CROMWELL

Royaume-Uni, États-Unis – 1970
Support : Bluray & DVD
Genre : Historique
Réalisateur : Ken Hugues
Acteurs : Richard Harris, Alec Guinness, Robert Morley, Dorothy Tutin, Frank Finlay, Timothy Dalton…
Musique : Frank Cordell
Durée : 111 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 22 septembre 2020
LE PITCH
Angleterre, 1640. Oliver Cromwell, membre du Parlement, s’inquiète des injustices commises sous le règne du roi Charles 1er. Tandis que le peuple gronde, le roi refuse de partager son pouvoir avec le Parlement. Une guerre civile éclate, opposant les troupes de Cromwell à celles du roi.
La bataille des puritains
Personnage complexe dont les actes sont encore et toujours débattus au Royaume-Uni, Oliver Cromwell est une figure historique de la portée d’un Robespierre. Un leader passé de révolutionnaire à dictateur, que le cinéma anglais transforma en héros épique et charismatique dans une épopée grand luxe.
Finalement assez peu connu en dehors des frontières anglo-saxonnes, et en particulier en France où l’on continue de croire qu’on était les premiers à vouloir décapiter les rois, Oliver Cromwell et la révolution qu’il a dirigé contre le roi Charles 1er au VIIème siècle est un chapitre important et incontournable des livres d’histoire britanniques. Une petite vingtaine d’année durant laquelle l’Empire n’est plus une monarchie mais une « démocratie », dirigée d’une main de fer par un Lord Protector ferme, intransigeant, se mettant peu à peu le parlement et la population à dos. Un dictateur en somme qui impose le portrait d’un homme à la rigidité toute puritaine, emporté par l’histoire et balayé par ses propres ambitions et sans doute une folie des grandeurs galopantes. Ses actes plus que discutables et la haine que lui vouera la couronne entrainera même la décision d’exhumer son corps pour qu’il soit décapité et immolé tandis que sa tête sera exhibée devant Westminster Hall pendant 20 ans par décision d’une monarchie restituée. Pas vraiment un héros du royaume, que l’on n’arrive pas toujours à raccorder à celui présenté dans le film de Ken Hugues (Chitty Chitty Bang Bang, Les Procès d’Oscar Wilde), cinéaste qui se documenta pourtant pendant des années avant de faire aboutir son projet. Autoritaire par un Richard Harris pénétré et autoritaire, géant par la stature et l’éloquence, cet Oliver Cromwell est un mélange de Robin des bois (encore plus proche avec le film de Ridley Scott), de la figure du politique de Frank Capra et du meneur convaincu, presque divin, aux airs de Jeanne D’arc. Un homme qui s’oppose à la monarchie de droit divins, à l’opportunisme de l’état britannique et de ses collègues parlementaires et qui va quasiment à lui seul restaurer le pays.
King or country
Peu de nuances, sauf sans doute dans le portrait délicat et fragile d’un Charles 1er trop confiant, manipulé mais honnête, interprété par Sir Alec Guinness comme un négatif de Cromwell. Épaulé par des acteurs de la stature de Robert Morley, Frank Finlay et d’un jeune et fougueux Timothy Dalton, ils emportent vaillamment le métrage vers l’élégance et les postures d’un théâtre classique, mais puissant et admirable. Pas encore empreint des expérimentations du cinéma contestataire (même si l’angle du scénario y fait parfois écho) la mise en scène de Hugues est surtout habitée par la prestance du modèle hollywoodien, préférant capturer les grandes batailles historiques comme autant de tableaux, presque fixes ou simplement accompagnés de lents travellings à distance. Malgré la richesse des costumes, la superbe des décors et l’ampleur d’une productions engageant des milliers de figurants, Cromwell est moins un film historique qu’un biopic fantasmé, un portrait héroïque qui cherche constamment la pureté d’un personnage quitte à en balayer les parts d’ombres les plus fascinantes. Adieu donc, autant pour des questions de cohésions que pour éviter toute tension avec les voisins (nous sommes en 70 et l’IRA était encore très active), l’évocation de la campagne irlandaise et le massacre d’une population qu’il exécrait (ironie Richard Harris était un patriote irlandais convaincu). Oublié aussi grâce à une conclusion en forme d’éloge solennel, la déchéance de son pouvoir.
Cromwell passe souvent à côté du grand film qu’il aurait pu être, sans doute un peu mal à l’aise entre deux décennies cinématographiques que tout oppose : sorti dix ans plus tôt il serait resté une fresque historique tout en noblesse auquel on pardonnerait, presque, le manichéisme et le révisionnisme élogieux.
Image
L’éditeur met en garde au lancement du film contre les défauts inerrants à la copie proposée. Les efforts de remasterisation n’ont en effet pas pu faire disparaitre toutes les petites variations de luminosités et de piqué d’une scène à l’autre. Perfectible mais finalement assez propre, laissant affleurer un grain naturel et des couleurs plutôt bien contrastées.
Son
Le film fut parfois projeté en 1970 avec une piste sonore 6 canaux venant souligner toute l’ambition des grandes batailles et des scènes à figurants. Malheureusement seule la plus petite stéréo a perduré jusqu’à l’ère de la vidéo. La version originale offre tout de même un bon confort d’écoute et des sensations frontales mais claires et efficaces. Le doublage français avec ses voix trop avant est un peu moins convaincant.
Interactivité
L’éditeur propose un retour assez complet sur le film enregistré par un spécialiste de l’histoire anglaise, Bernard Cottret. Il revient donc sur la figure de Cromwell, le parcours de l’homme politique, l’importance du christianisme, sa rébellion et son passage à la figure, méritée, de tyran. Il questionne aussi le film dans son adaptation, qui s’est largement éloigné des vérités historiques pour le transformer en symbole d’un esprit démocratique triomphant en pleine guerre froide.
Liste des bonus
Un livret écrit par Jean-François Baillon, universitaire spécialiste de la civilisation et du cinéma d’outre-Manche (24 pages), « Un homme providentiel » : entretien avec Bernard Cottret (22’).







