COFFRET 5 PINK FILMS

荒野のダッチワイフ, ブルーフィルムの女, おんな地獄唄 尺八弁天, 噴出祈願 15, 変態家族兄貴の嫁さん – Japon – 1967/1984
Support : Bluray
Genre : Érotique, Drame
Réalisateurs : Atsushi Yamatoya, Kan Mukai, Mamoru Watanabe, Masao Adachi, Masayuki Suo, Haruhiko Arai
Acteurs : Noriko Tatsumi, Yuichi Minato, Michio Akiyama, Yuji Aoki, Ren Osugi, Miki Yamaji, Mistugu Fujii, Ichiro Furuoka, Tamaki Katori, Jun Yoshida…
Musique : Yosuke Yamashita, Ikutaro Hayashi, Masato Minami, Masayuki Suo
Durée : 376 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 30 septembre 2020
LE PITCH
5 classiques du Pink Film, l’un des phénomènes les plus singuliers et sulfureux du cinéma mondial. Conçu pour séduire un public masculin avec son contenu érotique, le Pink Film a su attirer de nombreux jeunes réalisateurs qui ont tourné certains des films japonais les plus radicaux et avant-gardes.
Roses bonbons
Si la révolution érotique française a eu lieu en 1974 avec le soyeux et bourgeois Emmanuelle, elle avait déjà commencé dès le début des années 60 au japon. Un raz de marée de productions plus ou moins dénudées, toujours fauchées, mais d’une rare liberté, rapidement regroupées sous l’appellation charmante de Pink Films dont cinq échantillons ont été regroupés ici par Carlotta Films.
Imaginé au départ comme une roue de secours opportuniste permettant à de nouveaux producteurs et d’anciens de l’industrie cinématographique japonaise de survivre à une crise des studios et à l’avènement d’une télévision toute puissance, le Pink Film promettant nus (jamais intégraux) et scènes de sexe simulées, draguait ouvertement les spectateurs masculins et jeunes adultes de surcroît. Des budgets limités, une pellicule noir et blanc avec quelques séquences couleurs (plus sexy) pour faire illusion, des tournages à la sauvette de quelques jours à peines, mais des financiers peu regardant sur le reste de la marchandise. Voire galvanisant parfois la création de ces cinéastes comme ce fut le cas au sein de la Kokuei en grande partie grâce à l’influence de Keiko Satô, rare productrice dans un monde essentiellement masculin. Pas étonnant que sur les cinq métrages regroupés dans le coffret de Carlotta quatre soient issud de ce même studio indépendant. Un cadre posé mais loin d’être verrouillé qui justement permettait à de jeunes créateurs, presque débutants, de faire leurs premières armes sans passer par les échelons habituels de l’industrie, et surtout d’explorer des thématiques, univers et esthétiques en prises directement avec leur époque.
Le désir cérébral
Les deux premiers films du coffret risquent donc de surprendre violement ceux qui passaient par là juste pour se rincer l’œil, puis qu’entre le trip cauchemardesque et surréaliste de Atsushi Yamatoya, Une Poupée gonflable dans le désert (1967), et le manifeste philosophico-politique de l’activiste communiste Masao Adachi, Prière d’extase (1971), le pervers ne sait plus à quels seins se vouer. Deux œuvres expérimentales dans leur découpage, poétique, et leur mise en scène dépouillée, théâtrale, mais habilement construite, qui déjà étirent, triturent et malmènent le cadre de la simple production érotique. Entre les films de gangsters de Suzuki (Yamatoya a participé à l’écriture de La Marque du tueur) et la quête mystique d’un El Topo, Une Poupée gonflable dans le désert est d’ailleurs une œuvre culte au Japon. Et Prière d’extase l’est presque autant avec ses errances adolescentes en forme de douche froide où la notion de plaisir est totalement absente de l’écran tandis que des lettres de gamines suicidées s’enchainent entre deux déclamations sur une société japonaise s’abandonnant dans le libéralisme et une modernité matérialiste. Et que dire du surprenant Une Famille dévoyée, produit sur la pente descendante du genre en 1984 par le débutant Masayuki Suô, futur réalisateur à succès de Shall We Dance ?.Sans doute le plus explicite de tous dans ses scènes d’amour, capturant les crispations d’orgasme avec passion, mais dont la nature première est de s’amuser à faire contraster la chair avec le cinéma épuré du maitre Yasujirô Ozu. Situations, physiques retenus des personnages, constructions des plans, ambivalence doucereuse de la famille nippone, musique délicate et dialogues le regard posé sur l’horizon… l’essai mélange parodie et citations cinéphiliques avec une science méticuleuse et amoureuse.
Simple appareil.
Sans doute beaucoup plus conforme à l’idée que l’on se fait d’un Pink Film, Deux femmes dans l’enfer du vice (1969) est signé par l’un de ses plus fervents défenseurs et fournisseurs Kan Mukai, et s’attache à la trajectoire d’une jeune femme, victime collatérale de la faillite de son père, dont l’innocence va s’abîmer dans la prostitution avant qu’elle en fasse une arme de vengeance. Si clairement le film ne va une nouvelle fois pas dans le sens du capital, il s’inscrit plus généreusement dans le pur cinéma d’exploitation entre séquences méchamment dérangeantes (le fils dégénéré enfermé dans la cave et qui finira par violer le père…), go-go dancing sur musique psychédélique et séquences de sexe qui s’étirent à loisir. Joliment emballé, le film annonce les futurs Roman Porno de la Nikkatsu, tout comme l’ultime proposition de cette mini-collection : Chanson pour l’enfer d’une femme (1970). Une variation crépusculaire autour de La Pivoine Rouge, féminisation à succès du jidai-geki par la Toei, que Mamoru Watanabe illustre par une balade destructrice entre deux sabreurs, ennemis et amants, dans un Japon qui s’extirpe lentement de l’ère féodale. Combats aux sabres sanglants, reconstitution historique soignée, multiplicité des personnages secondaires qui s’entrecroisent, Chanson pour l’enfer d’une femme frappe par ses ambitions filmiques, apportant une photographie noir et blanc sombre et métallique et quelques saillies aux couleurs explosives, et entraînant ses protagonistes vers une mythologie bouddhiste véhiculée par un joli fétichisme du tatouage. On n’est jamais très loin ici des pops et baroques Lady Snowblood et Baby Cart.
Impossible de faire le tour complet du Pink Films (on dépasse le millier de productions, souvent invisibles aujourd’hui) mais ce petit box de cinq films réussit à en capturer la richesse des formes et des thèmes, multipliant les approches, auteurisante et/ou divertissante, les emprunts aux genre divers mais toujours avec un particularisme excitant… Et on ne dit pas ça que pour les scènes olé-olé.
Image
Les cinq films regroupés dans ce coffret ont tous été traités avec le même soin et le même sérieux, et ce malgré des difficultés techniques dû à la rareté même des copies. Souvent mal préservés, certains Pink Films sont même aujourd’hui totalement ou partiellement perdus. Les remasterisation présentes ont donc été effectuées à partie de copie 35mm, les dernières existantes nous précise-t-on, et un nouveau scan 4K à la précision impressionnante. Le piqué est à chaque fois bien marqué, les contrastes fermes et délicats, les séquences en couleurs chaudes et joliment dessinées, tandis que les noirs ne fluctuent qu’aux vibrations de la photographie originale. Particularité cependant, l’équipe de restauration japonaise n’a pas voulu retoucher les cadres afin de préserver « l’expérience originale » laissant apparaître griffures, taches et tremblements. Une Poupée gonflable dans le désert est ainsi très marquée là où Une Famille dévoyée est quasiment virginale.
Son
Sans être vraiment discuté, les choix de restaurations sont relativement les même avec des pistes DTS HD Master Audio mono qui clarifie nettement les sources, mais n’esquivent pas les petits chuintements, légères perditions qui accompagnent l’âge des films.
Interactivité
Présenté dans un coffret cartonné (solide) le digipack propose trois disques sur lesquels sont répartis équitablement les cinq films. Pas de grand documentaire, seules des introductions ont été enregistrées pour chaque film. Dimitri Ianni, Stéphane du Mesnildot et Pascal-Alex Vincent se passent ainsi le relais pour explorer les grandes phases du genre, les cinéastes impliqués et les quelques icônes habillées ou non avec une certaine efficacité.
A noter que le coffret contient aussi un livret de 24 pages ajoutant quelques informations supplémentaires. On ne saurait cependant trop conseiller aux curieux le mini-guide d’une cinquantaine de pages signé Dimitri Ianni offert sur le site de Carlotta. Si on repasse forcément par des analyses plus creusées des 5 films en question, l’ouvrage propose aussi une vraie réflexion sur le genre et ses évolutions.
Liste des bonus
Livret 24 pages, 5 préfaces signées Dimitri Ianni, Stéphane du Mesnildot et Pascal-Alex Vincent.










