H.E. : THE HUNT FOR ENERGY

Japon – 2012
Genre : Science-Fiction
Dessinateur et scénariste : Boichi
Nombre de pages : 584
Éditeur : Delcourt / Tonkam
Date de sortie : 3 septembre 2026
LE PITCH
Après le séisme parvenu en 2011 au Japon, une petite entreprise spécialisée dans l’énergie, JEC, décide de créer une section spécialisée dans la recherche d’énergies renouvelables. Hiro Narushima intègre le projet, ce qui est loin d’être étonnant puisqu’il a la capacité de « voir » les énergies. Il va alors parcourir le Japon avec ses coéquipiers dans l’espoir de trouver de nouvelles énergies « vertes ».
Totale énergie
Aujourd’hui auteur reconnu et bien installé grâce à des titre comme Origin, Dr Stone ou le plus récent The Marshal King, Boichi a toujours montré un grand intérêt pour les questions technologiques, les évolutions scientifiques et l’avenir de l’humanité. Des sujets au cœurs de la curiosité H.E. alias The Hunt for Energy, autrefois édité en trois volumes distincts et désormais présenté en intégrale chez Delcourt / Tonkam.
Profondément marqué comme quasiment tous les habitants du Japon par la catastrophe de Fukushima, Boichi en a nourris une réflexion profonde sur la gestion des énergies, les dangers de leur exploitation et les catastrophes qui menacent l’espace humaine a plus ou moins courts termes. Certains auraient sans doute dès lors donné naissance à une bande-dessiné profondément sérieuse, pénétrée voire inquiétante, délivrant une réflexion militante frontale, mais Boichi opère lui un mélange asses amusant entre les codes classiques du manga et l’essai purement théorique. Il y a donc dans H.E. cette aventure industrielle réunissant quatre personnages aussi différents qu’extrêmement typés (le héros au look stylé, la superbe bombasse de service, l’employé gaffeur tendance humoristique et le vieux sage), autrefois relégués à un service placard et qui se trouvent une nouvelle mission salvatrice grâce à un grand projet de la JEC : trouver l’énergie du futur. Les différentes personnalités font parfois quelques étincelles, la branche concurrente est montée par le fils du PDG, et l’auteur nous distille un suspens à coups de présentations surprises, d’espionnages industriels et de démonstrations spectaculaires. Pas avare, il saupoudre par-dessus tout cela des éléments de purs comédie manga, une sur-sexualisation de la gent féminine et même un peu de fantastique en dotant Hiro du pouvoir d’observer à l’œil nu d’étranges créatures (qui ressemblent comme deux gouttes d’eaux aux esprits de la forêt de Princesse Mononoké, et ce n’est pas un hasard), dont les teintes et le comportement délivrent des indications précieuses sur l’impact de l’humain sur l’état de la planète.
« éteints la lumière… »
Que ce détail n’aille pas vraiment très loin dans l’histoire n’est pas bien grave puisque H.E. se veut aussi, et surtout, une publication extrêmement didactique abordant donc les différentes énergies disponibles à l’utilisation, en évoquant à chaque fois leurs qualités, leurs défauts et leurs différentes mises en œuvre. Le but ici est bien entendu de sortir de l’exploitation du pétrole, mais le manga n’en cache jamais les grandes qualités d’exploitations, et de trouver l’alternative la plus pertinente entre les différentes pratiques photovoltaïques et l’éolien en alternant les points de vue et les analyses et présentations … fictives certes mais qui, on l’imagine très bien, sont basés sur d’authentiques documents scientifiques et sites industriels japonais. On voit arriver la conclusion de loin (multiplier les énergies renouvelables pour sortir de l’impasse…), le vaste portrait des premiers véhicules électriques peut paraitre un peu obsolète aujourd’hui où le système est en cours de démocratisation et on se serait facilement passé des petits élans patriotiques… et pourtant on se prend facilement au jeu grâce à ce mélange constant entre le sérieux des thématiques et le décalage que provoquent les postures héroïques et conquérantes des protagonistes semblant tout droit sortis d’un épisode d’Ace Attorney. Ici la vulgarisation du propos n’est jamais un vilain mot et Boichi réussit à faire passer des concepts complexes sans trop en avoir l’air, enrobant le tout de ses illustrations rigoureuses et sexy, entre caricature d’anime et réalisme des décors et des technologies présentés, et bien entendu son découpage de shonen épique.
H.E. n’est pas forcément un incontournable de la bibliographie de Boichi mais il propose une mini-série qui réussit à divertir et amuser avec un sujet qui ne s’y prêtait pas franchement. Et puis grâce aux pitreries de sa troupe de héros et leur petite révolte finale, il propose un horizon plutôt positif, un message plein d’espoir qui ne peut jamais faire de mal.




