en retrait, un peu flou.
Son
Le film est tout logiquement proposé uniquement en version espagnole. Le mono d’origine est disposé avec un mix sobre mais très clair LPCM (c’est-à-dire non compressé), et si quelques rares saturations persistent, les dialogues ne manquent pas de relief et les séquences plus oniriques marquent bien leur différence.
Interactivité
Dans la continuité des autres titres de Eloy de la Iglesia distribués par Artus Films (qui reste le plus ardant défenseur du cinéaste en France), Le Prêtre est proposé dans un digipack cartonné avec fourreau à l’habillage esthétique typique de l’éditeur. Joli objet comme toujours, accompagné en bonus vidéo de l’habituelle galerie de photos et d’une nouvelle présentation du critique Marcos Uzal. Il replace le film dans la carrière du réalisateur et dans le contexte politique de l’Espagne de la fin des année 70, et se concentre sur la volonté de l’auteur d’accompagner au plus près les remises en question du personnage, sans jamais tomber dans la charge anticléricale. Il revient aussi sur les scènes les plus déstabilisantes du métrage et le traitement de l’érotisme.
Liste des bonus
« Il était une foi » : Présentation par Marcos Uzal (33’), Diaporama d’affiches et photos (1’).






