L’HOMME DE BORNÉO

The Spiral Road – Etats-Unis – 1962
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventures
Réalisateur : Robert Mulligan
Acteurs : Rock Hudson, Burl Ives, Gena Rowlands, Geoffrey Keen, Neva Patterson, Will Kuluva, …
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 139 minutes
Image : 2.00 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Eléphant Films
Date de sortie : 23 février 2021
LE PITCH
1936, Ă BornĂ©o. Jeune mĂ©decin ambitieux, Anton Drager insiste auprès de sa hiĂ©rarchie pour assister le docteur Brits Jansen dans son combat contre la lèpre et les Ă©pidĂ©mies au cÅ“ur de la jungle. La relation entre les deux hommes va Ă©voluer de la mĂ©fiance vers l’amitiĂ© …
Un Chemin sinueux
1962, drĂ´le d’annĂ©e pour Robert Mulligan. En aoĂ»t, le cinĂ©aste met en pĂ©ril la confiance accordĂ©e par Universal avec l’Ă©chec de The Spiral Road, vĂ©hicule exotique tout Ă la gloire de Rock Hudson. Le 25 dĂ©cembre, le triomphe de To Kill A Mockinbird consacre Gregory Peck dans les frusques iconiques d’Atticus Finch. Tout est pardonnĂ©. Et The Spiral Road est oubliĂ©.
Aux yeux d’un cinĂ©phile, tous les cinĂ©astes mènent une double carrière. Les films de studios d’un cĂ´tĂ©, les projets indĂ©pendants de l’autre. Les succès d’un cĂ´tĂ©, les bides de l’autre. Certains films posent les questions, d’autres y rĂ©pondent. Objet inclassable, The Spiral Road se permet de faire les deux.
Coursier chez CBS, Robert Mulligan a gravi tous les Ă©chelons, patiemment, avant de s’illustrer comme rĂ©alisateur pour le petit Ă©cran. Bien reçu par la critique, Fear Strikes Out, son premier long-mĂ©trage de cinĂ©ma oĂ¹ brille un Anthony Perkins prĂ©-Norman Bates, lui ouvre une carrière prometteuse. Modeste et reconnaissant de ce qu’il considère comme un privilège, Mulligan enchaĂ®ne alors les films de commande. Deux films pour Tony Curtis (dont The Great Impostor, ancĂªtre inestimable du Catch If Me You Can de Steven Spielberg, excusez du peu), deux films pour Rock Hudson. Le premier, Come September, est une comĂ©die romantique oĂ¹ le beau Rock fait les yeux doux Ă la très italienne Gina Lollobrigida. Le second plonge dans la jungle de BornĂ©o, dans la maladie, dans la folie et dans la religion, au grand dĂ©sarroi d’un public qui n’en demandait sans doute pas tant. S’il fallait rĂ©sumer The Spiral Road, sans doute parlerait-on d’un rĂ©cit initiatique. Avec de nombreux dĂ©tours. Le scĂ©nario est l’œuvre du hollandais Jan de Hartog, qui adapte d’ailleurs ici son propre roman. Un jeune mĂ©decin ambitieux et farouchement athĂ©iste se confronte aux croyances de celles et ceux qui croisent sa route. La foi, les traditions, l’amour, le dĂ©sespoir et la plus noire des magies viennent se fracasser contre ses certitudes par vagues successives jusqu’Ă ce que lui soit rĂ©vĂ©ler la place de Dieu dans le cÅ“ur des hommes. Une initiation et une illumination. Vaste sujet pour un Robert Mulligan qui pose ses questions sans en avoir l’air avant d’apporter sa conclusion au burin, citation biblique et maousse Ă l’appui.Â
Au cÅ“ur des tĂ©nèbres
Très croyant, Jan de Hartog envisageait sans nul doute de faire de The Spiral Road une parabole, une leçon d’Ă©vangĂ©lisation sur grand Ă©cran. Travaillant entre les lignes, au dĂ©tour de quelques dialogues apparemment anodins, Robert Mulligan apporte quantitĂ© de nuances et compare la spiritualitĂ© et Dieu Ă un tour de magie. Le pouvoir de la croyance naĂ®t de ce que l’on ne voit pas et qui nous trompe. De ce que l’on ne voit pas ou de ce qui n’est pas dit. Car la structure mĂªme de la narration participe aux doutes et aux frustrations. Entre les mains d’un producteur moderne, The Spiral Road donnerait indiscutablement matière Ă une sĂ©rie TV, une saga Ă bingewatcher le week-end sur Netflix. En un tout petit peu moins de 140 minutes, Mulligan concentre plusieurs Ă©pisodes qu’il prend un malin plaisir Ă ne pas mener Ă leur dĂ©nouement logique. Chaque pĂ©ripĂ©tie semble Ă©courtĂ©e, tronquĂ©e. Et les attentes du spectateur sont dĂ©tournĂ©es.
Le film commence sur le voyage d’Anton Drager (formidable Rock Hudson) partant Ă la rencontre du docteur Brits Jansen (Burl Ives, en mode Falstaff) mais une Ă©pidĂ©mie de peste oĂ¹ on dynamite des cases et oĂ¹ on brĂ»le des rats par centaines prend le relais avant d’enchaĂ®ner sur la visite d’une lĂ©proserie qui cède la place Ă une comĂ©die romantique et ainsi de suite, etc, etc. La dernière demi-heure largue carrĂ©ment les amarres et s’engage dans un hommage muet et quasi expĂ©rimental Ă Joseph Conrad, oĂ¹ le personnage principal affronte un shaman, se perd dans la jungle et devient fou. Le tout accompagnĂ© par un score sauvage du grand Jerry Goldsmith.
The Spiral Road est un film d’aventures qui se cherche et dont la finalitĂ© est encore sujet Ă dĂ©bat (on peut mĂªme y voir une mĂ©taphore sur l’homosexualitĂ© de Rock Hudson) mais dont les qualitĂ©s formelles, dont les Ă©carts de ton et dont les virages vers le fantastique et l’horreur en font une dĂ©couverte prĂ©cieuse qu’il n’est pas interdit de placer aux cĂ´tĂ©s du fabuleux Lord Jim de Richard Brooks.
Image
Le master ne date pas d’hier et provient d’une collection Rock Hudson sortie en DVD en 2006. Ce qui ne veut pas dire que l’image n’a pas Ă©tĂ© restaurĂ©e. Les couleurs sont vives et chaleureuses et la dĂ©finition est au rendez-vous, boostĂ©e par une compression solide. Quelques accrocs demeurent et les fondus enchaĂ®nĂ©s entraĂ®nent des variations d’images et des tremblements bien visibles.
Son
NettoyĂ©es et discrètement remixĂ©es, les pistes sons offrent une belle dynamique, essentiellement musicale, dans les limites d’un mono d’Ă©poque. Pas de souffle et des dialogues clairs mais les ambiances sont souvent Ă©touffĂ©es. Avant de ressurgir lors du climax.
Interactivité
Inusable et passionnĂ©, Jean-Pierre Dionnet revient en long, en large et en travers sur la carrière de Robert Mulligan, gĂ©nie touche Ă tout Ă la discrĂ©tion lĂ©gendaire, dans une paire d’entretiens de très haute volĂ©e. Tout aussi essentielle est l’analyse offerte par Nachiketas Wignesan et qui incite Ă plusieurs visionnages. Comme d’habitude, ElĂ©phant Films nous offre moult bandes-annonces et une jaquette rĂ©versible.
Liste des bonus
Portrait de Robert Mulligan par Jean-Pierre Dionnet, Le film par Jean-Pierre Dionnet, Analyse du film par Nachiketas Wignesan, Bandes-annonces.





