GUTLAND

Luxembourg, Belgique, Allemagne – 2017
Support : DVD
Genre : Fantastique
Réalisateur : Govinda Van Maele
Acteurs : Vicky Krieps, Frederick Lau, Pit Bukowski, Gerdy Zint, Marco Lorenzini…
Musique : Dominique Depret
Durée : 107 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Allemand Dolby Digital 5.1 & 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Next Film Distribution
Date de sortie : 16 septembre 2020
LE PITCH
Venu d’Allemagne, Jens débarque dans une petite communauté rurale du Luxembourg. Solitaire et mystérieux, il attire l’attention de Lucy, mère célibataire et fille du maire. Peu à peu, les habitants l’accueillent dans un cercle très privé…
Bienvenue chez nous
Après une poignée de court-métrages remarqués, Govinda Van Maele passe au format long avec Gutland, drame rural et naturaliste plongeant dans un fantastique à fleur de peau. Un premier essai plein de promesses qui fut malheureusement recalé pour concourir au meilleur film en langue étrangère aux Oscars en 2019.
Au cœur de Gutland, on retrouve les thématiques de l’intégration et de la mixité. Un programme chargé mais que le réalisateur, aux origines très diverses (Luxembourg, Belgique, Sri-Lanka), maîtrise d’instinct. Dans un sens plus large, son film parle en réalité de l’Europe et de ses états membres qui semblent incapable de gérer les crises migratoires, les sursauts de nationalisme et les problèmes d’identité.
Quasi-sosie d’un Liam Neeson jeune, Frederick Lau incarne Jens, vagabond aux allures d’un homme des cavernes, traversant la campagne à la faveur de la nuit, un vieux sac de sport en bandoulière. Couleur de peau et origine mises à part (il est blanc et parle allemand), il est le parfait cliché du migrant, sale, rustre, ne parlant pas la langue locale (et parlant peu de toute façon) à la recherche d’un emploi de saisonnier et provoquant bien malgré lui des réactions variées, allant du rejet à l’altruisme en passant par une attirance sexuelle très primaire. Si le réalisme prédomine durant la première heure, l’intégration de Jens soulève de plus en plus de questions. Son physique change, ses nouveaux amis ont des pratiques et des rites inquiétants et la disparition du précédent propriétaire de la maison dans laquelle il finit par emménager fait craindre le pire. Pour manœuvrer entre les mystères qu’il effleure sans jamais se perdre ni perdre l’attention du spectateur, Van Maele ne semble jamais à court d’influences.
Comme à la maison
Impossible de filmer une communauté rurale aussi soudée que décalée sans ramener immédiatement à la surface le souvenir de Twin Peaks de David Lynch (la série comme le film). Une citation parfaitement assumée même si Govinda Van Maele évite le surréalisme et l’onirisme, préférant emprunter à Lynch un érotisme trouble et malsain qui se diffuse au travers de polaroids crasseux et pornographiques où les femmes du village s’exposent sans une once de pudeur. Dans son portrait des solitudes et d’amours malades, on sent également que le Calvaire de Fabrice du Welz a laissé son empreinte.
La transformation de Jens évoque quant à elle les mutations de la chair de David Cronenberg (un peu) et le conformisme de groupe façon Body Snatchers (beaucoup). Pour effrayante qu’elle soit, une intégration réussie passe donc par le besoin de se fondre dans le paysage et dans sa nouvelle famille/patrie d’accueil. On pense enfin à Yves Boisset et à son mémorable Canicule lorsque le passé de braqueur de banques de Jens refait surface et que les crapules qui tentent de mettre la main sur un magot caché se heurtent à des paysans sans pitié. Une sous-intrigue un peu inutile qui rallonge artificiellement Gutland et son plus gros défaut puisque le film peine à convaincre qu’il ne fut pas d’abord envisagé comme un court ou un moyen métrage.
L’interprétation, le rythme, l’étrangeté, l’intelligence et la mise en image sublime de Govinda Van Maele font passer outre cet accroc structurel et Gutland révèle un cinéaste à suivre de très près, esthète et créateur d’ambiances comme on n’en voit plus guère.
Image
Pas de haute-définition pour Gutland mais le DVD ne s’en sort pas si mal, le grain de l’image étant traité avec respect par une compression ad hoc. Les scènes les plus sombres ou en intérieur ne pâtissent jamais du manque de profondeur de champ et les couleurs des campagnes du Luxembourg impriment la rétine avec une vigueur farouche.
Son
Le 5.1 développe les ambiances que la stéréo laisse un peu de côté mais, à l’exception du timide ouverture à l’arrière, les deux mixages se valent et s’adaptent sans peine à tous types d’installation. Très belle présence d’une musique qui se déploie jusqu’à embraser les enceintes lors de l’épilogue.
Interactivité
Deux suppléments qui n’en forment qu’un seul, soit un bout à bout de scènes coupées, de chutes de montage et de plans alternatifs. C’est beau mais le manque de mise en contexte ou d’un quelconque entretien avec le réalisateur manque forcément et ces images nous sont offertes sans que l’on sache réellement quoi en faire. Dommage.
Liste des bonus
Scènes coupées, Montage vidéo, Bande annonce.







