ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE

Interview with the Vampire : The Vampire Chronicles – Etats-Unis – 1994
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Neil Jordan
Acteurs : Tom Cruise, Brad Pitt, Kirsten Dunst, Antonio Banderas, Stephen Rea, Christian Slater…
Musique : Elliot Goldenthal
Image : 1.85 16/9
Son : Dolby Atmos et DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, Dolby Digital 5.1 Français, Italien, Espagnol, Allemand…
Sous-titres : Français, Anglais, Allemand, Italien…
Durée : 122 minutes
Editeur : Warner Bros.
Date de sortie : 30 septembre 2026
LE PITCH
A San Francisco, Malloy un journaliste, recueille les confidences d’un homme mystérieux, Louis, qui affirme être un vampire. Plusieurs heures durant, il va écouter le récit incroyable de sa vie : son pacte avec le vampire Lestat, son initiation, ses premières extases, l’ivresse du sang puis ses doutes, ses déchirements, sa quête illusoire de la fraternité, ses affrontements avec la secte du Théâtre des Vampires et l’incurable solitude qui l’accompagne depuis des siècles.
La jeune fille et les morts
Si les vampires n’ont jamais vraiment cessé d’aller et venir sur les écrans de cinéma, peu finalement sont les films qui persistent durablement dans les mémoires et ont laissés une marque indélébile sur cette mythologique désormais bien ancienne. Entretien avec un vampire fait partie de ceux-là. Une somptueuse chronique d’une damnation romantique qui devient le portrait tragique d’une famille hors-norme où le sang est la vie…
Figure aussi effrayante que séduisante, le vampire est sans aucun doute le personnage fantastique préféré du cinéma dont on ne compte plus les incarnations depuis le mythique Nosferatu de Murnau. Mais peu de ces réalisations, souvent au rayon série B, ne peuvent se vanter d’avoir marqué au fer rouge l’essence même de la créature. Deux ans après le Dracula de Francis Ford Coppola (autre chef d’œuvre du genre), Entretien avec un vampire s’écartait donc de l’illustration mythique et gothique, pour ne pas dire classique, en tentant de donner corps à l’œuvre furieusement romantique d’Anne Rice. L’originalité était alors de se moquer ouvertement de tous l’attirail habituel (crucifix, gousses d’ails, esclaves…) pour mieux ancrer l’existence de ces créatures dans le monde réel et se concentrer non sur leurs aspects potentiellement effrayants, mais sur leurs états d’âmes d’échoués de la race humaine, l’ennui et la douleur de l’immortalité… Un ton qui aurait pu être emprunté, lourd et faussement méditatif, si la mise en images du texte de Rice ne touchait pas ainsi à la perfection. Le vampire n’est plus un monstre qui hante les nuits de ses futures victimes, mais une créature souvent perdue, prisonnière du passé et qui quête inlassablement une nouvelle prise sur l’époque et cette vie qui lui échappe.
Les liens du sang
Renouant avec la finesse de sa Compagnie des Loups, le souvent passionnant Neil Jordan (A vif, Crying Game, Byzantium, Ondine…) excelle dans la restitution de l’esprit dandy du 19eme siècle et dans l’évocation visuelle de la cohabitation entre le monde humain, terre à terre, et la vision plus « animée » des vampires. De petites touches discrètes d’une grande intelligence qui permettent de donner corps aux instants de « fureur » (Lestat mordant Louis et s’envolant dans l’extase, Louis massacrant les vampires français à coup de faux) et légitimer un romantisme exacerbé, trouble et sensuel. Et si déjà le roman était une grande réussite, le film lui offre (malgré quelques coupes nécessaire) une ampleur inédite, élevée par les compositions intensément lyriques d’Elliot Goldenthal (Libera Me nous hante à jamais), permettant de jouer discrètement sur l’analogie vampires / silhouettes de cinéma où tous s’efforcent de noyer leur mélancolie dans une quête éperdue de séduction, de proximité et d’élévation souvent bien éphémère. Il faut dire que lorsqu’on aligne au casting des stars comme Tom Cruise, Brad Pitt, Kirsten Dunst (qui n’en était pas encore une mais avait déjà tout pour l’être), Antonio Banderas ou Christian Slater (qui en était encore une), tous impressionnants de justesse, cela facilite le travail. Narrateur et figure sans doute la plus troublante du film, Louis, porte ainsi un regard rapidement désabusé et douloureux sur un monde qu’il ne comprend que trop bien quand Lestat, flamboyant et excessifs renvoie à ces icônes hollywoodiennes incapables d’accepter le temps qui passe (le choix de l’acteur est alors d’une logique implacable) et la douce, belle et terrifiante Claudia à ces enfants-stars figées comme des poupées qui en finissent par devenir monstrueuse.
Baignant dans une lumière constamment crépusculaire et une poésie désenchantée qui confine au sublime, Entretien avec un vampire a des airs de miracle dans le paysage du cinéma américain des années 90 (surtout quand on connait les tentions marquée entre les deux acteurs principaux qui se détestent cordialement) venant imposer à l’écran un conte vampirique au romantisme enflammé, sexuellement des plus chargé, et un drame cruel sur un trio par nature dysfonctionnel pour lequel il est cependant bien difficile de ne pas tomber amoureux
Image
Ceux qui ont déjà visionné le Bluray disponible depuis de nombreuses années maintenant chez Warner savent à quel point transposer Entretien avec un vampire sur support physique s’avérait un sacré défi. Attendu depuis des lustres, l’UHD du film vient enfin offrir une performance satisfaisante, profitant enfin d’une restauration à la source grâce à un scan 4K des négatifs 35mm, et montrant surtout une compréhension totale des particularités esthétiques du film. Tourné presque intégralement de nuit, constamment plongé dans la pénombre et éclairé, dans les effets, par des sources directes (bougies, lune, torches…) le métrage est ici enfin visible dans toute sa flamboyance ténébreuse, dans la majesté de ses contrastes et la profondeur de ses, sublimes, décors. En partie grâce au traitement HDR10, les richesses de la photographie sont parfaitement visibles, appuyant une définition impériale qui maitrise de bout en bout un grain effectivement toujours très présent, mais vibrant et naturel. Une résurrection.
Son
Si le DTS HD Master Audio 5.1 anglais déjà disponible sur le Bluray était plus que solide, le nouveau Dolby Atmos participe lui aussi à la redécouverte du film, explorant les tréfonds des sublimes orchestrations d’Elliot Goldenthal. Il dispose les ambiances sonores historiques avec force et délicatesse, appuie la clarté des dialogues tout en soulignant l’aspect surnaturel des personnages et joue plus d’une fois sur cette ambiance décadente et romantique. Une spatialisation généreuse et maitrisée qui plonge le spectateur dans ce grand drame fantastique. A coté le Dolby Digital 5.1 de la version française commence à être sérieusement à la traine et c’est bien dommage parce que le doublage est plutôt réussi.
Interactivité
On ne s’étendra pas sur le look choisi pour le steelbook, à la limite du hors sujet, on préférera se tourner vers une section bonus qui affiche enfin un contenu, à priori, à la hauteur de l’aura du métrage. Tout comme le Bluray classique (toujours le même, présent dans l’édition) on retrouve le passionnant commentaire audio de Neil Jordan mais non sous-titré et un making of d’époque, plutôt sobre et promotionnel, mais qui a au moins le mérite de donner la parole à tout le monde, de revenir sur l’impact des romans, les maquillages et les effets spéciaux avec quelques images du tournage à la clef. A cela s’ajoute aussi un curieux segment, qui fut produit en 2014 mais on ne sait pour quel support, sur la mythologie vampire, son évolution et l’importance.
Au rayon des véritables inédits et des segments véritablement intéressant il faut donc compter sur « Nuit éternelle et lumière mortelle » entièrement consacré au travail photographique de Philippe Rousselot et « La création de l’univers » qui laisse largement la parole au production designer Dante Ferretti. A chaque fois Neil Jordan est aussi présent et vient appuyer des réflexions sur le travail de la lumière et les différentes techniques mise en place dans le premier, puis la création des storyboard et la recherche de réalisme et d’éloquence macabre dans le second. Technique, mais vraiment très intéressant et accessible. Le tout s’achève par une sélection de scènes coupées, jamais vues et donc longtemps fantasmées (on parla même d’un director’s cut finalement démenti par le réalisateur) et donc forcément un peu décevantes. Quelques interactions supplémentaires entre les personnages, sympathiques, mais qui effectivement ne s’avéraient pas forcément nécessaires.
Liste des bonus
Commentaire audio de Neil Jordan, Introduction par Anne Rice, Neil Jordan et Antonio Banderas (1’), « Nuit éternelle et lumière mortelle » (8’), « Entretien avec un vampire : La création de l’univers » (11’), « Dans l’ombre du vampire » (30’), « Lestat, Louis et le phénomène du vampire » (24’), Scènes coupées (8’).







