AGENT SECRET & JEUNE ET INNOCENT

Sabotage, Young and Innocent – Royaume-Uni – 1936, 1937
Support : Bluray
Genre : Espionnage, Thriller
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Acteurs : Sylvia Sydney, Oscar Homolka, Desmond Tester, Nova Pilbeam, Derrick De Marney, Percy Marmont…
Musique : Hubert Bath, Jack Beaver, Louis Levy
Durée : 76 et 80 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : ESC Films
Date de sortie : 05 août 2020
LE PITCH
Agent secret : Carl Verloc, un homme en apparence tranquille, propriétaire d’un cinéma londonien, vit avec sa femme Sylvia et le frère de celle-ci, un enfant nommé Steve. Carl, qui cache des activités terroristes, provoque une panne d’électricité dans la ville, mais celle-ci ne provoque pas la panique escomptée…
Jeune et innocent : Un couple se dispute durant une nuit d’orage. Le lendemain, le corps de la femme est retrouvé sur la plage par Robert Tisdall, un proche. Celui-ci est fait coupable car la ceinture qui a servi à étrangler la victime semble provenir de son imperméable, qu’il affirme pourtant s’être fait voler Robert parvient à s’enfuir du tribunal et, aidé par Erica, la fille du commissaire chargé de l’enquête, il se réfugie dans un moulin…
Double indice
Bien moins connue que sa luxueuse et fructueuse période américaine, la première moitié de carrière d’Alfred Hitchcock, en terrain britannique, n’est pourtant pas exempte de petits trésors. Loin de là. Si on peut admettre quelques resserves sur le sombre Agent Secret, Jeune et innocent est un incontournable pour qui aime le maître, et le cinéma.
S’il est évident que le cinéma de Hitchcock va connaître une maturation nouvelle et une exploration de plus en plus virtuose de la mise en scène à partie de Rebecca, il est tout aussi évident de déclarer que tout, ou prou, était déjà en germe sur la bonne vingtaine de productions qui l’a précédé. En particulier dans la dernière ligne droite où, installé comme l’un des grands patrons du cinéma anglais Hitch expérimente, alterne non pas les genres (on est presque toujours dans l’espionnage / thriller) mais les tonalités et les équilibres entre les composantes qui font son succès : le mystère, le suspens, l’humour, la tension spectaculaire… Quitte parfois à rompre un temps avec les spectateurs.
Salle obscure
Ce qui fut le cas avec Sabotage, re-titré chez nous Agent Secret, réponse directe au précédent et presque rigolard Quatre de l’espionnage. Ici plus aucune trace, ou tout comme, de comédie mais surtout un grand mélodrame humain autour d’un couple propriétaire d’un cinéma populaire dont l’époux s’avère être un terroriste anarchiste convaincu. Ambiances lourdes, regards profonds et surtout une galerie de personnages jamais vraiment aimables et ce malgré les yeux de biches de Sylvia Sidney. Rarement Hitchcock a autant laissé affleurer sa misanthropie, allant jusqu’à tuer dans le fameux attentat le seul reflet d’authentique innocence du film, le petit frère de l’héroïne, transportant malgré lui la fameuse bombe. L’occasion de livrer la meilleure séquence du film, promenade presque débonnaire dans le Londre de l’époque où les petites parenthèses et les interruptions s’accumulent faisant presque oublier parfois l’inéluctable. Une mécanique dont s’inspirera sans aucun doute Orson Welles pour son ouverture renversante de La Soif du mal, et par ricochet le Brian de Palma des Incorruptibles. Un film dont personne ne sort vraiment indemne, où même le flic fringuant semble plus occupé à séduire la demoiselle qu’à résoudre leur enquête, et qui du même coup, malgré une mise en scène toujours impeccable cela va de soi, ne donne que peu d’occasions au spectateur de rentrer dans le jeu.
Elle et lui
C’est ce dernier que le cinéaste s’efforce de draguer dans le suivant Jeune et innocent, exercice de style bien plus frais et léger, et qui se conforme presque point par point à ce qu’attend un cinéphile d’une œuvre d’Alfred Hitchock. Et il n’est pas uniquement question de certaines figures visuelles annonçant tour à tour Les Oiseaux (un court, mais magnifique, plan de mouettes sur la plage) ou Les Enchaînés (un long et vertigineux travelling sur une grue qui délivre la clef de l’affaire), mais bien d’une ambiance où malgré la gravité de l’affaire – le meurtre d’une actrice – et l’injustice qui poursuit le pauvre Robert à travers le pays, tout le monde semble s’amuser comme des petits fous. Les poursuites campagnardes ne sont jamais loin du slasptick muet, une visite impromptue dans une maison familiale tourne au colin-maillard et la fuite du jeune homme du tribunal n’est qu’une vaste farce absurde. Une approche plus divertissante, voir commerciale sans doute, mais impérialement maîtrisée et rythmée, largement mené par Nova Pilbeam, autrefois petite fille kidnappée dans L’Homme qui en savait trop, et qui condense à elle seule le mélange de force et de fragilité de la jeune femme hitchcockienne, toujours plus lucide et terrienne que ces messieurs qui ne pensent qu’à s’amuser. Un film frère de L’ombre d’un doute, réjouissant et sans hésitation.
Image
Ce qui est intéressant avec cette double sortie, c’est que les deux titres permettent d’évaluer la manière de traiter les films anciens, abimés et longtemps mal traités dans des copies à bout de souffle. Bien entendu aucun n’a pu être restauré avec le luxe des classiques Universal et ITV a donc opté pour deux options presque opposées. Agent Secret se montre en l’occurrence assez propre dans ses cadres, mais souffre clairement d’une utilisation marquée d’outils numérique qui ont amoindris le piqué et les contrastes sur de nombreuses scènes. Plus brut, Jeune et innocent semble être issu d’un nouveau scan mais est régulièrement envahi de griffures, petites taches et instabilités. L’utilisation de filtre est restée limitée ici et permet d’apprécier un piqué rigoureux et de superbes argentiques.
Son
Pas toujours parfaitement stables mais largement audibles les pistes monos anglaises sont forcément marquées par leur âge. Cela reste tout à fait convenable et appréciable cependant. A noter que les doublages français ont été enregistré longtemps après la sortie initiale du film et dénote donc dans leur jeu et certaines intentions avec leurs modèles.
Interactivité
Seuls suppléments proposés sur chacun des deux Blurays, les présentations de Christophe Champclaux (la collection Ciné Vintage chez Courrier du Livre) restent assez succinctes mais plutôt efficaces en replaçant les deux métrages dans cette fin de période anglaise, tout en évoquant leurs différences de ton et leurs meilleurs moments.
Liste des bonus
Présentation des films par Christophe Champclaux (10’et 12’).







