LES NUITS DE DRACULA

Nachts, wenn Dracula erwacht – Espagne, Allemagne de l’Ouest, Italie, Liechtenstein, Royaume-Uni – 1970
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Jess Franco
Acteurs : Christopher Lee, Klaus Kinski, Herbert Lom, Maria Rohm, Fred Williams, Soledad Miranda, Jack Taylor, Paul Muller, Franco Castellani…
Musique : Bruno Nicolai
Image : 1.33 16/9
Son : Italien et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 96 minutes
Editeur : BQHL Editions
Date de sortie : 26 août 2026
Bon sang ne saurait mentir
Tourné en 1970, Les Nuits de Dracula fut pendant longtemps l’une des adaptations les plus fidèles du roman de Bram Stoker. Une vision très personnelle cependant, signée par un Jess Franco dans sa meilleure période, et une prestation inattendue d’un Christopher Lee revisitant le célèbre comte.
Cinéaste stakhanoviste, grand habité des productions fauchées, du gros bis bricolé et des collages improbables, Jess Franco trouve au tournant des années 70 une sorte de Pygmalion avec le producteur Harry Alan Towers qui lui donne accès à des budgets légèrement plus confortables, des castings plus solides et une certaine liberté créative. C’est d’ailleurs sur le tournage du Sang de Fu Manchu que le réalisateur rencontre l’une de ses idoles, l’immense Christopher Lee, entamant une collaboration fructueuse (Les brûlantes, Sumuru, Les Infortunes de la vertu…) et imagine avec ce dernier redonner un nouveau souffle au mythe de Dracula. Embarrassé par le personnage, rapidement devenu un « simple » monstre au sein de la Hammer, Lee voudrait en effet incarner pour la première fois le personnage tel qu’il a été écris par Bram Stoker. Forcément Franco ne se fait pas prier et convainc rapidement son producteur d’investir dans ce fameux La Nuits des Dracula. Le scénario prend des libertés avec le roman, mais il suit assez scrupuleusement la trame générale, délivrant au passage quelques scènes inédites sur un grand écran et que l’on ne retrouvera que bien plus tard dans celui de Coppola (celle avec le bébé par exemple), tout en s’attachant à présenter pour la première fois un Dracula vieilli et diminué qui au contact de Mina Harker (et le sang de ses victimes) va peu à peu retrouver de sa prime jeunesse.
Un goût de reviens-y
Christopher Lee peut enfin reléguer l’interprétation bestiale, montrant plutôt une figure plus ambiguë, étrangement sensuel (les baisers qu’il pose sur ses victimes, les frissons qu’il provoque chez ces dames…) et romantique avec une prestance aristocratique intacte malgré un costume qui n’a plus rien à voir avec la silhouette aristocratique Hammer. Étonnant. Tout comme la manière qu’a Jess Franco de faire fi des limites techniques de son métrage, tourné en Espagne en guise de banlieue londonienne, où les palmiers cohabitent avec les vieilles pierres, où les décors sont constamment étrangement vides de présence humaine voir de mobilier et où peut à peu tout l’espace sonore se fait envahir de bruits animaliers entre l’éveil de l’heure bleue et l’aventure exotique en pleine jungle. Les Nuits de Dracula ne se déroule donc pas dans cette Angleterre victorienne attendue mais dans un monde de l’entre-deux, monde filmique onirique qui peut dès lors se permettre toutes les excentricités. A l’image de ces apparitions sidérantes de Klaus Kinski en Renfield, presque catatonique, bouffant des insectes en dodelinant de la tête et en regardant la lune par la fenêtre, pour des séquences presque déconnectées du reste du métrage. Et pour cause, refusant de jouer dans un film de vampire, Kinski fut convaincu qu’il interprétait un malade mental pour un tout autre projet et l’ensemble de son travail fut tourné en une seule journée.
Une incongruité parmi d’autres, comme ces bergers allemands censés figurze des loups ou ce retour de la chauve-souris qui fait flap-flap comme un hommage au Dracula de Todd Browning, qui nimbent cet énième Dracula d’une atmosphère baroque (merci aux superbes cœurs de Bruno Nicolai) et d’un esprit bis plein de charme. C’est aussi un film fondamental pour Jess Franco qui ne cessera par la suite d’en décliner les thématiques et l’imagerie, multipliant les contes vampiriques et les amours retrouvés aux penchant de plus en plus sulfureux, et ce dès l’année suivante avec le plus célèbre Vampyros Lesbos, alias L’héritière de Dracula.
Image
BQHL propose ici une copie HD de Les Nuits de Dracula qui commence à dater un peu. Le traitement de restauration est manifeste avec des cadres bien propres et assez stables et surtout un traitement plutôt chaleureux des couleurs et des contrastes convaincants, mais le nettoyage de la source entraine régulièrement des rendus trop lisses et numériques qui atténue légèrement le piqué de l’image. Le grain est quasiment absent et le naturel argentique manque souvent à l’appel, mais cela reste tout à fait correct à l’arrivé, en particulier à côté des anciennes sorties vidéo française éreintées. On aurait bien aimé pouvoir profiter ici de la restauration 4K de Severin Films.
Son
Toujours particulier de s’y retrouver avec les coproductions européennes de Franco de l’époque. Ici est donc proposé en guise de version originale une post-synchronisation italienne qui ne correspond finalement à aucun des acteurs principaux. Le son y est cependant très clair et assez équilibré. Le doublage français est alors tout aussi légitime mais le mixage se montre nettement plus étouffé.
Interactivité
Joli visuel pour Les Nuits de Dracula mais seulement un seul bonus vidéo sur le disque Bluray. Heureusement, celui-ci a été confié à Stéphane du Mesnildot très grand connaisseur du cinéma de Jess Franco qui après un nouveau tour d’horizon des grandes périodes de la carrière de cinéaste revient plus spécifiquement sur l’adaptation du roman de Bram Stoker, les particularités de la fabrication du film, le casting et l’atmosphère toute particulière qui se dégage du métrage.
Liste des bonus
Entretien avec Stéphane du Mesnildot, auteur du livre « Jess Franco, énergie du fantasme » (29′).







