MOBY DICK

Etats-Unis, Royaume-Uni – 1956
Support : Bluray
Genre : Aventure
Réalisateur : John Huston
Acteurs : Gregory Peck, Richard Basehart, Leo Genn, Orson Welles, James Robertson Justice…
Musique : Philip Stainton
Durée : 115 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Editeur : BQHL Editions
Date de sortie : 29 juillet 2025
LE PITCH
1814. Le jeune Ismaël embarque à bord du baleinier le Péquod. Le navire est sous la responsabilité du capitaine Achab, un homme étrange et sombre, obsédé par une idée fixe : retrouver Moby Dick, la baleine blanche qui l’a mutilé et défiguré quelques années plus tôt. L’équipage réalise peu à peu qu’Achab est prêt à prendre tous les risques pour parvenir à ses fins.
Dans le ventre de la baleine
Certains auront couru toute leur vie après Don Quichotte, d’autres après Moby Dick, monument de la littérature américaine qui, à l’image de cette adaptation signée John Huston aura nécessité du temps avant de s’imposer comme un grand classique, une grande œuvre.
Si Moby Dick est loin d’être le dernier film de John Huston, il peut être tout de même perçu comme une forme d’aboutissement, comme un fantasme de cinéaste qui atteint enfin son modèle absolu. C’est que ce grand spectacle, le créateur de Le Faucon Maltais (son premier film, impressionnant) le prépare depuis des années, l’ayant imaginé pour son père, Walter Huston, baladé de studio en studio, bataillé pour en récupérer les droits et surtout imposer une fresque puissante, fidèle aux différentes strates du roman et débarrassé des arrangements hollywoodiens qui faisait des précédentes moutures (Jim le Harponneur, 1926 et Le démon des mers, 1931) des essais oubliables, anecdotiques. En pleine période européenne et indépendante, échappée de sa récréation Plus Fort que le diable, Huston obtient enfin les coudées franches, dégotte le formidable Ray Bradbury comme coscénariste, un inattendu Gregory Peck dans le rôle principal et même le collègue Orson Welles, lui aussi toujours à la recherche d’économies pour ses futures réalisations, venant déclamer avec maestria un sermon que le reste du film détruira inexorablement. Rien ici n’est proprement Hollywoodien. De la photographie en Technicolor mais qui semble contrer la moindre percée de couleur vive, de l’absence totale de Happy End ou de rôle féminin (la Warner aura pourtant tout essayé), on ne peut qu’admirer la force unique de ce film, rendant honneur à un texte fastueux, complexe, qui lui aussi prenait sa propre culture américaine par les cornes.
Le dernier combat
Il est d’ailleurs presque impossible, même avec de gigantesques œillères, de ne pas se rendre compte que malgré la puissance de certaines images, la beauté virile de ces baleiniers fendant l’écume, la chasse aux cétacés qui se transforme en grandes prouesses spectaculaires et purement cinématographique, que Moby Dick est avant tout une œuvre impie, fataliste et destructrice. La mise en scène est sublime, les compositions souvent renversantes de plasticité, les élans plus musclés particulièrement efficaces, mais à l’image de la prose d’Herman Melville, le film cultive les atours du film d’aventure, du quasi-documentaire ultra réaliste sur la vie des baleiniers, mais les attraits d’une réflexion métaphysique profonde. La baleine géante, blanche comme la mort et immortelle est moins la représentation d’une force de la nature, qu’une excroissance monstrueuse d’un dieu destructeur. Huston déclarait : « Achab est l’homme qui a compris l’imposture de Dieu, ce destructeur de l’homme, et sa quête ne tend qu’à l’affronter face à face sous la forme de Moby Dick pour lui arracher son masque ». Comme toujours avec le metteur en scène de Le Trésor de la Sierra Madre, l’échec d’Achab est inévitable, prophétique mais flamboyant, légendaire.
Un film ouvertement blasphémateur soit, et c’est aussi ce qui le rend sacré à nos yeux.
Image
Même s’il a été un temps distribué par Warner puis par la MGM, le Moby Dick de John Huston n’a jamais réussi a atteindre les galons de grand classique du cinéma américain, et n’a donc pas toujours eu le traitement qu’il méritait. Pour être clair, si le film devait connaitre une restauration totale, elle serait aussi couteuse que celles du Magicien d’Oz ou Ben-Hur. Et ce n’est d’autant pas pour tout de suite que dès le départ le cinéaste et son directeur photo Oswald Morris ont opté pour un passage d’une pellicule Eastmancolor au plus classique Technicolor mais avec l’ajout d’une couche supplémentaire creusant les contrastes du noir & blanc. Forcément avec les années, l’effet s’est dégradé ou a tout simplement été effacé comme l’atteste les différentes sorties vidéos imposant une colorimétrie étrangement chaleureuse. Depuis quelques années, des éditeurs chevronnés ont tenté de retrouver la patine d’origine, en retravaillant chimiquement et numériquement des copies intermédiaires (et non le négatif, disparu) avec des résultats plus ou moins impressionnants. Après Rimini, BQHL a ici récupéré l’un de ces travaux et fournit un master propre dans tous les plans classiques (donc pas les fondus et les compositions) qui retrouvent les teintes sombres, désaturées, proches de la peinture du XIXe siècle. Moby Dick retrouve son identité, sa beauté opaque, mais cela se fait au prix d’une définition pas toujours stable avec un équilibre entre le lissé et le grain de pellicule parfois très fluctuant. Les plans n’en restent pas moins profonds, souvent très puissants, et clairement les cinéphiles ne peuvent que louer l’effort. Et cerise sur le gâteau, le métrage retrouve enfin son format d’origine, 1.66 et non 1.85 comme le vieux DVD de la MGM essayait de nous le faire croire.
Son
Version anglaise et française sont disposées dans un DTS HD Master Audio qui respecte le mono d’origine. Les deux pistes ont été sérieusement nettoyées, stabilisées et équilibrés, mais forcément le doublage local assez pesant associé à une musique légèrement écrasée, font que la limpidité de la version originale est une fois encore gagnante.
Interactivité
Après la très belle sortie de Rimini Editions distribuée il y a huit ans, BQHL prend le relais avec une nouvelle proposition mais qui reste solidement ancrée sur le travail de leur collègue. La source technique donc, mais aussi une section bonus qui se compose de deux entretiens passionnants et complémentaires avec d’un coté le réalisateur Philippe Ramos (Capitaine Achab) qui se concentre essentiellement sur sa lecture du roman originale, les thématiques qu’il en dégage et qui se retrouvent dans son film et celui de Huston. De l’autre, le critique Pierre Berthomieu qui analyse et décrypte le métrage proprement dit, avec une précision indéniable.
A cela, l’éditeur ajoute tout de même un supplément maison avec une présentation enregistrée par Rafik Djoumi, toujours aussi à l’aise, précis et légèrement analytique qui forcément reprend des informations déjà évoquées, mais sait insister aussi sur l’aspect « religieux » du film et faire le lien avec d’autres films de Huston.
Liste des bonus
Livret de 28 pages, Moby Dick : Un Grand roman moderne (25’), Moby Dick : Le Projet Impossible (35’), Entretien avec le journaliste Rafik Djoumi (31’).







