LA MALÉDICTION DU LOUP-GAROU

Werewolf – Etats-Unis – 1987 / 1988
Support : DVD
Genre : Fantastique
Créateur : Frank Lupo
Acteurs : John J. York, Lance LeGault, Chuck Connors, Brian Thompson, Ethan Phillips, Lee de Broux, Kim Johnston Ulrich…
Musique : Sylvester Levay
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et Français Dolby Digital Mono
Sous-titres : Français
Durée : 727 minutes
Éditeur : Eléphant Films
Date de sortie : 26 octobre 2020
LE PITCH
Lorsqu’il se rend un soir chez son meilleur ami Ted Nichols, le jeune Eric Cord ne peut imaginer que Ted, devenu un loup-garou assoiffĂ© de sang chaque fois qu’un mystĂ©rieux pentagramme se met Ă saigner dans la paume de sa main, va lui demander de l’aider Ă se supprimer. La nuit qu’il s’apprĂŞte Ă vivre va bouleverser son destin, ainsi que celui du chasseur de primes « Alamo » Joe Rogan.
Winchester & synthétiseurs
Maline, racĂ©e, bourrĂ©e de surprises, l’odyssĂ©e d’Eric Cord Ă la poursuite de Janos Skorzeny et lui-mĂŞme traquĂ© par « Alamo » Joe, dĂ©marquage horrifique de L’Incroyable Hulk quelques annĂ©es plus tard, est plus que jamais l’occasion d’un petit tour d’horizon de l’AmĂ©rique des annĂ©es 1980, dans une ambiance tantĂ´t « TechNoir » tantĂ´t « Far West ».
Devenue Ă©minemment culte au sens fort du terme par chez nous, Ă force de ne survivre que dans le souvenir des spectateurs chanceux de l’Ă©poque (après une poignĂ©e de diffusions Ă©talĂ©es de 1988 Ă 1996), abandonnĂ©e au bout d’une seule saison et donc dĂ©finitivement inachevĂ©e, La MalĂ©diction du Loup-Garou a de quoi exercer aujourd’hui la mĂŞme fascination qu’au premier jour en dĂ©pit de son look dĂ©modĂ© et de ses moyens rĂ©duits (comprendre : honorables dans les annĂ©es 1980, mais Ă des annĂ©es-lumière de ce que peuvent offrir la plupart des sĂ©ries actuelles en terme de perfection technique). D’une part, justement, Ă cause du tĂ©moignage qu’elle porte sur les canons esthĂ©tiques de sa dĂ©cennie ; d’autre part Ă cause du tĂ©moignage plus sociologique qu’elle porte sur la culture nord-amĂ©ricaine. Concernant l’esthĂ©tique, pour peu que nous calions notre Ĺ“il sur ce qui nous est proposĂ© – sans nous aviser de jouer aux petits malins qui trouvent que tout a toujours « vieilli », qui jouissent de se sentir toujours supĂ©rieurs Ă l’objet mĂŞme, et qui posent un regard aussi cynique que stĂ©rile sur les produits audiovisuels des temps passĂ©s –, alors nous pourrons nous autoriser une bonne tranche de fascination devant l’entrĂ©e en matière que propose David Hemmings (acteur principal du Blow Up d’Antonioni et des Frissons de l’Angoisse d’Argento, passĂ© derrière la camĂ©ra pour rĂ©aliser, entre autres, le pilote ainsi que sept autres Ă©pisodes parmi les plus rĂ©ussis de ce Werewolf).
L’ouverture des hostilitĂ©s est une plongĂ©e hypnotique dans le nĂ©o-western d’abord – avec l’introduction en clair-obscur du personnage d’« Alamo » Joe, dont le stetson, les verres fumĂ©s, les balles d’argent et la prĂ©sentation sommaire en voix-over Ă©voquent Ă la fois (dans de superbes jeux de lumière filtrant Ă travers les stores) le fantĂ´me de Sam Peckinpah et la figure plus contemporaine d’un Walter Hill ; puis dans l’espace urbain des boĂ®tes de nuits et des parkings, hantĂ© par les nĂ©ons fuchsia, les jets de vapeur et la pop synthĂ©tique canonisĂ©s alors par le James Cameron de Terminator et la Kathryn Bigelow de Near Dark. Cette juxtaposition brutale des deux grands pĂ´les cinĂ©matographiques amĂ©ricains donne immĂ©diatement le ton de la saga, placĂ©e sous le double-signe de la chasse Ă l’homme Ă©pique et du cocktail nerveux, nocturne et mĂ©lancolique qui caractĂ©risait les meilleurs thrillers du moment.
Si L’Incroyable Hulk avait encore un pied dans les annĂ©es 1970 (costumes, musique, humanisation de la crĂ©ature…) tout en prĂ©parant les modes Ă venir, La MalĂ©diction du Loup-Garou embrasse pleinement les codes de sa propre dĂ©cennie, tirant aussi partie des deux grands films rĂ©alisĂ©s entre-temps sur le sujet, et n’hĂ©sitant pas Ă verser dans l’horreur pure lors de transformations terriblement graphiques orchestrĂ©es par Greg Cannom (Freddy 3, GĂ©nĂ©ration Perdue, Cyborg) et le lĂ©gendaire Rick Baker (dĂ©jĂ responsable de Hurlements et du Loup-Garou de Londres, les deux films-rĂ©fĂ©rence susdits !) qui avaient tout pour traumatiser le jeune public. Dans la sĂ©rie inspirĂ©e des comics Marvel, David Banner se battait avant tout contre lui-mĂŞme et manquait de rĂ©els antagonistes charismatiques – un Ă©cueil impensable dans cette nouvelle ère d’oppositions manichĂ©ennes et de mĂ©chants « bigger than life » : c’est l’impressionnant Chuck Connors qui incarnera Skorzeny, faisant tonner sa voix rocailleuse, bouffant littĂ©ralement chaque plan dans lequel il apparaĂ®t, et bĂ©nĂ©ficiant des maquillages les plus saisissants – voire gore – de Werewolf. Un personnage en bĂ©ton armĂ©, malheureusement sabordĂ© en cours de route par les rapports houleux de Connors avec la production, et remplacĂ© en bout de course par un Brian Thompson moins iconique que dans le tout rĂ©cent Cobra de George Pan Cosmatos, mais Ă la carrure toujours impressionnante.
American Werewolf Life
Concernant l’aspect plus sociologique, la fuite/quĂŞte d’Eric Cord (incarnĂ© par un John J. York de prime abord très lisse mais qui rĂ©vèle assez vite, sans ĂŞtre non plus Bill Bixby, une belle justesse au fil des Ă©pisodes) profite intelligemment de cette double-ascendance Hill / Cameron pour organiser, dans la grande tradition de ce genre d’histoires, un passage de relais constant entre l’AmĂ©rique des grandes villes et celle de la campagne : on passe des night-clubs aux ports de pĂŞche, des grands hĂ´tels aux monastères, des sans-abris citadins aux grands propriĂ©taires terriens, d’une communautĂ© de natifs Ă une bande de rednecks sans foi ni loi, et finissons ainsi par recomposer un portrait quasi-exhaustif des États-Unis reprĂ©sentĂ©s par le biais de la fiction populaire. Ă€ savoir une succession de territoires violents, disparates, pas vraiment « unis » pour tout dire, oĂą derrière chaque nouveau havre se cache une menace potentielle, passĂ©s au crible d’une Ă©criture très critique et dĂ©peints par une photographie plus ou moins naturaliste ou expressionniste selon les environnements.
Perdu dans cette mosaĂŻque pittoresque, le personnage d’Eric – et c’est peut-ĂŞtre la principale limite du rĂ©cit – se rĂ©vèle une figure Ă ce point positive que, courant pour mettre un terme Ă sa malĂ©diction, il devient plus super-hĂ©roĂŻque qu’autre chose : Ă l’instar du Hulk, nous voilĂ devant un loup-garou qui ne semble tuer personne sinon les individus les plus malfaisants qui auront tout fait pour mĂ©riter ses coups de griffes (ses mĂ©tamorphoses soi-disant alĂ©atoires tombant souvent au moment le plus opportun !). La bĂŞte sanguinaire se mue en redresseur de torts malgrĂ© lui ; une Agence Tous Risques Ă lui tout seul – certes dĂ©passĂ© par sa condition de lycanthrope, mais par lequel s’exprime moins l’angoisse ou la terreur que le rĂ©tablissement salutaire d’une justice dĂ©faillante. Le propos et la morale y gagnent ; la tragĂ©die du personnage et la cohĂ©rence du folklore y laissent des plumes…
Finalement, la plus grande frustration vient de cette unique saison jamais prolongĂ©e et de toutes les questions et potentialitĂ©s qu’elle laisse en suspens. Lorsqu’on songe Ă la façon dont Bixby avait bouclĂ© la saga Hulk (dans un long-mĂ©trage au final catastrophique censĂ© magnifier la mort – totalement incohĂ©rente et bâclĂ©e – du personnage), doit-on s’en plaindre…? DĂ©couvrant peu Ă peu une vĂ©ritable sociĂ©tĂ© de loups-garous dissimulĂ©e dans la sociĂ©tĂ© humaine, rĂ©alisant que l’objet initial de sa quĂŞte n’en Ă©tait pas vraiment un, Eric semblait se prĂ©parer Ă de nouvelles pĂ©ripĂ©ties qui, Ă la longue, auraient sans doute fini par lasser, et n’auraient fait que diminuer l’impact d’une sĂ©rie qui laisse dĂ©sormais Ă la discrĂ©tion de notre imagination ses prochains rebondissements. La quĂŞte d’Eric Cord ne s’achèvera jamais. « Alamo » Joe, obsĂ©dĂ© par sa capture, ne trouvera jamais le repos. Nos interrogations non plus, ni la marche d’une AmĂ©rique sauvage oĂą sous les habits les plus innocents, l’Homme reste un Loup pour l’Homme. Rien ne finit…
Eric, qui comme certain vampire imaginĂ© par Anne Rice ou certains protagonistes de la sĂ©rie animĂ©e Tokyo Ghoul, refuse les aspects les plus animaux de sa condition fondĂ©s sur le meurtre et l’assouvissement pur et simple de ses pulsions, dĂ©clare Ă Skorzeny lors d’une de leurs rencontres : « Vous n’ĂŞtes pas un homme qui se transforme en loup ; vous ĂŞtes un loup dĂ©guisĂ© en homme ! » Peut-ĂŞtre est-ce la rĂ©plique la plus importante de Werewolf, qui, comme nombre de rĂ©cits de malĂ©diction, Ă l’intĂ©rieur d’un monde plus animal qu’il n’y paraĂ®t, est d’abord un combat pour le triomphe de l’Ă©thique.
Image
L’Ă©diteur nous certifie dans le livret accompagnant le programme qu’il s’agit de la meilleure copie possible après recherches. On comprend cette prĂ©cision et on le croit sur parole : nul n’aurait osĂ© sortir un tel transfert s’il avait existĂ© une meilleure source. De fait, le format dvd suffit amplement au faible matĂ©riau, et la sĂ©rie aura jusqu’au bout l’occasion (Ă moins d’un miracle) de dĂ©montrer son statut d’Ĺ“uvre culte puisqu’il faudra se contenter d’un master sur bande magnĂ©tique d’Ă©poque, la pire option possible. TournĂ©e en 35mm, parfois très soigneuse vis-Ă -vis de la lumière, la sĂ©rie – son seul pilote, mĂŞme – aurait mĂ©ritĂ© tellement mieux !… Mais en l’absence de mieux, le fan n’hĂ©sitera pas une seconde. Couleurs tantĂ´t pisseuses, tantĂ´t dĂ©lavĂ©es ; dĂ©finition minimale ; sauts d’image et (très rares) rayures sur la bande qui feront faire un bond de 25 ans en arrière Ă tous ceux qui ont connu la VHS… En plus d’ĂŞtre un beau tĂ©moignage esthĂ©tique de son temps, La MalĂ©diction du Loup-Garou devient donc aujourd’hui un tĂ©moignage technique. On espĂ©rait mieux, inutile de le nier, mais d’une certaine façon l’expĂ©rience de visionnage est complète, dans sa dimension de voyage dans le temps. Ça fait quand mĂŞme bizarre de devoir rĂ©gler Ă nouveau son Ă©cran sur l’option 4/3 de l’image !
Son
La piste sonore est Ă©videmment du mĂŞme acabit : mono donc sans rĂ©elle profondeur, assourdie par la vĂ©tustĂ© du support magnĂ©tique, elle ne fait Ă©videmment que freiner l’immersion dans le rĂ©cit au profit, lĂ encore, d’une immersion dans le passĂ©. Sachons en profiter comme telle : nous n’avons pas le choix ! Ă€ noter que la version française est, pour une fois, un tantinet plus qualitative en terme de propretĂ© – malheureusement elle est Ă bannir pour cause de doublage qui en met royalement un coup aux performances des comĂ©diens (notamment Lance LeGault et Chuck Connors, au jeu si habitĂ©, massacrĂ©s par des prestations ternes).
Interactivité
Une seule prĂ©sentation, pleine d’entrain et d’Ă©lĂ©ments intĂ©ressants, par Alain CarrazĂ© qui nous parle abondamment de l’Ă©laboration de la sĂ©rie, de ses rĂ©alisateurs, du tempĂ©rament ingĂ©rable de Chuck Connors qui mena aux errances narratives que l’on sait, de la tradition tĂ©lĂ©visuelle du loup-garou et de celle du « man on the run » dans laquelle s’inscrit Werewolf, qui trouva son illustration la plus authentique avec Le Fugitif et dont CarrazĂ© fait mĂŞme remonter les origines aux MisĂ©rables de Victor Hugo. Dix bandes-annonces du catalogue sont Ă©galement proposĂ©es – notamment celle de… L’Incroyable Hulk.
Liste des bonus
Liste des bonus : La Malédiction de Werewolf par Alain Carrazé, Bandes-annonces.





