PHENOMENA

Italie – 1985
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Fantastique, Horreur
Réalisateur : Dario Argento
Acteurs : Jennifer Connelly, Donald Pleasence, Daria Nicolodi, Dalila Di Lazzaro, Patrick Bauchau, Fiore Argento, Federica Mastroianni, Fiorenza Tessari, Michele Soavi…
Musique : Goblin, Smon Bowell
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais, Italien et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 116 minutes
Editeur : Les Films du Camélia
Date de sortie : 14 octobre 2026
LE PITCH
Fille d’un acteur américain, Jennifer Corvino arrive en Suisse à l’institut Richard Wagner pour y poursuivre ses études. Un soir, lors d’une crise de somnambulisme, la jeune fille assiste au meurtre d’une étudiante. Avec l’aide d’un entomologiste infirme, Jennifer va tenter d’identifier le meurtrier…
Sa majesté des mouches
Dans un jeu de va et vient incessant qui aura construit toute sa filmographie ou presque, une fois délesté d’une mise à mort (temporaire) du Giallo qui l’a vu naitre, Dario Argento prend distance avec le genre ultra codifié et revient à des expérimentations plus occultes dans la veine de ses inoubliables, et absolument délirants, Suspiria et Inferno.
Phenomena et son paysage suisse, magnifiquement filmé, transformé en « Transilvanie » fictive constamment hanté par un vent qui rend fou, le foehn, aurait d’ailleurs tout à fait pu être le théâtre de l’apparition d’une troisième mère. Surtout que cette terreur matricielle, cette figure génitrice et cette notion d’une famille dysfonctionnelle voir destructrice, rejaillit absolument partout dans le métrage. Le monstre du film, assassinant sauvagement les jeunes filles du passage et préservant les cadavres pourrissants, est bien une créature double, mère et progéniture, comme dans un écho dégénéré à Psychose, qui vient contraster avec l’absence totale de ceux de la jeune héroïne, Jennifer, fille d’un acteur star toujours occupé par ses tournages. Plus subtilement et discrètement que dans les années à venir, Dario Argento nourrie clairement son univers filmique de ses propres troubles et réflexions autour des propres relations avec ses filles (toujours ambiguë) et son ex-femme (Daria Nicolodi présente à l’écran et dans un rôle significatif) et n’hésite pas d’ailleurs à offrir le rôle de la première victime à l’une de ses filles Flore dont le crane va traverser un miroir comme d’autre traverseraient un écran.
De drôles de petites bêtes
Phenomena s’articule bel et bien autour d’un mystère criminel où, comme bien souvent chez le cinéaste, la clef est présentée, mais dissimulée, extrêmement tôt dans l’image, mais il s’agit surtout d’une tentative fascinante de capturer, voir de préserver, toute l’étrangeté d’une adolescence avant que la normalité adulte ne s’installe. La déjà magnifique Jennifer Connely, sœur jumelle de la Jessica Harper de Suspiria elle aussi coincée dans un internat féminin, incarne ainsi une jeune femme en devenir mise à part par son statut d’enfant de célébrité mais aussi par ses soucis de somnambulisme et sa capacité de plus en spectaculaire de communiquer avec les insectes. En marge, son seul véritable ami dans le film sera un vieil entomologiste en chaise roulante (Donal Pleaseance) et son singe, véritable deus ex machina, qui signifie bien l’importance du règne animal ici, de la magie primaire de la nature. A côté, le monde des humains se révèle froid, mal-aimable, maltraitant voir totalement malade et ne semble avoir que comme unique but que de normaliser une jeune héroïne qui pourtant trouve toute sa beauté dans ce rattachement à l’enfance et à un certain émerveillement. Malgré les corps perforés, les cranes en putréfactions et une baignade cauchemardesque dans un précipités de cadavres, Phenomena est bien un véritable conte, récit initiatique en forme de mise en garde contre les dangers du monde, marqué par une crainte d’un âge adulte effrayant comme pouvaient l’être les aventures de la célèbre Alice, elle aussi devant traverser un long tunnel pour découvrir l’existence de l’autre monde.
Si certains cinéphiles ont pu avoir tendance à ranger Phenomena en dehors de l’âge d’or du cinéaste y voyant déjà les premières preuves d’un déclin à venir (entre autres à cause de l’utilisation en contre-point de morceaux de hard-rock), ce dernier est pourtant l’une de ses propositions les plus riches, les plus complexes et les plus poétiques qu’il ait livré à l’écran. Un film rêve certes, parfois inquiétant, mais où une étrange beauté naïve et païenne rejaillit à chaque vision.
Image
Camélia hérite ici de la superbe restauration effectuée par Arrow Video à partir de nouveaux scans 4K des négatifs 35 de la version la plus complète du film (soit l’italienne). Tout a été impeccablement nettoyé et stabilisé sans jamais laisser passer le moindre accent artificiel ou le moindre reste de scories. Si on excepte quelques plans de trucages optiques et un sur-ralentis très floconneux, l’image est tout bonnement parfaite avec un rendu admirable du grain, organique, et des argentiques particulièrement élégants. Grace au HDR on note une présence plus poussée des noirs et des contrastes, et le Dolby Vision boost légèrement les teintes les plus vives avec des rouges et des verts par exemples plus intenses mais jamais hors propos.
Son
L’édition laisse pleinement le choix question pistes sonores. Tout le monde est à priori logé à la même enseigne avec de nouveaux DTS HD Master Audio 2.0 restaurés et rafraichis. A l’écoute c’est un peu différent avec un doublage français franchement peu convaincant et assez écrasé et une version italienne plus lointaine et parfois un peu molle. On préfèrera donc le mixage et le jeu de la piste sonore anglaise, celle du tournage, même si le montage US fut raccourci de six minutes de petits dialogues rendus ici en version italienne sous-titrée.
Interactivité
Les Films du Camelia poursuit fièrement sa collection 4K des films de Dario Argento avec Phenomena, à nouveau présenté dans un fin digipack contenant disque Bluray et UHD. Du coté des suppléments on retrouve deux rescapés de l’imposant coffret sorti il y a quelques années avec une introduction où Argento loue la performance de sa jeune actrice et s’amuse de ses péripéties avec ses trop nombreuses mouches et une présentation, comme toujours, passionnante signée par un Jean-Baptiste Thoret intarissable sur l’œuvre du cinéaste. Pour lui il s’agit même de l’une de ses plus belles propositions.
La suite est inédite et donne l’occasion à Luigi Cozzi d’évoquer dans les grandes largeurs ses souvenirs du tournage et en particulier les différents trucages utilisés pour donner corps aux nuages d’insectes. Il est aussi aux commandes des segments un peu datés, et en SD, Backstage et Musique, qui s’avèrent être deux petits making of assez sympa bien qu’assez courts. Le plus imposant reste donc le segment Les trois sarcophages, item produit par Arrow Video pour analyser précisément les différences de montages et de cadrages entre les trois versions du film. C’est précis et passionnant mais à la différence du coffret anglais, seule la version intégrale est visible ici.
Liste des bonus
Présentation par Dario Argento (6’), Entretiens avec Jean-Baptiste Thoret (28’) et Luigi Cozzi (25’), « Les Trois sarcophages » (31’), « Backstage » (11’), « Musique » (5’), Bandes-annonces italienne et anglaise.







