BLOODY BIRD

Deliria – Italie – 1987
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Michele Soavi
Acteurs : David Brandon, Richard Barkeley, Barbara Cupisti, Domenico Fiore, Robert Gligorov, Sheila Goldberg…
Musique : Simon Boswell
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais, Français et Italien DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 86 minutes
Éditeur : ESC Films
Date de sortie : 7 janvier 2025
LE PITCH
Dans un vieux théâtre, une troupe de jeunes comédiens répète une pièce musicale tirée d’un fait divers : une série de meurtres perpétrés par un maniaque, Irwing Wallace. Quand celui-ci s’échappe de l’hôpital, se rend au théâtre et tue tous les acteurs sauf Alice qui réussit à s’échapper en allumant un incendie. Wallace semble avoir péri dans l’incendie. Alice retourne au théâtre.
Stage Fright
Première réalisation de Michele Soavi (Dellamorte Dellamore, Arrivederci Ciao…) Bloody Bird opère une sorte de greffe entre le slasher américain alors encore à la mode et le plus moribond, mais italien, giallo. Un thriller au bodycount généreux mais aussi à l’ambiance baroque à souhait.
Ancien assistant enthousiaste de Dario Argento (Ténèbres et Phenomena), Lamberto Bava (La Maison de la terreur et Demons) ou Joe D’Amato (2020 Texas Gladiators et Le Gladiateur du futur), Michele Soavi est à l’origine un pur fanboy accumulant tous les postes possibles (il apparaitra ainsi dans de nombreux tout petit rôles ou derrières quelques maquillages) dans l’industrie du bis italien tout simplement pour en faire partie. Mais comme il le dit lui-même, il est arrivé bien trop tard et en cette second moitié des 80’s la production s’appauvrit et les grands maitres fatiguent. Peu importe, il saute sur l’occasion lorsque D’Amato lui propose de signer son premier film de fiction (il y avait déjà eu le documentaire Le Monde de l’horreur sur Argento) pour le compte de sa société Filmirage. Comme le veut un peu la tradition, le scénario est signé Luigi Montefiori (aka George Eastman) auteur et interprète de l’inoubliable Anthropophagous, les moyens financiers sont relativement limités et le programme doit naturellement proposer quelques petites scènes érotisantes (très légères en l’occurrence) et une bonne dose de sang. Soavi s’attèle cependant à la tache avec l’énergie des débuts et la fièvre de celui qui veut en montrer, contournant un script plutôt léger et un peu déséquilibré (la première partie est un peu laborieuse) dont le but était surtout de donner un cadre à une succession de meurtres sanglants. Ce cadre, le jeune réalisateur va en faire le centre névralgique du film, transformant son petit théâtre sans le sou en une véritable mise en abyme du petit monde de l’exploitation cinématographique.
« Moi je veux mourir sur scèneuh… »
Dès l’ouverture présentant un meurtre stylisé dont on découvre par un léger travelling arrière et un tueur au déhanché curieux, qu’il s’agit d’une simple mise en scène dans une comédie musicale autour d’un serial killer. Le producteur ne cesse de tanner le metteur en scène, joué par le David Brandon de Caligula La Véritable histoire, de mettre l’accent sur l’hémoglobine et le cul, tandis que le reste de l’équipe multiplie les sacrifices et rame sévèrement pour joindre les deux bouts. Ne manquait donc plus qu’un véritable tueur, échappé d’un asile psychiatrique ne s’invite à la fête, s’octroyant le masque d’oiseau de celui de la pièce de théâtre et se fasse passer pour un acteur très impliqué sur scène. Dès que ce dernier apparait véritablement dans le film, l’étau se resserre et Bloody Bird prend des airs de huis-clos où le décor du théâtre se transforme en véritable piège mortel dont le meurtrier semble prendre peu à peu le contrôle, jusqu’à une dernière bobine cauchemardesque où il devient à son tour metteur en scène… pour un tableau des plus macabres. Croquemitaine masqué, victimes pas toujours des plus éclairées et bien intentionnées, mécaniques éprouvée des exécutions, Soavi détourne le slasher binaire vers les atmosphère plus baroques de l’école italienne, rendant constamment hommage par sa mise en scène outrée et sa photographie léchée à ses maitres Dario Argento et Mario Bava.
On lui passera quelques travers hérités du récent Opéra du premier avec une utilisation quelques peu discutable des ruptures musicales et des jaillissements hard rock, tant Bloody Bird s’avère une belle revivification du giallo, genre alors malheureusement en déclin, croulant sous son héritage et ses motifs répétitifs. En véritable amoureux de ce cinéma là Michele Soavi y appose déjà sa marque, glissant vers une étrangeté et une abstraction qui seront approfondies dans les suivants Sanctuaire et surtout le superbe Dellamorte Dellamore.
Image
La restauration HD du film a beau ne pas dater d’hier, elle s’avère de très bonne qualité avec des cadres nettoyés de fond en comble et solidement stabilisés. Surtout, celui-ci retrouve enfin tout l’intensité de ses contrastes et la force de sa colorimétrie, le rapprochant plus que jamais de ses illustres modèles, tout en affirmant un piqué certes inégal, mais le plus souvent très joliment creusé et pointu. Le grain peut s’avérer légèrement fluctuant, il est cependant toujours organique et proche de ses racines cinéma, sans scories visibles dues à l’utilisation d’un filtre numérique ou autre. Nettement mieux que l’ancien DVD cela va sans dire.
Son
Bonne nouvelle, Bloody Bird retrouve ici sa piste anglaise qui correspond à la langue de tournage et celle privilégiée par Soavi. C’est d’ailleurs celle-ci qui assure les meilleures sonorités et la meilleure clarté à coté d’une version italienne qui semble toujours à coté et un doublage français méritant mais trop plat dans son mixage.
Interactivité
Intégré dans la collection Slash’Editions, Bloody Bird se dote à son tour d’un fourreau cartonné et d’un livret making of, toujours aussi complet, signé Marc Toullec. Sur le disque Bluray on découvre une nouvelle présentation plutôt intéressante du journaliste Laurent Aknin qui revient sur cette période difficile pour le ciné de genre italien, l’arrivée de Michele Soavi et les divers particularismes du film.
La bonne nouvelle est que ESC Films a eu la bonne idée de reprendre aussi le documentaire produit par Neo Publishing en 2006, croisement d’interviews du réalisateur, du scénariste Luigi Montefiori et de l’acteur Giovanni Lombardo Radice. Souvenirs de préproduction, de tournage, d’une sortie difficile, d’une époque, exprimés en italiens mais aussi en français, mais surtout sans jamais une once de langue de bois. Rafraichissant.
Liste des bonus
Un livret signé Marc Toullec (24 page« Le Slasher italien » par Laurent Aknin (20’), Bloodbath in Aquarius » : Documentaire sur le film avec Michele Soavi, Luigi Montefiori et Giovanni Lombardo Radice (55’), Bande-annonce d’époques.






