OXANA

France – 2024
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Charlène Favier
Acteurs : Albina Korzh, Maryna Koshkina, Lada Korovai, Oksana Zhdanova, Yoann Zimmer, Noée Abita…
Musique : Delphine Malaussena
Image : 1.66 16/9
Son : Ukrainien et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 103 minutes
Editeur : Diaphana
Date de sortie : 19 août 2025
LE PITCH
Ukraine, 2008. La jeune Oxana et son groupe d’amies multiplient les actions, slogans peints sur le corps et couronnes de fleurs dans les cheveux, contre un gouvernement arbitraire et corrompu. C’est la naissance d’un des mouvements les plus importants du XXIe siècle : FEMEN. Réfugiée politique, artiste, activiste, Oxana franchira les frontières et militera sans relâche pour les droits des femmes et la liberté, jusqu’à risquer sa propre vie.
Mon corps, ma lutte
Organisation pionnière et très médiatique du combat féministe en Europe durant les années 2000/2010, les Femen ont bien souvent été réduite à une bande de jeunes hystériques se trimbalant seins nus pour se faire remarquer. Le film essaye bien entendu d’aller au-delà de cette fausse image, mais s’attache aussi et surtout à la personnalité d’Oksana Chatchko, fondatrice du mouvement, décédée en 2018 dans une relative indifférence.
A l’heure où les prises de conscience féministes ont, enfin, tendance à se multiplier et être légitimées, revenir sur les nombreux combats des Femen semble effectivement être une évidence. Redonner à César ce qui est à César. Redonner aussi à Oxana, meneuse charismatique et véritable moteur des premières heures, toute sa place dans l’histoire des Femen est indispensable. Une artiste particulièrement douée, se nourrissant de la culture religieuse ukrainienne pour développer ses propres icônes orthodoxes, mais aussi une adolescente puis une femme qui a rapidement pris conscience des dégâts du patriarcat dans son pays et ceux voisins, et décidé d’en faire son combat. Sans qu’en 2018, après une fuite vers la France suite à de nombreuses menaces physiques, celle-ci a largement été évincée des Femen, récupérée par une ancienne camarade maline mais intéressée par la médiatisation. Que lui reste-t-il alors à celle qui n’a bâtit sa vie que dans l’activisme ? Déracinée, sans mission et sans impact ? Réalisatrice du très juste et troublant Slalom sur le combat d’une jeune skieuse violée par son entraineur, Charlène Favier poursuit ici dans la même veine politique et sensitive, s’accrochant moins au sujet lui-même qu’à son personnage qu’elle s’efforce d’accompagner dans les rares moments de bonheurs (les premières actions libératrices) et surtout la lente mais inexorable chute vers l’isolement et la dépression.
Le combat d’une vie.
Elle y célèbre une femme forte, indépendante, courageuse et intensément libre, mais qui va malheureusement se prendre la réalité de plein fouet. Caméra mouvante, fluide, tremblante au contact des errances et des fragilités psychologiques d’Oxana, la mise en scène semble souvent n’être là que pour mettre en valeur l’interprétation magnétique et fiévreuse de la bouleversante Albina Korzh. Elle se voit sublimée par quelques jeux de lumières et une grande sensualité concrétisée dans les quelques images finale, presque rêvées d’une cérémonie libératrice proche de la bacchanale. Un film touchant, douloureux, mais qui en refusant drastiquement le classicisme du biopic, de la structure sobrement chronologique à l’étalage de faits avérés, manque cependant une partie de sa cible. On peine en effet à y percevoir ce qui motive ce groupe d’adolescentes lorsque l’Ukraine semble totalement absente de l’image ou que le récit familial d’Oxana se résume à la rapide évocation d’un père violent et alcoolique, puis quelles sont les répercussions concrètes et les échos internationaux de leurs diverses interventions, pourtant spectaculaires. Le récit est constamment resserré sur le gros plans d’Oxana et oublie en cours de route le grand tableau et donc d’une certaine façon de donner véritablement corps au message premier des Femen.
Portrait incomplet donc, maladroit parfois, mais dont la force de certaines séquences, dont celle terrible de la tentative d’humiliation par des supposés agents du KGB, et de la fougue de ses courageuses combattantes se réappropriant leur corps en l’exposant outrageusement, offrent tout de même un film des plus intéressants. A l’image de la personnalité d’Oxana, ont aurait sans doute préféré une œuvre coup de poing et énervée, Charlène Favier lui a préféré une certaine mélancolie et le regard intimiste.
Image
La source numérique première se prête parfaitement à un transfert Bluray, même lorsque la diversification des espaces et des éclairages de scènes (du plein jour froid à des nuits épaisses) aurait pu déstabiliser le piqué, la définition reste précise et solide. Un léger relief s’impose dans les cadres, soulignant la dureté des décors et les différentes matières de peaux et des costumes, avec juste ce qu’il faut de grain et de chaleur.
Son
La seule piste disponible mélange les langues ukrainienne et française au grès des déplacement d’Oxana, soulignant (plutôt qu’un doublage uniforme) le réalisme et la crédibilité du film. Le DTS HD Master Audio 5.1 joue là aussi des sensations plutôt naturelles avec des atmosphères urbaines bien retranscrites et des échanges vocaux assez dynamiques.
Interactivité
On aurait apprécié la structure d’un véritable making of ou d’une longue introduction plus formelle, mais cette rencontre publique après une projection du film permet tout de même de revenir avec la réalisatrice sur ses trois ans de recherches autour de la personnalité d’Oxana et la formation des Femens, ses rencontres avec les proches, puis sur une réécriture en quête de « l’âme » de la jeune femme plutôt qu’un portrait plus classique. On y retrouve aussi les actrices Albina Korzh et Lada Korovai qui se souviennent de leur première mise à nue, mais permettent aussi surtout d’étendre le propos sur les évolutions de la condition féminine en Ukraine, leur vision première et celle d’aujourd’hui du mouvement Femen mais aussi de la guerre toujours en cours.
Le disque glisse aussi une scène coupée du montage. Située à Paris elle montre Oxana participer à distance à une fête avec des amis artistes. Elles soulignent à nouveau son mal-être et sa prise de distance avec les autres.
Liste des bonus
Entretien avec Charlène Favier et les interprètes (Cinexpérience, Sens Critique), Scènes coupées.







