ABANDONNÉE

The Abandoned – Espagne, Royaume-Uni, Bulgarie – 2006
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Nacho Cerda
Acteurs : Anastasia Hille, Karel Roden, Valentin Ganev, Paraskeva Djukelova, Carlos Reig-Plaza…
Musique : Alfons Conde
Durée : 95 minutes
Image : 2.35 16/9ème
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Éditions
Date de sortie : 26 mai 2021
LE PITCH
Quarante ans après son adoption, Marie, une rĂ©alisatrice amĂ©ricaine, revient en Russie, sa terre natale. Reçue par un notaire, elle apprend avoir hĂ©ritĂ© de la maison de ses parents biologiques, une demeure perdue en campagne et entourĂ©e d’une rivière en crue…
La mort en héritage
MalgrĂ© ses dĂ©fauts, AbandonnĂ©e est et restera une Å“uvre Ă part. Unique long-mĂ©trage de l’espagnol Nacho Cerda, il est un aboutissement mais aussi une mine de promesses dont on se demande si elles seront un jour tenues.
Un petit tour et puis s’en va. Depuis 2009 et le court-mĂ©trage Patucos (qui l’a seulement vu ?), Nacho Cerda semble avoir totalement disparu de la circulation. Une absence que l’on ne s’explique toujours pas. Une rumeur voulait qu’il repasse Ă la mise en scène en 2011 pour une adaptation de la bande-dessinĂ©e de John Cassaday, Je suis LĂ©gion. Mais ce n’Ă©tait qu’une rumeur.
PropulsĂ© sur le devant de la scène par une trilogie de courts et de moyens mĂ©trages rĂ©alisĂ©s entre 1990 et 1998, Cerda aurait pu Ăªtre le nouveau prodige du cinĂ©ma fantastique espagnol. CentrĂ©s sur la mort, le rĂªve et l’art, baignant dans une poĂ©sie morbide dont on ne sort pas indemne, Awakening, The Aftermath et Genesis forment un tout et une carte de visite sĂ©duisante mais empoisonnĂ©e. Abrasif, clinique, macabre et très personnel, le style de Nacho Cerda est loin d’Ăªtre aussi accessible que celui d’un Alejandro Amenabar, d’un Jaume Balaguero, d’un Paco Plaza ou mĂªme d’un Alex de la Iglesia. La pluie de rĂ©compenses ayant accompagnĂ© Genesis (dont une prestigieuse statuette aux Goya) incite toutefois Julio Fernandez, le boss de Filmax, Ă courtiser Cerda en vue d’un long-mĂ©trage. Un pari qui se concrĂ©tise avec AbandonnĂ©e, co-production entre l’Espagne, le Royaume-Uni et la Bulgarie. Le cinĂ©aste s’y rĂ©approprie un scĂ©nario du canadien Karim Hussain avant de le retravailler en compagnie du sud-africain Richard Stanley. Un mĂ©lange d’influences et de cultures qui aboutit Ă un script parfois dĂ©nuĂ© de cohĂ©rence ou d’une identitĂ© propre et tirant mĂ©chamment Ă la ligne. Sur le papier, AbandonnĂ©e ressemble Ă un court-mĂ©trage bricolĂ© maladroitement pour ressembler Ă un long mal dĂ©grossi. Le vĂ©ritable talon d’Achille d’un film qui ne fait pas de vagues au box-office international. AbandonnĂ©e n’impressionne personne, ne fait fuir personne, ne s’attire les foudres de personne. Une indiffĂ©rence polie mais très injuste, eu Ă©gard aux trĂ©sors de mise en scène que Nacho Cerda dĂ©ploie.
Les frontières du Styx
L’intrigue n’est rien, l’atmosphère est tout. S’il est bien difficile de se passionner pour cette histoire un rien bordĂ©lique de retour aux sources, de jumeaux maudits, de doubles spectraux, de maison hantĂ©e et de tragĂ©die familiale en boucle (oui, tout ça en mĂªme temps !), le rĂ©alisateur transcende cette apparente confusion pour mieux donner corps Ă un univers putride et nihiliste.
Amoureux du cinĂ©ma de Lucio Fulci, Nacho Cerda prĂ´ne le renoncement, la sĂ©paration et l’ignorance et illustre la violence d’un destin sans issue, filmant Anastasia Hille et Karel Roden comme le rĂ©alisateur de Frayeurs et de L’Au-DelĂ filmait jadis le duo Catriona McColl/David Warbeck, piĂ©gĂ©s en Enfer. Mais ici, point de citation stĂ©rile de cinĂ©phile abdiquant face Ă ses rĂ©fĂ©rences. Fulci donnait Ă voir une brume pesante, une plaie fumante. Cerda prĂ©fère la moisissure, la vĂ©gĂ©tation, la nuit et l’orage. Ă€ chacun ses limbes, son labyrinthe.
Il y a aussi et d’ailleurs du William Friedkin dans AbandonnĂ©e, autant avec la forme oĂ¹ la camĂ©ra portĂ©e est Ă©clatante de maĂ®trise qu’avec le fond et cette Ă©tude sur la transmissibilitĂ© du Mal et sa circularitĂ©. Impossible de ne pas penser Ă L’Exorciste et Ă La Nurse dans cette representation très immersive, presque palpable et en fin de compte très physique des Ă©lĂ©ments surnaturels qui contaminent l’environnement dans lequel les personnages Ă©voluent, pris en Ă©tau entre le prĂ©sent et le passĂ©, entre la vie et la mort, entre la civilisation et la nature. Quant au plan d’un vieux camion trĂ©buchant d’un pont dĂ©labrĂ© pour se perdre dans les eaux du Styx, il s’agit lĂ d’un emprunt direct et tout sauf gratuit au Sorcerer de Hurricane Billy.
L’extrĂªme sophistication des cadres, de la lumière et des ruptures de ton confèrent Ă AbandonnĂ©e une indiscutable Ă©trangetĂ© et invite Ă de multiples visionnages, non pas pour trouver du sens Ă des retournements de situation purement gratuits mais pour se perdre, chaque fois davantage, dans les mĂ©andres d’un film qui semble avoir Ă©tĂ© littĂ©ralement arrachĂ© au purgatoire. Ses trois court-mĂ©trages nous plaçait Ă la frontière d’un ailleurs froid, hostile et mĂ©lancolique. AbandonnĂ©e la traverse, Ă l’aveugle, sans volontĂ© de retour. L’Ă©pilogue sonne comme un adieu. Pourvu que ça ne soit pas prĂ©monitoire.
Image
Ayant acquis une partie du catalogue de Filmax, autrefois distribuĂ© par Wild Side et Studio Canal, ESC recycle en bonne intelligence des masters connus et dĂ©jĂ impeccables il y a treize ans. EstampillĂ©e THX lors de sa sortie en DVD en 2008, la copie d’AbandonnĂ©e perd sans doute le prestigieux label mais conserve sa colorimĂ©trie oscillante entre les verts, les bleus et un blanc Ă©clatant et ses contrastes très travaillĂ©s. Le passage Ă la haute dĂ©finition s’effectue sans heurts ni trahisons des intentions originelles de Nacho Cerda et de son directeur de la photographie Xavi Gimènez, offrant un supplĂ©ment de dĂ©tails lors des scènes en intĂ©rieur et une profondeur de champ saisissante.
Son
Les mixages d’Ă©poque faisaient dĂ©jĂ des ravages avec une violence acoustique culminant lors d’un reset apocalyptique oĂ¹ le dĂ©cor principal se reconstitue. Rien n’a changĂ© si ce n’est que le format DTS claque encore plus fort pour la plus grande joie des audiophiles insensibles Ă la douleur (et aux plaintes de leurs voisins).
Interactivité
Les scènes coupĂ©es et le comparatif en multi-angles n’ont pas survĂ©cu au changement d’Ă©diteur et restent exclusifs Ă l’Ă©dition collector Wild Side. Les autres bonus, riches en images de tournages et entretiens passionnants et bien construits ont heureusement fait le voyage. Making-of dense, analyse et rĂ©flexions du rĂ©alisateur et la rencontre (trop brève) entre Nacho Cerda et le cinĂ©aste amĂ©ricain Douglas Buck, lui aussi portĂ© disparu des Ă©crans après l’Ă©chec de son Sisters en 2006, trouvent naturellement leur place au sein de cette réédition. Et comme dirait l’autre, ce n’Ă©tait pas la peine d’en rajouter.
Liste des bonus
« Dans l’antre d’AbandonnĂ©e » : making of (30’), « Nacho Cerda et l’approche de la mort » (28’), « Les petits secrets de Nacho CerdĂ â€¯Â» (14’), « Petit dialogue entre amis : quand Buck rencontre CerdĂ â€¯Â»Â : les 2 rĂ©alisateurs parlent de leurs influences cinĂ©matographiques (14’), Bande-annonce.






