FRESH

Etats-Unis – 1994
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Boaz Yakin
Acteurs : Sean Nelson, Giancarlo Esposito, N’Bushe Wright, Samuel L. Jackson, Ron Brice, José Zúñiga, Yul Vazquez…
Musique : Stewart Copeland
Durée : 114 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS-HD MA 5.1 et 2.0 Stéréo ; Français en DTS-HD MA 2.0 Stéréo.
Sous-titres : Français
Editeur : Badlands
Date de sortie : 8 juillet 2026
LE PITCH
« Fresh » est un ado de 12 ans passionné d’échecs. Débrouillard et réfléchi, il est contraint de faire le coursier pour des dealers avec l’espoir de s’extirper de la misère sociale et de la violence qui menace de s’abattre à tout moment. Dans cette partie grandeur nature, le moindre faux pas peut lui coûter bien plus qu’un pion…
Urban Poetry
Dans Fresh, dealers et truands du ghetto devraient se méfier du gamin qu’ils croient manipuler. Le film de Boaz Yakin est une plongée dans un univers que l’on n’avait jamais réellement vu dépeint à l’écran comme cela. Une véritable curiosité, donc.
Fresh de Boaz Yakin est un drôle de Hood Movie, ces films urbains traitant de gangsters et de ghettos tels que Juice, Menace II Society, Clockers. Prenant le genre à contre-pied, il forge sa propre identité, à la fois dramatique et poétique, en suivant un jeune garçon de Brooklyn servant de coursier pour les trafiquants de drogue. Passionné d’échec, il monte une stratégie pour manipuler les groupes de criminels et les monter les uns contre les autres. S’imprégnant des tropes du film de gangster new-yorkais, Fresh s’avère un très bon représentant du genre, tout en offrant une proposition originale, dans le sens où il tord le cou à pas mal d’attentes en la matière. Placé continuellement à hauteur d’enfant, il relève plus du témoignage que du film de genre à spectacle, en collant au plus près de son protagoniste et témoignant ainsi de son quotidien. Bien qu’assez inégale, l’interprétation générale du film est vampirisée par la prestation du jeune Sean Nelson (14 ans à l’époque) dans le rôle principal. Son jeu mature et subtil nourrit et convient tout à fait au caractère volontaire de son personnage qui vit à l’écran une sorte de récit initiatique. D’autant qu’on est loin du jeune gars bienveillant et positif. Une approche déstabilisante puisqu’il n’hésite pas à utiliser tous les moyens à sa disposition pour arriver à ses fins. On y croise également un Samuel L. Jackson en période pré-Pulp Fiction, dans le rôle du père sans-abri et maître d’échecs, ainsi que Giancarlo Esposito, en dealer, tous deux incarnant des figures paternelles à leur manière. Fresh se démarque donc des Hood Movies qui fleurissaient à l’époque par son approche humaniste pour le moins originale et son refus du tout-spectaculaire.
A contre-pied
Ce n’est pas sur le plan de la mise en scène, en revanche, que le film se démarque. Le réalisateur Boaz Yakin reste assez classique et illustratif, sans esbroufe, dans le bon sens du terme. Si certaines scènes dialoguées ne se départissent pas de l’utilisation assez basique du champ/contre-champ, c’est pour mieux tétaniser à d’autres moments. Certains moments frisent avec la pure contemplation, quand d’autres trouvent une forme de fulgurance, par la manière dont elles sont captées par la caméra de Yakin. Ainsi, la mort brutale de la jeune fille sur le terrain de basket, scène pivot du film, surprend par la sécheresse avec laquelle elle est filmée, autant qu’elle y trouve un côté presque poétique. Le film bénéficie par ailleurs de la musique composée par Stewart (ex-Police) Copeland, qui accompagne l’action avec, là aussi, une sorte de contre-pied des attentes, puisqu’on y baigne davantage dans une certaine mélancolie, assez éloignée de la partition hip-hop généralement privilégiée dans ce style de films.
Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes, et récompensé du prix du meilleur réalisateur à Sundance, Fresh est le premier film de Boaz Yakin, cinéaste assez inégal (Le Plus beau des combats), mais scénariste reconnu et auteur de scriptes cabossés et souvent largement remaniés (Punisher de Mark Goldblatt, La Relève de Clint Eastwood) qui s’est un peu perdu en cours de route (Dirty Dancing 2 de Guy Ferland, Prince of Persia : Les Sables du Temps de Mike Newell). Avec Fresh, il livre un film atypique et porté sur l’humain, d’assez loin son meilleur de metteur en scène, un polar social qui annonce par ailleurs par certains aspects le cinéma de James Gray. Avec une dernière image qui bouleverse, laissant enfin éclater la bulle du refoulé, et une âme d’enfant qui fissure sa carapace…
Image
Voici encore un disque soigné (et limité à 1 000 exemplaires) proposé par l’éditeur Badlands. L’image a fait l’objet d’une restauration minutieuse et la qualité saute aux yeux ! Complètement nettoyée, bourrée de détails, l’image délivre un aspect pellicule organique convaincant en tous points, avec son grain chatoyant. Contrastes et couleurs sont impeccablement gérés.
Son
Cette édition Badlands propose la version originale en deux pistes : DTS-HD MA 5.1 et DTS-HD MA 2.0. Pour un résultat excellent pour la première, plus dynamique et claire, laissant plus de place à la musique, tandis que la seconde s’avère logiquement un ton en-dessous en matière de puissance et d’immersion. A noter, la présence d’une version française en DTS-HD MA 2.0.
Interactivité
On trouve dans cette édition un livret exclusif d’une quarantaine de pages rédigé par Nathan Reneaud, réunissant analyse et extraits de styoryboards. En matière de suppléments, on a droit à une présentation de Fresh par le journaliste Aurélien Chappuis, qui propose une analyse convaincante du film, ses grands thèmes, met l’accent sur son identité singulière et ses particularités dans le genre au sein duquel il s’inscrit. Le réalisateur Boaz Yakin s’exprime dans un autre supplément qui s’avère passionnant. Le cinéaste évoque sa carrière, ses envies de cinéma, ses références, ses contributions. Il s’appesantit évidemment sur Fresh, et éclaire plus précisément sur ses intentions. C’est généreux, pertinent et un peu frustrant, tant on aurait aimé voir le réalisateur s’exprimer dans des œuvres plus marquantes que ce que sa filmographie laisse entrevoir.
Liste des bonus
Le Cavalier solitaire par Aurélien Chappuis (36’) ; Le Maître du jeu par Boaz Yakin (48’) ; Livret de 40 pages par Nathan Reneaud / Storyboards par Boaz Yakin et Erez Yakin ; Bandes-annonces.







