ADORATION

France, Belgique – 2019
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Fabrice du Welz
Acteurs : Benoît Poelvoorde, Thomas Gioria, Fantine Harduin, Laurent Lucas…
Musique : Vincent Cahay
Durée : 98 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français pour Sourds et malentendants
Éditeur : The Jokers
Date de sortie : 02 juillet 2020
LE PITCH
Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou de cette adolescente trouble et solaire, Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes…
La passion du Welz
Après son expérience américaine éprouvante avec le pourtant très réussi Message from the King, Fabrice DuWelz s’était promis une chose : ses prochains films se feraient dans la liberté la plus totale. C’est donc avec Adoration, son film le plus personnel et le plus romantique, que celui qui s’est aussi brûlé sur Colt 45 (polar malade produit et détruit par Thomas Langmann), célèbre son indépendance retrouvée.
Logiquement, Adoration est aussi la clôture symbolique d’un pan de la carrière du réalisateur. Il est l’épisode final de sa « trilogie des Ardennes » débutée en 2004 avec un coup de poing dans l’estomac devenu culte et nommé Calvaire, puis continuée 10 ans plus tard avec Alléluia, variation incandescente de l’histoire des tueurs de la lune de miel. Cette trilogie, au-delà de l’unité de lieu, se définit dans sa manière de plonger le spectateur dans des histoires d’amour à la fois tragiques, passionnelles et malsaines. Ici, Du Welz se place sur le terrain rare et glissant de la passion adolescente. Celle que va vivre Paul, jeune homme solitaire et sensible, avec Gloria, patiente de l’hôpital psychiatrique dans lequel travaille sa mère. Responsables d’un drame, ils décident de s’échapper pour ne plus jamais revenir. L’histoire est simple et ne s’embarrasse ni de complexités scénaristiques, ni de personnages inutiles. Du Welz ne cherche pas l’absolue rigueur narrative, mais plutôt à faire vivre au spectateur une expérience viscérale, à la croisée des styles.
Quand on est amoureux, c’est merveilleux
Car même s’il a frayé toute sa carrière avec le cinéma de genre, le réalisateur n’a, au fond, que faire des chapelles. Peuplé de visions fantomatiques et hallucinatoires, l’errance de Paul et Gloria convoque à la fois les grands maîtres de l’horreur italienne (on pense au coloriste Mario Bava) mais aussi l’expressionnisme magique de La Nuit du Chasseur, auquel l’errance aquatique de Paul et Gloria renvoie ostensiblement. Du Welz fait d’ailleurs le choix de mise en scène judicieux d’associer l’eau au danger, plongeant ses personnages dans un inconfort et un péril permanents. Métaphore évidente de la façon dont on vit un amour fou à cet âge.
Plastiquement, le film est une merveille d’un autre temps. Militant du celluloïd, Du Welz tourne une nouvelle fois avec le génial Manu Dacosse (Laissez bronzer les cadavres, Evolution) dans le format Super 16mm (en cinémascope s’il vous plait). La pellicule est ici poussée dans ses derniers retranchements. Organique, vivant, le format fuit la recherche si moderne du point parfait pour offrir une richesse, une vibration et une puissance chromatique que seul l’argentique permet. Fort de cette puissance esthétique, le réalisateur se permet également de tisser des liens avec le genre du réalisme poétique, en faisant traverser à ses personnages des décors fantasmagoriques révélant leurs états mentaux.
Sublimation
Esthète, Fabrice Du Welz est aussi un directeur d’acteurs magnifique. Ainsi Thomas Gioria, déjà tétanisant dans le superbe Jusqu’à la garde, est sublime de naïveté tandis que Benoît Poelvoorde, le temps d’une longue séquence, trouve (enfin) un rôle bouleversant à la mesure de son immense talent. On s’excuserait presque de devenir un peu prosaïque en fin de critique, mais le film n’est pas non plus exempt de défauts. Et, à force de liberté narrative, s’embourbe un peu dans sa seconde partie, semblant, un temps, ne plus savoir que faire du personnage de Gloria (la prometteuse Fantine Harduin) qui passe d’un caractère troublant à une hystérie irritante et un peu clichée. On s’éloigne alors un moment d’un film qui nous avait jusque-là pris aux tripes.
Adoration reste pourtant une œuvre d’une grande beauté. Hors des modes, hors des genres, cette histoire d’une passion (au sens mystique du terme) adolescente est aussi l’énième confirmation du grand talent de Fabrice Du Welz, un des secrets les mieux gardés du cinéma européen, dont on espère de tout cœur qu’il rencontrera enfin un large public avec ce poème troublant et passionné.
Image
Fidèle à ses convictions d’artiste, Fabrice Du Welz refuse encore et toujours de tourner en numérique, privilégiant une pellicule plus organique, plus tactile, plus argentique. La photo de Manuel Dacosse (Alleluia, Evolution, L’Empereur de Paris) est absolument superbe, riche, sculptée et texturée et le Bluray de The Jokers le lui rend bien en le couchant avec finesse et fidèles sur un master HD pointu et pointilleux. Le grain d’origine est omniprésent, les contrastes parfois excessifs et les arrière-plans vaporeux sont rendu à la perfection, tout cela bien entendu avec des cadres à la netteté troublante.
Son
Un même soin a été apporté aux deux pistes sonores française. Celle en DTS HD Master Audio 2.0 est parfaitement efficace dans sa frontalité simple et directe, avec tout de même de vrai percée d’ambiances verticales. Forcément son homologue 5.1 est largement plus ample, plus puissant et séduit constamment autant par sa restitution cristalline des musiques de Vincent Cahay que dans la mise en place d’atmosphères affleurantes et d’une lente montée presque angoissante.
Interactivité
Proposé en exclusivité sur le site officiel de The Jokers, le digipack combo d’Adoration semble de prime abord un peu court question bonus, mais les deux options se révèlent finalement très intéressantes. A commencer par les scènes coupées, écartées du montage pour de très bonnes raisons, mais qui donnent à Benoit Poelvoorde une occasion supplémentaire de creuser la folie de son personnage, et aux deux héros l’occasion d’atterrir dans un curieux mariage aux légers accents lynchiens. Pas de making of à l’horizon, mais l’éditeur à eu l’excellent idée de glisser en supplément la Masterclass donné par le réalisateur devant les étudiants de la Femis en 2019. Si l’image et le sont ne sont pas toujours au point l’entretien est absolument passionnant, donnant l’occasion à Du Welz d’exposer pendant presque 1h30 son travail de direction d’acteur, sa passion pour la pellicule et la lumière, ses références absolues ou de revenir sans détour sur ses expériences difficile avec les studios (Colt 45 et Message from the King). Comme toujours avec le monsieur, ça déborde d’amour pour le cinéma et de besoin de le partager.
Liste des bonus
Masterclass de Fabrice du Welz à la Femis (83’), Scènes coupées (6’), Bandes-annonces.






