BALLERINA

Etats-Unis, Hongrie – 2025
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Action
Réalisateur : Len Wiseman
Acteurs : Ana de Armas, Keanu Reeves, Ian McShane, Lance Reddick, Norman Reedus, Anjelica Huston, Gabriel Byrne, Catalina Sandino Moreno…
Musique : Tyler Bates, Joel J. Richard
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais et Français Dolby Atmos
Sous-titres : Français
Durée : 124 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 16 octobre 2025
Black Swan
Plongée dans l’incertitude d’un cinquième volet très hypothétique, la franchise John Wick tente aujourd’hui de se développer au travers de spin-offs à l’intérêt discutable. Il y eut d’abord la mini-série Le Continental sur Amazon Prime, prequel consacré au personnage de Winston Scott, joué au cinéma par Ian McShane. Pas franchement un succès. Coincé entre le 3ème et le 4ème volet, Ballerina lui emboîte le pas, dans une tentative de féminisation confiée au revenant Len Wiseman, papa d’une autre franchise périmée, Underworld. Et contre toute attente, ce n’est pas aussi mauvais qu’on pouvait le redouter.
Disparu du grand écran depuis son ignoble version de Total Recall en 2013 (qui s’en plaindra ?), Len Wiseman s’était replié depuis sur la production et la réalisation pour la télévision, avec des séries telles que Sleepy Hollow, Lucifer, APB, The Gifted (pour la Fox et Marvel) et The Swamp Thing. De quoi se tenir bien occupé et oublier la fin en eau de boudin de la saga Underworld et de son mariage avec Kate Beckinsale. Son retour avec Ballerina, Wiseman le met sur le compte de son admiration pour Luc Besson (si si!) et son film culte Nikita, des arguments suffisants pour convaincre les producteurs de lui faire confiance. Et dans les faits, Ballerina est bel et bien une énième resucée de Nikita, insérée au chausse-pied et à la masse dans le cadre formel et narratif d’un John Wick lambda.
Co-scénariste de John Wick 3 et de sa suite, co-scénariste de Army of the Dead et de Rebel Moon pour Zack Snyder, Shay Hatten construit son intrigue autour d’une idée simple : et si derrière l’image si frêle et gracieuse d’une ballerine se cachait en réalité une tueuse d’élite ? Avec comme toile de fond le clan de la Ruska Roma, dirigée d’une main de fer par la Directrice (Anjelica Huston), Hatten s’emploie donc à enrichir la mythologie John Wick, sans prendre le risque de sortir des clous de l’univers imaginé par Derek Kolstad et Chad Stahelski (le Continental, les règles absconses de la Haute Table, les innombrables clans de tueurs professionnels, etc etc), tout en ménageant un temps de présence contractuel à l’increvable assassin interprété par Keanu Reeves. Face à de telles contraintes commerciales et créatives, Shay Hatten ne fait pas de miracles et accouche d’un script balisé, déséquilibré, ennuyeux, prétentieux (la préciosité de la franchise flirte désormais avec l’autoparodie) et reposant pour l’essentiel sur cinquante nuances de concours de circonstances.
Bon Cygne
Faiblard sur le papier (et on reste poli), Ballerina s’avère nettement plus convaincant dans l’action. Passé une première moitié poussive mais qui, au détour de quelques scènes, ne manque pas de bonnes idées, comme cette session d’entraînement où l’héroïne apprend à retourner les faiblesses liées à sa physiologie contre ses adversaires (« Bats toi comme une fille ! »), le film de Len Wiseman prend un joli rythme de croisière avec l’arrivée d’Eve à Prague, sur la trace des assassins de son paternel. Reléguant l’intrigue à un simple bruit de fond, Wiseman fonce alors pied au plancher et multiplie les morceaux de bravoure pétaradants et jouissifs, mêlant la neige et le feu, à quelques encablures d’Au Revoir à Jamais de Renny Harlin, les bons mots en moins. Très investie physiquement, crédible dans la rage, la détermination et une souffrance ininterrompue, Ana de Armas confirme tous les espoirs placés en elle. L’actrice cubano-espagnole parvient même à nous faire oublier ce bon vieux Keanu Reeves, ce qui rend le (long) caméo de ce dernier parfaitement inutile.
Bien assisté (de très près) par Chad Stahelski, Len Wiseman nous livre au moins deux scènes qui méritent vraiment le déplacement. Dans la première, Eve, interrompue en pleine préparation avec un armurier affable, élimine toute une escouade en usant de grenades et avec une inventivité surprenante. Dans la seconde, poursuivie par une armée, surveillée par John Wick, elle affronte au lance-flammes puis à la lance à incendie un homme de main peroxydé (encore un hommage à Besson ?) incroyablement tenace. On reconnaît bien là la signature désormais unique du studio 87Eleven, fondé par Stahelski et David Leitch, et qui, depuis une bonne décennie, nous abreuve de scènes d’action presque aussi folles et risquées que celles de l’âge d’or du cinéma HK. Ce qui tend par ailleurs à donner à Ballerina des allures de bande démo à gros budget, détournant le spectateur des défauts du film, de son méchant sans intérêt (Gabriel Byrne, en pilotage automatique) à son scénario prétexte, en passant par une absence d’émotions qui aurait pu être totale sans les efforts herculéens de son actrice principale.
Loin d’être indispensable pour les fans de John Wick puisqu’il n’apporte rien à un univers trop codifié et rigide pour se laisser réinventer, film de producteur davantage qu’une œuvre de cinéaste à part entière, Ballerina noie en désespoir de cause son inconséquence dans un shoot d’adrénaline spectaculaire et qui sait caresser le bourrin en chacun de nous dans le sens du poil. C’est aussi le meilleur film de Len Wiseman depuis Underworld 2. Mais y est t-il réellement pour grand-chose ?
Image
Bien qu’à ranger dans le (très) haut du panier, le blu-ray « standard » de Ballerina ne peut que capituler face à un transfert 4K HDR aux couleurs, à la profondeur de champ bénéficiant d’un traitement royal en Dolby Vision. Des traces de doigts nettement discernables sur le jouet que trimballe l’héroïne dès le plan d’ouverture aux panoramas saisissants du village enneigé et en bord de lac d’Hallstatt en Autriche en passant par les néons (John Wick oblige !) et les décors de glace sculptée de la boîte de nuit où Eve accomplit sa première mission, cette galette très haute définition repousse les limites du format d’une scène à l’autre.
Son
Version française et version originale font jeu plus ou moins égale, au diapason de transferts 7.1 en Dolby Atmos qui défouraillent sec. L’agressivité et l’intensité des scènes d’action est joliment contrebalancée par le score rythmé de Tyler Bates et Joel J. Richard où des moments plus subtils comme la petite musique du jouet/ballerine où le contraste très organique entre scènes en intérieur étouffantes et des extérieurs qui ouvrent l’espace acoustique.
Interactivité
Sans la moindre hésitation, l’édition collector limitée à 3000 exemplaires avec steelbook et tout le toutim est à privilégier. Non pas pour son esthétique (quoique) mais bien pour l’inclusion d’un documentaire maousse nommé « Il était une fois John Wick » (Wick is Pain, en VO), rétrospective très complète sur les coulisses des quatre films de la saga. Réalisé par Jeffrey Doe et proposé sur un blu-ray séparé, ce making-of d’un peu plus de deux heures oscille entre une franchise bienvenue, notamment sur les déboires de pré-production du premier film et sur la relation à double tranchant entre les réalisateurs Chad Stahelski et David Leitch lors du tournage, et le culte voué à l’engagement sans limite de sa star Keanu Reeves, acteur masochiste ayant à cœur de mettre à l’épreuve son image de « jeunesse éternelle ». Un gros morceau qui donne envie de se retaper les films dans la foulée et qui ne peut que rendre admiratif vis à vis du métier/passion de cascadeur.
Forcément, à côté de ce joli cadeau fait aux fans, l’interactivité consacrée à Ballerina fait pâle figure. Et pour cause : à la suite des featurettes bien élevées d’usage (au nombre de trois) qui occultent totalement un tournage assez chaotique avec des reshoots très importants, la presque demi-heure de scènes coupées consiste en fait en des versions rallongées de scènes existantes et n’offre que très peu de matériel inédit ou même vaguement intéressant. On pourra donc toujours se brosser pour la version longue un temps annoncée par Len Wiseman, attendue par certains en raison d’un caméo d’Anne Parillaud, Nikita en personne, coupée au montage au dernier moment pour l’exploitation cinéma.
Liste des bonus
Le Blu-ray de « Il était une fois John Wick », documentaire sur les coulisses de la saga (125’, VF/VOST), La carte du Continental de Prague, Making of, « L’Instinct de la tueuse », « L’action comme un art », « Les bas-fonds gelés, Scènes coupées et étendues (30’).







