6 FILMS DE CHU YUAN

天涯·明月·刀 + 五毒天罗 + 蕭十一郎 + 倚天屠龍記 + 倚天屠龍記大結局 + 日劫 – Hong-Kong – 1976 / 1983
Support : Bluray
Genre : Action, Fantastique, Arts Martiaux
Réalisateur : Chu Yuan
Acteurs : Ti Lung, Lo Lieh, Li Ching, Lily Li, ku Feng, Yueh Hua, Angela Yu Chien, Tony Liu, Hsueh-Erh Wen, Derek Tung-Sing Yee, On-On Yu, Wang Jung, Fei Ai, Shen Chan, Norman Chu, Cherie Chung…
Musique : Yung-Yu Chen, Joseph Koo, Chin-Yung Shing, Chen-Hou Su
Image : 2.35 16/9
Son : Mandarin DTS Master Audio 2.0 mono et DTS HD Master Audio 5.1 (Descendant of the Sun)
Sous-titres : Français
Durée : 86, 91, 89, 101, 98 et 84 minutes
Éditeur : Spectrum Films
Date de sortie : 17 novembre 2025
LE PITCH
The Magic Blade : Deux épéistes rivaux doivent mettre de côté leurs différences et travailler ensemble pour empêcher un chef de guerre de mettre la main sur un ancien artefact connu sous le nom de Peacock Dart – l’arme ultime.
The Web of Death : Le Clan des Cinq Venins possède une arme terrible : une araignée pouvant cracher du poison mortel et des toiles acides. Cachée pour cent ans dans un lieu tenu secret, l’arme provoque la convoitise au sein même du clan.
Swordsman and Enchanteress : Dans le monde des Art Martiaux, les guerriers wushu sont à la recherche du Deer Sword, un sabre forgé par le mythique Xu Ruzi, censé donner un immense pouvoir à qui le détiendra et capable de trancher n’importe quel matériau. Ils devront s’échapper de l’insidieux labyrinthe, Toy Land.
Heaven Sword and Dragon Sabre : Chang Wu Jin, mortellement blessé après l’assassinat de ses parents, est recueilli par un médecin qui passe dix années à tenter de le guérir. Après le meurtre de son bienfaiteur par la grande prêtresse d’un clan ennemi, le jeune héros s’enfuit et se trouve mêlé à une terrible lutte de sectes.
Heaven Sword and Dragon Sabre 2 : À peine les six clans quittent le palais du culte Ming qu’ils tombent un à un dans des pièges les anéantissant où les fragilisant. Les soupçons pèsent sur l’Empereur Yuan qui semble monter les sectes les unes contre les autres.
Descendant of the Sun : Un bébé magique est envoyé sur Terre par un dieu bienveillant. Recueilli par un bûcheron qui l’élève comme son propre fils, le jeune héros devra affronter son double maléfique aux dangereux pouvoirs…
L’art de l’intrigue et du sabre
Si les noms de Chang Cheh et Liu Chia-Liang résonnent comme ceux des grands maitres de la Shaw Brothers, Chu Yuan est celui qui est le plus souvent consacré comme le troisième grand du studio. L’un des plus productif certainement, mais aussi celui qui réinventa le wuxia-pian en y insufflant des accents flamboyants et fantastiques inédits à Hong-Kong, ouvrant directement la voie aux futurs envolées délirantes de la nouvelle génération des années 80, Tsui Hark et son Zu en tête.
Avec pas moins de 126 longs métrages au compteur, et ce même si sa fin de carrière durant les années 90 en tant que réalisateur sera loin d’être vraiment mémorable, Chu Yuan a indéniablement apposé sa marque sur le cinéma cantonnais. Enquillant parfois une dizaine de film par ans, il peut déjà se vanter de près de 70 réalisations lorsqu’il entre enfin à la Shaw Brothers en 1972 pour signer le « sulfureux » Intimate Confessions of a Chinese Courtesan. Mais c’est véritablement lorsqu’il s’attaque à son genre de prédilection, le film de sabre, que ce dernier se montre le plus remarquable et inspiré. Comme l’a déjà prouvé l’excellent diptyque La Guerre des clans / Le Complot des clans, Chu Yuan est un grand amoureux des aspects les plus feuilletonesques du genre, s’engouffrant dès que possible dans des trames alambiquées de vastes complots, de sectes secrètes et de trahisons à tiroirs. Le tout s’inscrit le plus souvent dans le fameux monde du Jianghu, vision fantasque de la Chine impériale où se ne se croisent plus que des combattants hors-pairs et surpuissants en quêtes de pouvoirs, de gloire, d’honneurs et d’armes magiques.
Le Triptyque des armes magiques
Inspirés plus ou moins directement de l’univers romanesque de Gu Long, les trois Magic Blade, The Web of Death et Swordsman and Enchanteress symbolisent à la perfection toutes les ambitions du cinéaste qui réinvente littéralement un univers littéraire à l’écran. Avec un soin bien plus poussé que ces collègues, il impose une richesse de costumes et surtout de décors (le plus souvent en studio mais pas que) qui rapprochent constamment l’esthétique des métrages des modèles picturaux des grands livres illustrés chinois. Les photographies sont superbes, oscillant entre le rococo et le baroque (avec de belles pointes à la Bava dans le gothique The Web of Death) et se marient merveilleusement avec les élans pulp de films d’aventures où mêmes les environnements s’amusent à dissimuler pièges, chausse-trapes et passages secrets. Cette idée constante du monde nourri par le secret permet aussi de faire naitre des personnages sans doute plus complexes qu’à l’accoutumé, combattant hantés par leurs conditions, figures solitaires impeccablement incarnées par l’excellent Ti Lung (ici dans Magic Blade et Swordsman and Enchanteress), mentors dépassés par les bouleversement de leurs époques, combattants romantiques et contemplatifs et, plus étonnants encore, figures féminines aussi belles que charismatiques, véritables actrices de l’action. Ces trois films là tournés sur la période 1976/1978 au milieu d’une dizaines d’autres (Le tigre de Jade, Le Poignard volant, L’île de la bête…) reflètent effectivement l’apogée du style du cinéaste, rejouant habilement les codes du western dans The Magic Blade, du délire pop gothique dans The Web of Death et de la romance impossible dans Swordsman and Enchanteress avec un savoir-faire frappant, un impérieux sens du rythme et du spectacle, marié à certaines exigences dramatiques palpitantes.
Le grand roman du sabre
Censé être l’une des œuvres les plus ambitieuses du cinéaste, les deux chapitres fastueux de Heaven Sword and Dragon Sabre, apportent sans doute dans les grandes lignes (esthétiques et scénaristiques) une exacerbation totale de cette personnalité filmique. Les cadres sont plus beaux que jamais, la multitude de décors factices riches et éblouissants impressionnent constamment, tout autant certainement que les passes d’armes virevoltantes d’une multitude de héros et figures plus troubles entrainés dans la danse mortelle du destin. Adaptation du roman le plus célèbres de Jin Yong, porté aussi à l’écran (parmi beaucoup d’autres) quelques années plus tard par Wong Jing avec son Kung Fu Cult Master, cette énorme production se veut l’une des plus fidèles aux multiples chapitres de ce feuilleton littéraire foisonnant et, il faut bien le dire, le plus souvent peu compréhensible pour les non-initiés. Dès les premières minutes, un narrateur vient déployer de multiples évènements s’étend déjà déroulés hors champs, tandis que par la suite les péripéties et les personnages s’enchainent dans un maelstrom de rebondissements dont les répercussions ou le sens peut parfois laisser dubitatif le spectateur lambda. Cependant, emporté par cette énergie débordante, par la folie d’un récit multipliant les armes magiques, les animaux fantastiques et les combattants prodigieux, on se laisse facilement embarquer par la générosité d’un spectacle constamment porté par les plus grands talents de la Shaw Brothers que ce soit derrière ou devant la caméra où on peut s’amuser à reconnaitre tous les grandes second couteaux du studio, bien soudés derrière la jeunes star montante Derek Yee.
Tombé du ciel
Entre ces deux films là et Descendant of the Sun, cinq ans ont passé et la superbe de la Shaw Brothers a bien entamé son déclin. A l’instar de production comme Holy Flame of the Martial World ou Buddha’s Palm, le film de Chu Yuan s’efforce de répondre aux exigences de grands spectacles survoltés et bourrés d’effets spéciaux visuels d’un nouveau public à conquérir. Malheureusement, produit à l’économie (on peine à reconnaitre le soin du détail du metteur en scène), bardé de flashs et de lasers bien kitchs et surtout handicapé par une naïveté confondante et une volonté douteuse de marier le wuxia pian avec de nombreux emprunts à la saga des Superman de la Warner (jusqu’au thème musicale repassé en mode synthé bontempi) l’objet s’avère surtout délectable pour ses aspects les plus ringards et ne peut à la rigueur satisfaire que les aficionados des grands délires fantasy du ciné HK de l’époque et les plus jeunes… jusqu’à l’apparition étrange de combattants zombis. A nouveau interprété par un Derek Yee beaucoup moins investi, le héros peut désormais voler, se téléporter, figer ses ennemis, contrer la moindre attaque et rendre par son statut de dieu vivant les enjeux plus qu’anecdotiques. Les longues séquences de comédie jouant sur une jolie princesse (Cherie Chung) et sa cour incapable de reconnaitre « L’immortel » derrière son vague déguisement de serviteur maladroit, peuvent de la même façon s’avérer quelques peu embarrassantes. Tout comme la Shaw Brother perd pied peu à peu en ce début des années 80, le solide Chu Yuan semble lui bien perdu dans cette entreprise de séduction très loin de ses exigences d’autrefois.
Six films importants de la prolifique filmographie de Chu Yuan venant célébrer autant son apogée stylistique qu’avec Descendant of the Sun, l’essoufflement d’un cinéma finalement surtout ancré dans une certaine idées rigoureuse et élégante du film de sabre des années 60/70, que l’on prend un immense plaisir à redécouvrir dans des conditions idéales. Le peloton de tête Magic Blade, The Web of Death et Swordsman and Enchanteress, mérite pour le coup d’être réinstaller parmi les incontournables du genre.
Image
Les habitués du catalogue de la Shaw Brothers le savent depuis longtemps, la restauration du catalogue de la grande maison a été largement opérée il y a une vingtaine d’années par Celestial Pictures et depuis l’essentiel des transferts reposent sur ces masters, que ce soit aux USA, en Angleterre ou en France chez Spectrum Films. Heureusement ce premier travail avait été particulièrement soigné et impressionnant, offrant une seconde vie à des films souvent exploités dans des conditions indignes et très mal préservés. Le passage à la HD se passe d’ailleurs en général plutôt bien, comme c’est le cas ici pour la grande majorité des six films avec des cadres tout à fait propres et stables, de belles textures, un soupçon de relief et surtout des couleurs vives et intenses. Seuls The Web of Death, manifestement hérité d’une source bien plus abimée, et Descendant of the Sun, subissant le contre-coup de ses effets spéciaux, se montrent plus fragile avec une définition moins stable et un grain inégal et tirant parfois vers le floconneux.
Son
Pas de problème du coté des pistes sonores originales mono, installées plus confortablement sur des DTS HD Master Audio 2.0. Le son est clair et sobre, sans trop de petites scories des années et légers chuintements. A noter que Descendant of the Sun est lui disposé dans un DTS HD Master Audio 5.1 se voulant plus moderne et proche du « spectaculaire » du film en question. Quelques effets dynamiques viennent percuter les enceintes arrières et de rares ambiances pointent le bout de leur nez, mais cela ne semble pas toujours des plus naturels.
Interactivité
Spectum Films édite un nouveau superbe coffret à la gloire des belles années de la Shaw Brothers avec cet opus thématique consacré au cinéaste Chu Yuan. Comme celui dédié à Liu Chia-Liang l’année dernière, l’objet se présente sous la forme d’un large digipack élégant associé à un épais livret bourré de photos d’exploitations des films le tout serti dans un boitier en carton solide.
Chaque métrage est bien entendu disposé sur son Bluray dédié avec, comme le veut désormais la tradition, une présentation systématique de l’incontournable Arnaud Lanuque. Excellent moyen de resituer la personnalité et l’œuvre de Chu Yuan, de replacer sa carrière au sein des évolutions du cinéma HK et de la maison Shaw, tout en explorant les particularité et origines de chaque métrage. Les films sont aussi complétés par une série d’interviews plus ou moins longues héritées des archives du journalistes Frédéric Ambroisine où les différents collaborateurs du cinéaste évoquent leur travail avec celui-ci, leurs quelques souvenirs de tournage, retranscrivent l’ambiance du fameux studio et dévient parfois plus largement vers leurs débuts et l’ensemble de leurs carrières. Des documents précieux qui permettent de se reconnecter avec cet âge d’or révolu.
Liste des bonus
Livret de photos, Présentation des films par Arnaud Lanuque. Interviews de Ku Feng (acteur), Tang Chia (chorégraphe), Derek Yee (acteur), Candice Yu (actrice), Szeto On (Scénariste) et Shum Long-tin (Critique) par Frédéric Ambroisine. Bande-annonces.











