THE NEON PEOPLE

France, Belgique – 2025
Support : Bluray
Genre : Documentaire
Réalisateur : Jean-Baptiste Thoret
Acteurs : Brandi McKusick, Jerry Garcia, Scott Malon, Tony X, Wade X, Preston Nolan, Terrence Ray, Jerry McCory, Bryauni McCory, Arianna McKusick, Ashley Nicole Chance, Rudy Strause, Mary Robinson…
Musique : Jean-Baptiste Thoret
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Stéréo
Sous-titres : Français
Durée : 124 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 1er septembre 2026
LE PITCH
À quelques mètres sous les casinos et les hôtels de Las Vegas s’étend un monde invisible. Dans ces kilomètres de tunnels conçus pour évacuer les eaux de pluie, des milliers de personnes sans abri ont installé leur quotidien. Jean-Baptiste Thoret part à leur rencontre et partage leurs histoires, leurs difficultés, leurs liens et les espoirs qui subsistent dans les profondeurs de la ville.
They Live
Avec The Neon People, Jean-Baptiste Thoret poursuit son exploration d’une Amérique dont les images officielles dissimulent souvent les fractures. Après We Blew It et Michael Cimino, un mirage américain, le cinéaste délaisse les grands espaces et les fantômes du Nouvel Hollywood pour descendre sous Las Vegas, dans les quelque 800 kilomètres de tunnels destinés à évacuer les eaux pluviales. Des hommes et des femmes y vivent à l’écart du monde, sous une ville construite sur le jeu, l’argent et l’illusion.
Le dispositif aurait pu aboutir à un documentaire social classique, mais Thoret lui donne une véritable ambition de cinéma, en faisant dialoguer la démesure lumineuse du Strip avec les profondeurs de la ville. Las Vegas se découvre alors selon une géographie verticale : au-dessus, les hôtels, les casinos et leurs promesses de bonheur immédiat ; en dessous, un réseau de béton, d’eau, de déchets, de couloirs étroits et d’abris improvisés. La caméra passe de l’un à l’autre et transforme peu à peu cette opposition géographique en lecture politique. Les habitants des tunnels forment une communauté invisible, estimée à environ deux mille personnes, dont l’existence reste largement à distance du spectacle permanent qui se joue à la surface. Thoret tient cependant à leurs singularités. Brandi, Scott, Mary, Terrence et les autres ne servent jamais de simples illustrations à un discours sur la pauvreté américaine. Le film prend le temps de les écouter, d’observer leurs habitudes, leurs relations, leurs souvenirs et leurs projets. Cette durée fait émerger des personnalités complexes, parfois contradictoires. La précarité constitue leur environnement, elle ne définit jamais entièrement ceux qui y vivent.
Cette attention rejoint d’ailleurs l’une des grandes forces des travaux de Thoret : montrer l’Amérique à travers ses paysages et ses habitants pour faire apparaître ce que les représentations officielles maintiennent hors champ. Dans The Neon People, cette démarche prend une dimension presque fantastique. Les tunnels possèdent leur propre géographie, leurs passages, leurs territoires et leurs règles. Ils deviennent progressivement une sorte de ville souterraine, construite dans les interstices de celle qui brille au-dessus. Une pancarte annonçant « le royaume des espoirs et des promesses brisées » résume avec une étonnante simplicité le paradoxe de cet endroit.
Cinéma(scope) vérité
Le plus intéressant reste pourtant la manière dont Thoret filme cet univers. Le documentaire bénéficie d’un Cinémascope ample, de couleurs travaillées et d’une lumière qui emprunte autant au cinéma de science-fiction qu’à l’univers urbain de Michael Mann. Le cinéaste a lui-même résumé son ambition en évoquant « un film de Frederick Wiseman filmé par John Carpenter ». Une formule particulièrement éclairante : d’un côté, l’observation patiente des individus et de leur environnement ; de l’autre, une mise en scène qui fait progressivement basculer ces tunnels dans monde hostile, nocturne et presque fantastique. Cette stylisation constitue l’un des grands enjeux du film. Thoret aurait pu adopter une image austère, rugueuse, directement associée au documentaire social. Il choisit au contraire de composer ses cadres et de donner aux tunnels une véritable présence plastique. Les espaces deviennent parfois étonnamment beaux, avec leurs jeux de lumière, leurs perspectives et leurs zones d’obscurité. Les personnes filmées trouvent elles aussi une place particulière dans cette mise en scène : leurs silhouettes semblent parfois appartenir à un film de science-fiction ou à un polar nocturne.
Ce choix esthétique produit un trouble intéressant. La beauté des images ne rend jamais la situation plus acceptable. Elle nous oblige plutôt à regarder plus attentivement ce que la ville préfère laisser dans l’ombre. Les couleurs et les lumières de Las Vegas semblent même contaminer les profondeurs : quelques sources artificielles isolées deviennent les rares traces d’un monde lumineux auquel les habitants des tunnels restent physiquement étrangers. Thoret construit ainsi une continuité visuelle entre la ville spectaculaire et ceux qu’elle relègue sous terre. Cette idée permet à Thoret de retrouver l’un de ses grands sujets : le rêve américain. Dans We Blew It, il parcourait les traces laissées par une Amérique politique et culturelle disparue. Dans Michael Cimino, un mirage américain, il confrontait le cinéma du réalisateur à une certaine mémoire du pays. Ici, la question devient beaucoup plus concrète. Que reste-t-il de cette promesse lorsque certains de ceux qui vivent au cœur de l’une des villes les plus riches et les plus spectaculaires des États-Unis trouvent refuge sous ses rues ?
Metropolis 2025
Thoret évite pourtant de réduire ses personnages à cette contradiction. Il leur laisse une liberté de parole et une dignité qui rendent le constat plus troublant. Le film conserve ainsi une dimension profondément humaine tout en développant progressivement une vision plus large de la société américaine. Les tunnels prennent alors une valeur presque prémonitoire. Ils montrent une société dans laquelle ceux qui disparaissent du paysage peuvent continuer d’exister à quelques mètres seulement de ceux qui consomment, jouent et dépensent. Le réalisateur dit avoir eu, pendant le tournage, l’impression de contempler notre futur et considère Las Vegas comme une forme radicalisée de nos sociétés de consommation. The Neon People donne corps à cette intuition par ses images autant que par ses personnages. Le film utilise les outils du cinéma de genre, du documentaire d’observation et du portrait intime pour construire un territoire à part entière.
En descendant sous Las Vegas, Thoret filme donc une Amérique que la ville lumineuse ne montre jamais. Une Amérique faite de destins cabossés, de survie, mais aussi de liens, de rêves et de territoires clandestins. La véritable force de The Neon People tient à cette rencontre entre le réel et l’imaginaire : sous les néons de Las Vegas, Thoret découvre un monde qui ressemble à une fiction dystopique alors qu’il se trouve déjà sous nos pieds.
Image
La copie HD restitue avec beaucoup de précision la photographie numérique du film, tournée à l’aide d’une caméra Arri et issue d’un master 2K. Le piqué se montre particulièrement convaincant sur les textures et les détails des environnements, tandis que le format Scope conserve toute son ampleur. La photographie privilégie un rendu naturaliste dans les séquences extérieures, avec une lumière chaude et généreuse, avant de durcir nettement le contraste dans les tunnels et les espaces clos. Les basses lumières restent riches, soutenues par des noirs profonds et des éclairages ponctuels qui sculptent les silhouettes. L’étalonnage conserve une dominante chaleureuse tout en jouant sur des couleurs franches et saturées, notamment autour du rouge, du bleu et du vert. Cette palette très codifiée accompagne parfaitement le contraste entre la lumière artificielle de Las Vegas et l’obscurité des souterrains, donnant à The Neon People une image à la fois naturaliste et profondément cinématographique.
Son
La piste anglaise 5.1 bénéficie d’un mixage particulièrement soigné, avec des voix parfaitement lisibles et solidement centrées. La dynamique se montre généreuse, aussi bien dans les ambiances que dans la musique composée par Jean-Baptiste Thoret lui-même. La spatialisation apporte une véritable profondeur aux différents environnements sonores : les tunnels, les bruits de la ville et l’effervescence des casinos investissent efficacement les canaux surround, créant une immersion qui accompagne naturellement les déplacements de la caméra. La restitution est ample et précise, ce qui accentue la dimension sensorielle du documentaire.
Interactivité
Pour cette édition, Carlotta a concocté une section bonus généreuse et surtout complémentaire du film. « Les Tunnels s’éveillent », entretien de 37 minutes avec Jean-Baptiste Thoret, revient sur la naissance du projet, ses références et son fameux désir de réaliser « un film de Frederick Wiseman filmé par John Carpenter ». « Dans les ténèbres » donne ensuite la parole au chef opérateur Colin Lévêque et à l’ingénieur du son Julien Brossier, qui détaillent leur travail à partir de plusieurs séquences. Les 53 minutes de scènes coupées, accompagnées pour certaines par Thoret, constituent un véritable prolongement du film, tandis que la bande originale permet de retrouver les compositions du réalisateur dans leur intégralité. La bande-annonce complète une édition faisant la part belle aux suppléments de fond.
Liste des bonus
« Les Tunnels s’éveillent » : Entretien avec Jean-Baptiste Thoret (37′), « Dans les ténèbres » : Scènes commentées par Colin Lévêque, chef-opérateur et Julien Brossier, ingénieur du son (29′), 7 scènes coupées dont une fin alternative (53′), Bande originale du film : 11 titres à écouter dont 1 inédit (33′), Bande-annonce (1′).







