ZODIAC KILLER PROJECT

États-Unis, Royaume-Uni – 2025
Support : Bluray & DVD
Genre : Documentaire, Policier
Réalisateur : Charlie Shackleton
Acteurs : Lee Nicholas Harris, Guy Robbins, Charlie Shackleton
Musique : Jeremy Warmsley
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais Dolby Digital 5.1 et PCM 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 92 minutes
Editeur : Caméflex
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Charlie Shackleton n’a pas obtenu les droits pour adapter à l’écran l’enquête rocambolesque de Lyndon Lafferty, un ancien policier lancé sur les traces du tueur du Zodiaque. De cet échec naît pourtant une nouvelle idée : raconter ce film avorté tout en décortiquant les rouages d’un genre, le true crime, arrivé à un point de saturation.
L’enquête sur l’enquête
Cela aurait dû être un documentaire True Crime comme les autres. Une énième exploration de l’enquête inachevée quêtant la véritable identité du fameux Zodiac, serial killer incontournable de la mythologie américaine. C’est devenu une critique incisive du genre auquel il devait se rattacher, une étude à cœur ouvert d’un film qui n’existera jamais.
Ce dernier s’ouvre sur l’arrivé d’un flic dans une police de patrouille sur un parking anonyme. Un homme se gare à coté de lui, leurs regards se croisent et Lyndon Lafferty comprend qu’il a sous les yeux le fameux tueur que tout le monde recherche. Il en a tellement la conviction qu’il poursuivra longtemps son enquête, quitte à frôler le harcèlement et l’obsession et signera un livre, au succès limité mais peu importe. Cela aurait dû être le début de l’adaptation qu’en aurait signé Charlie Shackleton si les descendants du monsieur n’avaient pas finalement, après avoir donné leur accord, rejeté la proposition d’adaptation. A la place on a donc un plan fixe sur un parking des plus anonymes, en plein soleil, et la voix of du réalisateur qui nous conte ce film qui n’existera jamais : « Ça aurait été bien ! ». Zodiac Killer Project est donc un film qui n’existe pas vraiment, un documentaire en forme d’absence que l’image et la narration vont s’efforcer de combler. Il y a dans la démarche un petit air de revanche, un soupçon d’esbroufe, un coté petit malin indéniable que le réalisateur de Beyond Clueless (sur les teen movies) et Fear Itself (sur la peur au cinéma) accepte volontiers créant un dialogue souvent ironique et lucide avec le spectateur au fur et à mesure qu’il décrit les mécaniques narratives qu’il aurait dû mettre en place.
« C’est Emile le tueur ! »
Un générique angoissant avec des images sombres, floues, des silhouettes de dos et des écritures nerveuses, quelques témoignages de gens du cru décrivant les alentours de Sans Francisco comme une belle région, habituée par une communauté tranquille jusqu’aux drames, des mises en scènes de reconstitutions jouant la sur dramatisation pour recréer artificiellement le suspens… Le narrateur s’amuse même à disséminer quelques extraits d’autres documentaires ou séries True Crime à succès pour démontrer la résurgence de clichés, de tropes et de schémas que le genre même, particulièrement à la mode depuis quelques années, répète et régurgite à l’envie. A l’écran donc des routes, des rues, des bâtiments, quelques élans de nature, mais souvent beaucoup de vide, d’espaces interchangeables qui tranchent avec les échos d’une enquête qui aurait pu être haletante, mais dont même Charlie Shackleton se rend compte de la tromperie, du manque d’éléments concret voir de certains passages plus gênants où l’enquête digne d’un vigilante franchit allégrement les lignes de la moralité ou plonge dans quelques délires profondément paranoïaques. Alors qu’on nous décrit la maison du supposé tueur, Shackleton avoue que celle montrée à l’écran en est une autre, choisie parce qu’elle était plus évocatrice que la vraie, trop normale, trop banale. En prenant son sujet de biais, le réalisateur en souligne toute la vacuité, toute la fausseté et analyse la structure du documentaire à sensation, et son éthique bien souvent douteuse, avec un œil particulièrement malin, avec une pertinence indéniable. On se demanderait même parfois si ce rythme lancinant, aux limites de l’ennui, provoqué par cette rencontre entre une voix de commentaire audio et des séquences vues milles fois, ne fait pas totalement partie du concept.
Ici Shackleton transforme un échec en remise en cause, en reconsidération personnelle et formelle et donc en un documentaire absolument inédit. Franchement on n’est pas désolé que ce film sur le Zodiac ait échoué, celui sur sa disparition est nettement plus intéressant.
Image
Le film a été tourné à la fois sur support numérique et sur pellicule 16mm. Le mélange des deux fonctionne plutôt bien avec les instants plus cinéma accompagnés de légers argentiques et d’un grain qui illustre les « reconstitutions » ou éléments de grammaires propres à l’esthétique «true crime » et les commentaires et regards plus distancés offert par une vision plus lissée et pointue. Dans tous les cas le transfert accompagne parfaitement les variations de matières et délivre une définition exemplaire tout du long, avec au passage des couleurs toujours assez crues, mais aux contrastes fins et délicats.
Son
A priori la prestation stéréo pourrait suffire pour ce type de programme, l’essentiel s’avérant à l’avant et via des commentaires assez frontaux. Le mixage DTS HD Master Audio 5.1 se montre pourtant plutôt réussi avec une spatialisation presque constamment habitée par les effets sonores environnants (voitures sur la route, bruits de la rue, vent…) qui donne une atmosphère bien présente confirmée par les quelques nappes de la musique du film.
Interactivité
Caméflex est certes un petit éditeur mais chacune de ses sorties est choyée avec amour. Après Marquis et Heathers voici donc Zodiac Killer Project proposé lui aussi dans un très élégant Médiabook comprenant en plus des disques Bluray et DVD, un livret piqué au centre combinant une interview assez complète du réalisateur, évoquant la transformation du projet, la grammaire mise en place et l’étonnante réception, ainsi qu’un journal de production de ce dernier illustré par quelques photos prises sur le plateau.
Du coté des disques on creuse encore toute la réflexion autour des origines et du dispositif si particulier du métrage avec une interview filmée cette fois-ci, complété par une évocation de ses films modèles, puis l’intégralité des séquences type « true crime » tournée en 16mm, ainsi que la possibilité de voir l’intégralité du film sans la voix off du cinéaste. Un étrange moyen de redécouper le film, presque de se livrer à une autopsie. La suite permet de voir Charlie Shackleton dans ses « autres » œuvres avec Camera Test, faux plan fixe sur sa personne censée permettre d’écouler les restes de bobines 16mm et qui s’achève par une anecdote familiale, Fish Story court métrage plein d’humour autour d’un évènement plein de « poissons » et enfin une vidéo de présentation très drôle enregistrée pour le festival de Sundance. Shackleton y détourne totalement le cadre demandé par les organisateurs et la vidéo ne sera pas diffusée. Caméflex a aussi invité la journaliste Julie Le Baron à venir présenter plus largement l’œuvre du cinéaste, courts et longs métrages.
Liste des bonus
Un livret (24 pages), Interview de Charlie Shackleton (25’), Les recos true crime de Charlie Shackleton (7’), Le cinéma de Charlie Shackleton par Julie Le Baron (12′), 2 courts métrages de Charlie Shackleton : « Camera Test (King Cadbury) » (2024, 7′), « Fish Story » (2017, 13′), Le non-commentaire audio du réalisateur : le film sans la voix off de Charlie Shackleton, Tous les plans d’illustration évocateurs (1′), Vidéo « Meet the Artist » refusée par Sundance (5′), Bande-annonce (2’).







