EEGA, LA MOUCHE VENGERESSE

Eega – Inde – 2012
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : S.S. Rajamouli
Acteurs : Sudeep, Nani, Samantha Ruth Prabhu, Hamsa Nandini, Crazy Mohan, Santhanam, Adithya Menon…
Musique : M.M. Keeravani
Durée : 144 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Télugu DTS-HD Master Audio 5.1 & 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 16 juin 2026
LE PITCH
Amoureux de la belle Bindhu, Nani, un jeune homme débrouillard et romantique, est assassiné par son rival Sudeep, un riche homme d’affaires sans scrupules. Réincarné en mouche, il va chercher à se venger par tous les moyens…
Bzzzz Bzzzz
Déjà célèbre dans ses contrées pour son cinéma aux ambitions grandissantes mais pas encore élevé au firmament puis reconnu à l’international pour le diptyque La Légende de Baahubali et RRR, le réalisateur télugu S.S. Rajamouli signe avec Eega son film le plus décalé, le plus improbable. En d’autres mains, cette histoire de vengeance portée par une mouche (oui, une mouche, qui fait bzzz bzzz) ne serait jamais parvenu à se hisser au-delà d’un bon gros Z pété du casque. Rajamouli parvient à en tirer une comédie fantastique virtuose et pétaradante, transcendée par son romantisme au premier degré et une inventivité de tous les instants. Du génie à l’état pur.
Dans un coin du ring, un quidam réincarné en mouche (oui, ça fait du bien de le répéter) prêt à se venger par tous les moyens d’un golden bad boy haïssable à tous les étages, une sorte d’Elon Musk indien mais la tendinite du coude en moins. Dans le coin opposé, une romance puissance mille qui s’affranchit de la barrière du karma et de la réincarnation et qui ferait passer Coup de foudre à Notting Hill pour un banal week end romantique dans un Ibis Budget. Pour mélanger tout ça et accoucher d’un divertissement populaire cinq étoiles, il faut une sacrée dose de courage et une foi inébranlable dans la suspension d’incrédulité.
Et pour faire d’une mouche un personnage crédible et attachant, S.S. Rajamouli se repose autant sur les effets spéciaux numériques que sur la notion de point de vue, esquivant l’anthropomorphisme sans se priver « d’adoucir » l’apparence on le sait peu engageante de l’insecte en question. Ainsi, les premières minutes passées avec la mouche épousent le point de vue du « personnage » et évoquent la poésie émerveillée de Microcosmos, l’humour millimétré du 1001 Pattes de Pixar et le spectacle épique de l’infiniment petit (et de ses périls) à la façon du Chérie, j’ai rétréci les gosses de Joe Johnston. Et le résultat s’avère payant, le rendu à priori trop coloré et trop lisse des images de synthèse jouant immédiatement en faveur d’une mise en scène très comic-book et éhontément premier degré. Le cap des premières minutes digérées, il devient presque impossible de ne pas s’attacher à la mouche. Et c’est alors que Rajamouli peut faire grimper le curseur de la folie douce en nous montrant la mouche s’entraîner à la Rambo ou se fabriquer des accessoires tout en ne cessant de développer son pouvoir de nuisance. Plus fou encore, le cinéaste parvient à élever l’antagonisme entre la mouche/Nani et Sudeep au rang d’affrontement quasi-mythologique jusqu’à un double climax qui convoque d’abord des sorciers (le fantastique) puis vire enfin au gunfight à la John Woo (l’action décomplexée) !!! Et on ne vous parle même pas d’une sous-intrigue concernant un voleur un peu neuneu, brusquement mise de côté puis ressorti du chapeau pendant le générique de fin, en parallèle d’une chanson interprétée et chorégraphiée par … la mouche !!!!
Tsé-tsé
Tous ce déploiement d’excentricité serait sans doute en vain s’il ne s’appuyait pas sur une histoire d’amour sincère, naïve et attachante, condensée dans une première demi-heure paradoxalement bien plus casse-gueule que tout ce qui suit. Une fois transformé en mouche, Nani ne cesse pas pour autant d’être amoureux de la belle Bindhu mais il doit se résoudre à une mission de protecteur. Bindhu, pour sa part, et une fois convaincue que son prétendant n’est plus du tout l’homme qu’il était (c’est le moins que l’on puisse dire) mais qu’il reste présent à ses côtés, passe de la tristesse à la complicité et se reconstruit sur la base de sa foi et le souvenir d’un amour plus fort que la mort. Pour le public occidental, un effort sera sans doute nécessaire pour accepter sans broncher la notion de réincarnation comme une réalité indiscutable (après, si vous acceptez qu’un étudiant mordu par une araignée radioactive puisse devenir un super-héros, ça devrait passer crème).
Mais revenons à nos moutons. Nani et Bindhu, acte 1. Quiconque connaît le cinéma indien de près ou de loin ne peut ignorer que les cinéastes locaux (Bollywood ou Tollywood, même combat) aiment bâtir leurs histoires d’amour sur la durée, en multipliant les drames et les rebondissements, du coup de foudre initial jusqu’à la conclusion, heureuse ou pas, 3 heures et une dizaine de chansons plus tard. Avec Eega, S.S. Rajamouli fait le pari de boucler cet axe dramatique en moins de 30 minutes et avec une seule chanson, avant de le faire évoluer en ce que vous savez. Pour ce faire, il peut compter sur le charme de ses interprètes principaux. Nani incarne ainsi à la perfection la candeur et l’entêtement malgré le risque réel de paraître quand même pour un gros forceur. Un trait de caractère repoussé de justesse par son humour et une maladresse « chaplinesque » ainsi que par les soupirs bien compréhensibles de son éternel comparse, le désopilant mais discret Noël Sean. Incarnant la bonté, la compréhension et la patience, Samantha Ruth Prabhu fait le plus gros du travail, sa beauté ne faisant que souligner le naturel et la luminosité de son jeu. Croyez-nous sur parole, il est virtuellement impossible de ne pas tomber amoureux de Bindhu au premier regard. Ce qui est bien évidemment le cas de Sudeep (joué par … Sudeep), le grand méchant de l’histoire. Son hypocrisie, son arrogance, sa ténacité en font un salopard de compétition, sans le moindre scrupule, sans le moindre remord. Sa simple présence rend encore plus pure et précieux le lien qui finit par unir Bindhu et Nani.
Drôle, spectaculaire, fou, émouvant (et oui !), poétique, frénétique, culotté, Eega est une sorte d’idéal de blockbuster, risqué mais rassembleur. Venez pour une mouche en CGI, repartez avec des étoiles plein les yeux !
Image
Visible pour la première fois en France et en haute-définition, à l’occasion d’un cycle S.S. Rajamouli parrainé par l’éditeur Carlotta, Eega est avantageusement présenté dans une copie qui brille de mille feux, en dépit de quelques plans instables ou de variations de colorimétrie sur les plans les plus chargés en effets spéciaux. La définition est admirable (notamment sur les gros plans) et les textures les plus numériques sont au coude-à-coude avec un léger grain argentique très probant.
Son
Pas de version française disponible mais le choix entre deux mixages en télogu, la langue originale du film. Très logiquement, le 5.1 écrase la concurrence avec pléthore d’effets multidirectionnels, une spatialisation de kéké et des basses qui claquent. Mais le 2.0 se défend honorablement, essentiellement sur la bande-son et les chansons, avec une dynamique sous stéroïdes.
Interactivité
Après avoir été le visage et la voix de la promotion du cinéma HK dans l’Hexagone (ce qu’il est toujours, voir le retour fracassant du label ces derniers mois), le cinéphile et cinéaste Christophe Gans ne manque désormais plus une occasion pour chanter les louanges de S.S. Rajamouli, le fils spirituel télogu de Cecil B. De Mille et Tsui Hark. Gans anime donc deux modules, le premier sous la forme d’une rétrospective de la filmographie du génie de Tollywood et qui donne méchamment envie de découvrir tous les films abordés, le second plus spécifiquement consacré à Eega avec une analyse pointue et passionnante. Petit conseil, visionnez d’abord le premier supplément, puis le film, puis le second module. Du pur bonheur.
Liste des bonus
« Le Géant de Tollywood » (26′), « Bricolé Dément » (23′), Bande-annonce originale.






