INUNAKI, LE VILLAGE OUBLIÉ

犬鳴村 – Japon – 2019
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Takashi Shimizu
Acteurs : Ayaka Miyoshi, Ryota Bando, Renji Ishibashi, Masanobu Takashima…
Musique : Shogo Kaida, Shunsuke Takizawa
Durée : 108 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Lonesome Bear
Date de sortie : 16 septembre 2020
LE PITCH
Le village d’Inunaki, au Japon, est surnommé « le Village Hurlant ». Une psychiatre de la région, Kanade Morita, possède un sixième sens, qui la tourmente depuis l’enfance. Un jour, son frère Yuma et sa petite amie décident de jouer à se faire peur, lors d’une expédition nocturne dans le village. Sans le savoir, ils vont réveiller la terrible malédiction qui frappe le village…
Chemins égarés
Grand champion de la J-Horror du début des années 2000, Takashi Shimizu revient à ses amours scabreux avec Inunaki, film somme, ou pot-pourri selon les sensibilités, qui s’imprègne d’une authentique légende contemporaine et l’entraine vers des chemins inattendus.
Celle d’un village perdu, absent de toutes les cartes du pays, dont l’accès serait barré par une pancarte affirmant « les lois constitutionnelles du Japon ne s’appliquent plus à partir de ce point ». Aucun contact numérique, pas de réseau, aucun retour possible (de nombreux visiteurs auraient disparus), et on y raconte que le viol, l’inceste et le cannibalisme s’y pratiqueraient allègrement. Une légende urbaine dont s’empare frontalement le cinéaste Takashi Shimizu, renouant directement avec ses premiers amours. Non pas qu’il avait totalement délaissé le cinéma d’horreur (il a tout de même signé une version live de Kiki la petite sorcière inédite chez nous), mais le spectateur peinait souvent à y retrouver cette atmosphère délétère, sourde et terrifiante qui avait rendu ses Ju-on / The Grudge (dont le premier remake américain) si impressionnants. D’ailleurs, malgré un tournage en numérique, la photographie d’Inunaki retrouve ce réalisme un peu froid des premiers jalons du genre, avec même en ouverture une séquence en pseudo « found footage » entre hommage au copain Ring et ironie sur ses codes. Shimizu retrouve clairement de son inspiration imposant une ambiance particulièrement mystérieuse et opaque alors que les disparitions commencent à s’accumuler, parsème sa petite montée en puissance de quelques visions bien hallucinées : un suicide qui semble tout droit sortir d’un manga de Junji Ito (Shimizu n’avait-il pas adapté un Tomie en 2001 ?), une visite nocturne dans un village délabré pas bien loin d’un Resident Evil 4, une noyade glaçante dans une cabine téléphonique et des apparitions de fantômes certes classiques mais dont la petite trouvaille esthétique fait mouche.
Le bout du tunnel ?
Accumulant les personnages, principaux et secondaires, s’écartant de la trame principale pour s’intéresser à un gamin hanté par le spectre de sa véritable mère, triturant la chronologie des évènements et soupoudrant le tout de pouvoirs psychiques et même d’allusions lycanthropiques, le réalisateur se laisse cependant un peu emporter par son entrain. Un film qui tombe dans le trop plein, dans la multiplication des possibles et des sensibilités, et qui manque alors de cohésion, alourdi par une trame en forme de puzzle. Il n’y avait pourtant pas besoin de tout cela pour rendre Inunaki aussi effectif qu’affectif puisque Shimizu retient la fameuse croyance populaire pour la faire dériver vers une évocation lugubre, voir carrément glauque lors de quelques flashbacks en super 8, du traitement de certaines franges de la population japonaise. Les burakumin pour les nommer, anciens cerfs auquel on ne laissait que les basses besognes et qui qui restent aujourd’hui largement ostracisés, poursuivis par d’obscure croyances aux accents de racisme primaire. Le secret familial qui pèse dans la famille de l’héroïne Kanade Morita, ce couple donc avec ces visages écartés des mémoires, des origines refoulées, un drame scabreux passé sous silence et qui rejaillit ici sous la forme d’une nouvelle vengeance surnaturelle, d’un hurlement de douleurs, d’une rancune vorace : ‘The Grudge’ encore et toujours.
Image
Capturé en numérique mais non sans une bonne dose de discernement cinématographique, Inunaki s’installe sur un Bluray d’excellente qualité s’efforçant constamment de préserver les variations de lumières, les changements de sources (les courts passages « found foutage ») et de garder le cap dans les longues séquences dans un noir presque absolu. Les effets d’halos, de légers flous proviennent de la source et dans tous les autres cas la définition est aussi imparable que la chaleur véhiculée par la riche palette de couleurs.
Son
Assez intense, la piste DTS HD Master Audio 5.1 se conduit exactement comme peut l’attendre un amateur de film d’horreur contemporain. Venant appuyer chaque sursaut et apparition, le mix se montre aussi efficace dans l’installation d’’atmosphères plus diffuses, plus naturelles, avant de les stopper net d’un silence écrasant et inquiétant. Dynamique, fluide et assez subtile, la version originale ne tombe jamais dans les excès faciles.
Interactivité
Comme souvent avec le cinéma fantastique japonais, pas de grand documentaire ou d’interviews à rallonge pour venir analyser le film. L’éditeur français a cependant invité Jean-François Roger à présenter le film. Une évocation enthousiaste et creusée qui en passe forcément par un retour sur les grandes heures de la J-Horror et les thématiques et figures indissociables du cinéma de Shimizu. Comme toujours avec le monsieur c’est très intéressant et pertinent.
Liste des bonus
Le Cinéma de Takashi Shimizu par Jean-François Roger, journaliste du Monde (19’).






