13 JOURS 13 NUITS

France– 2025
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Martin Bourboulon
Acteurs : Roschdy Zem, Lyna Khoudri, Christophe Montenez, Sidse Babett Knudsen, Yan Tual, Fatima Adoum…
Musique : Guillaume Roussel
Durée : 111 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Français Dolby Atmos True HD
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Editeur : Pathé
Date de sortie : 5 novembre 2025
LE PITCH
Kaboul, 15 août 2021. Alors que les troupes américaines s’apprêtent à quitter le territoire, les talibans prennent d’assaut la capitale et s’emparent du pouvoir. Au milieu du chaos, des milliers d’afghans tentent de se réfugier dans le dernier lieu encore protégé : l’ambassade de France. Seuls, le commandant Mohamed Bida et ses hommes en assurent la sécurité. Pris au piège, il décide de négocier avec les Talibans pour organiser un convoi de la dernière chance avec l’aide d’Eva, une jeune humanitaire franco-afghane. Commence alors une course contre la montre pour évacuer les réfugiés jusqu’à l’aéroport et fuir l’enfer de Kaboul avant qu’il ne soit trop tard.
Les hommes de l’ombre
Quand on leur en laisse les moyens, les cinéastes français peuvent venir chatouiller les films américains sur leur propre terrain. Christophe Gans ou Alexandre Aja nous l’ont démontré à plusieurs reprises. Voir Martin Bourboulon s’attaquer à un thriller sur l’ambassade de France pris en tenaille par l’arrivée des talibans dans Kaboul est par contre plus surprenant.
Les comparaisons vont aller bon train. Ben Affleck nous avait offert le film Argo sur l’incroyable histoire de ce faux tournage pour sauver des ressortissants dans le Téhéran de 1979, Michael Bay livrait sa version d’une extradition de G.I. de Benghazi en Libye en 2012 dans 13 hours. Ici, les faits ne sont pas si vieux. Ils se déroulent le 15 août 2021, autant dire hier. Le commandant Mohammed Bida est en poste à l’ambassade de France lorsque les talibans reviennent revendiquer une fois de plus Kaboul pour y instaurer leurs idéaux en version plus modérée. L’histoire, sans surprise démontrera que leurs intentions n’avaient pas changé, les conditions humaines des femmes n’ont jamais été aussi bafouées et considérées comme du bétail. A quinze jours de la retraite, alors qu’il aurait pu faire profil bas, Bida prendra autant de risques qu’il y a de réfugiés à sauver au sein de l’ambassade. Ce territoire français en terre étrangère est une garantie de terre d’accueil, un honneur à préserver coûte que coûte. Tentant le tout pour le tout, il mènera sa mission improvisée avec le peu de moyens mis à sa disposition. Cette opération Apagan dans l’enfer de Kaboul est relatée dans 13 jours, 13 nuits. Ouvrage vécu de l’intérieur, relaté par ses soins. Il faudra à peine un mois après publication pour appâter les studios et y attacher Roschdy Zem en tête d’affiche.
Haute tension
Le comédien, comme toujours est impeccable. S’il n’y a pas de ressemblance physique, il est Mohammed Bida avec ses doutes et sa détermination. Investi dans son rôle, Roschdy Zem se met la pression pour ne pas trahir ce héros malgré lui. Le film tient sur ses épaules au risque d’éclipser les rôles secondaires. L’actrice Lyna Khoudri arrive à exister malgré tout. Avec ses traits encore juvéniles, elle semble écrasée face à la menace islamique. Ce n’est malheureusement pas le cas de Sidse Babett Knudsen dans le rôle d’une journaliste de presse. Son rôle dispensable n’a de justification exclusivement par effet dramatique afin d’augmenter la tension du récit. Martin Bouboulon, le réalisateur, délaisse les épées de ses mousquetaires pour les kalachnikovs des talibans et ça lui va plutôt bien. Plus concis, il s’adapte à son récit. Sa caméra est posée, fluide arpentant ses décors en plan séquence pour coller à l’émotion de ses personnages là où les plans à l’épaule se concentreraient davantage sur l’action. Ce n’est clairement pas son objectif. Si action il y a, le film joue plus sur la tension. Il retrouve Nicolas Bolduc déjà présent sur ses films précédents pour la photo. Son travail léché sur la lumière et les couleurs rendent justice au tournage marocain en lieu et place de l’Afghanistan. Le budget de 30 millions d’euros est bien utilisé. Les effets spéciaux made in France n’ont rien à envier à ceux des experts outre-Atlantique tout comme son environnement sonore. Pas parfait, les grincheux critiqueront les artifices purement cinématographiques du suspense à l’instar de la fouille des bus (on avait reproché la même chose à Spielberg sur La liste de Schindler avec les douches), mais le montage tient en haleine, les mouvements de foule deviennent vite anxiogènes. Sous ces belles notes, des bémols chiffonnent tout de même. Le film souffre de temporalité. Le titre 13 jours 13 nuits nous le rappelle, l’action semble se condenser sur deux ou trois jours et non treize comme annoncé. L’angoisse de l’attente, la peur omniprésente du quotidien en sont ainsi amoindries.
Comme souvent dans ce genre d’exercice où l’histoire, la politique et le patriotisme se côtoient, le manichéisme n’est jamais bien loin. Malgré tout, le nom de Martin Bourboulon commence tout doucement à s’imposer sur les productions à gros budget. Sa mise en scène prend de l’ampleur, Avec plus d’assurance, son parcours pourrait dépasser celui du bon artisan du cinéma français.
Image
Ne boudons pas notre plaisir devant un transfert de si belle qualité. La colorimétrie restitue l’ambiance du Moyen-Orient avec ses couleurs chaudes sans qu’elles ne soient saturées. Détaillés, les gros plans sur les visages pourraient nous faire compter les poils de barbe de Roschdy Zem si on n’a plus assez de moutons pour s’endormir. Les mouvements de foules et la profondeur de champs renforcent la qualité technique qui mériterait au film une sortie en 4K.
Son
Rien n’est à reprocher à la piste son. Le Dolby Atmos bénéficie d’un équilibre parfait. Survol d’hélicoptères, foules, coups de feu, les ambiances profitent du surround pour nous plonger dans le cœur de l’action. La musique n’écrase pas les dialogues qui savent s’inclure dans la frénésie ambiante avec une belle clarté. Pathé nous sort le grand jeu.
Interactivité
Au travers des modules présents dans les bonus, l’éditeur nous permet de voir les divers aspects de la production. Le making-of est suffisamment complet pour prendre le temps de s’attarder sur les différents postes phares de l’équipe technique. Un bel entretien avec le réalisateur Martin Bourboulon est également proposé où il évoque les choix de mise en scène qui se sont imposés au film. Pour la caution réaliste, la parole est laissée au commandant Mohamed Bida, protagoniste et auteur du livre 13 jours 13 nuits.
Liste des bonus
Making of (27’), Entretien avec Martin Bourboulon (34’), Entretien avec le Commandant Mohamed Bida et l’équipe du film (15’).






