LA CITÉ DES DANGERS

Hustle – États-Unis – 1975
Support : Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Robert Aldrich
Acteurs : Burt Reynolds, Catherine Deneuve, Ben Johnson, Paul Winfield, Eileen Brennan, Eddie Albert, Ernest Borgnine, Catherine Bach, Robert Englund…
Musique : Frankie De Vol
Durée : 120 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 11 septembre 2026
LE PITCH
Gloria Hollinger est retrouvée morte sur une plage de Los Angeles. La police conclut rapidement à un suicide et le père de cette dernière ne l’accepte pas. Poussé par ce dernier, le lieutenant Phil Gaines, flic cynique et désabusé, décide de creuser l’affaire. Ses investigations le font remonter aux intouchables de la ville, dont le puissant avocat qui emploie la call-girl de luxe avec qui Gaines entretient une liaison passionnée. Pris au piège entre un père assoiffé de vengeance et une élite corrompue et ses propres contradictions morales, Gaines s’enfonce dans les ténèbres du rêve californien.
Le Blues de Burt
Film assez confidentiel dans la filmographie de Robert Aldrich et échec commercial lors de sa sortie il y a 50 ans, La cité des dangers demeure une curiosité à redécouvrir avec son casting en or et son ton mélancolique.
Après le succès de Plein la gueule en 1974, le tandem constitué du vieux routier du cinéma américain Robert Aldrich et de la superstar d’alors, Burt Reynolds, accouche d’un nouveau film en 1975. Pour l’occasion, Reynolds fonde sa maison de production RoBurt qui lui permettra de produire sa première réalisation Gator en 1976 et donc La cité des dangers en 1975.
Sur un scénario de Steve Shagan (Sauvez le tigre), avec lequel les relations semblent avoir été compliquées au point qu’il sortira une novellisation de son scénario simultanément, Aldrich réalise une sorte de néo-noir qui met en avant un policier désabusé, en relation avec une prostituée… Reynolds trouve ici un de ses meilleurs rôles loin de ses performances musclées, se révélant souvent touchant face à l’une des call-girl les plus habillées du cinéma (pour reprendre la formule de Bertrand Tavernier) Catherine Deneuve. Personnages à rebours, semblant s’être trompé d’époque, passionnés par les musiques des années 1930 et le rêve de l’Europe, allant voir Un homme et une femme ou écoutant le Yesterday de Charles Aznavour… Mais la découverte du corps d’une jeune femme sur une plage, sans doute après une orgie arrosée de drogue, réveille le flic fataliste tout d’abord tenté de fermer le dossier impliquant des pontes locaux. L’insistance de Paul Winfield, excellent en coéquipier de Reynolds, et du père de la victime le feront changer d’avis…
La revanche de Mr Nobody
Surtout quand ce père est interprété par Ben Johnson, acteur fordien par excellence, vétéran de la Guerre de Corée. Un « Mr Nobody » (plusieurs fois dans le film, on demandera à Reynolds si le père est « quelqu’un », non ce n’est « personne ») qui n’accepte pas que l’élite de Los Angeles échappe à la Justice. L’interprétation de Johnson, son déclassement, son cauchemar de père, obligé de faire l’enquête lui-même comme George C.Scott dans Hardcore et de découvrir l’ampleur de la chute de son enfant, se révèle finalement être le point fort du film, le détonateur.
L’insert de passages de films pornographiques peu après ceux d’Un homme et une femme ont de quoi faire sourire, et rappellent avec insistance à quel point Aldrich rejette son époque, ainsi que Los Angeles, sa corruption et ses élites déracinées. Très bavard (peut-être une des faiblesses du film même si elles nous donnent des moments savoureux comme ces conversations sexuelles téléphoniques de Deneuve en présence de Reynolds), le film compare notamment les Etats-Unis « au Guatemala avec la TV en couleurs » et se gausse de l’inefficacité de la Justice. La peinture des élites est à l’avenant avec un chef de la Police campé par un Ernest Borgnine lâche et débitant les blagues vulgaires et un avocat d’affaires campé avec brio par Eddie Albert, habitué d’Aldrich. Ce dernier, tout en sourires et manipulations, résume un peu le sentiment d’impunité des puissants face aux Monsieur Personne…
En somme, malgré une mise en scène assez académique et un rythme tout à fait lancinant qui expliqueront sans doute son échec en salles, La cité des dangers dévoile sous ses parfums de nostalgie, une intrigue ambiguë et fataliste de film noir où surnagent le couple vedette et un formidable Ben Johnson.
Image
Réalisée à partir d’un scan 4K du négatif original, la copie HD présente une image lumineuse mettant en avant le travail du directeur de la photographie Joseph F. Biroc. Le grain argentique est préservé et les contrastes bien gérés.
Son
Les deux versions présentent un son et des voix claires ainsi qu’un excellent mixage des différentes chansons et de la BO jazzy de Frank De Vol. A noter que Catherine Deneuve se double elle-même dans la version originale.
Interactivité
La dernière édition DVD de 2010 peut laisser la place à ce combo Blu-ray-DVD assorti d’un livret de 24 pages et d’un bonus audio de plus de 30 minutes.
C’est le directeur de la programmation de la Cinémathèque française, Jean-François Rauger qui se charge de présenter le film. Passionné de cinéma italien (voir son excellent dernier ouvrage Rosso Sangue), le cinéphile revient de manière surprenante sur le fait divers italien de l’affaire Wilma Montesi, qui effectivement présente des ressemblances (élites impliquées, mort après orgie et prise de drogue…). Il revient aussi sur le contexte du film marqué par les polars américains comme Dirty Harry, la carrière et la vie de Aldrich ainsi que sur le caractère sexuel du film.
Liste des bonus
Un livret « le cimetière de la morale » de 24 pages, Présentation par Jean-François Rauger (34’).






